L’Héritage Belton d’Anthony Trollope

L’Héritage Belton d’Anthony Trollope

Tout au long de la semaine prochaine (et plus si besoin est), je consacrerai des billets à l’œuvre du romancier victorien Anthony Trollope, plus précisément à ses romans bien sûr mais aussi aux quelques adaptations télévisées que j’ai eu l’occasion de voir.

Dimanche 6 mars sera diffusée sur la chaîne anglaise ITV, la mini-série en 3 épisodes adaptée du roman Doctor Thorne par Julian Fellowes, le créateur de Downton Abbey.
J’ai lu ce roman cette semaine et je l’ai beaucoup aimé. J’attends donc avec impatience de découvrir ce que nous réserve cette transposition à l’écran.

Pour l’heure, j’aimerais vous présenter L’Héritage Belton, un roman quelque peu méconnu du romancier mais dont je garde un très bon souvenir et que je conseillerais bien volontiers au amateurs de Trollope ou à ceux qui aimeraient le découvrir.

Le châtelain de Belton Castle s’est ruiné à cause des extravagances de son fils qui vient de se suicider, de sorte que son domaine revient à son cousin Will Belton, qui offre d’épouser sa fille, Clara. Mais celle-ci préfère donner sa main au capitaine Frederic Aylmer, qui se révèle bientôt être un homme froid qui ne songe qu’à son confort et qui laisse sa fiancée être sous la férule de sa mère.

Dans cet ouvrage paru 1865, on retrouve toutes les principales caractéristiques d’un roman de Trollope : un récit ample, feuilletonnant, où l’auteur aime à décrire de manière généreuse et éloquente la situation et l’évolution sociales de ses personnages, ainsi que les méandres de l’amour dans lesquels certains d’entre eux se sont empêtrés. Le héros de cette histoire est en fait une héroïne : Clara Belton. Depuis le suicide de son frère aîné (alcoolique, libertin et endetté jusqu’au cou), héritier du domaine de Belton, Clara vit seule avec son père, un homme affectueux mais faible, ombrageux et plaintif. Clara n’a que peu de chance de voir sa situation financière s’améliorer. En tant que femme, elle ne peut hériter du manoir familial. Lorsque sa tante, vieille dame pieuse et pleine de principes, qui lui est redevable de bien des attentions, lui avoue qu’elle ne souhaite finalement pas faire d’elle son héritière car elle lui préfère son neveu, Clara voit son sort encore plus menacé …
Dans ce roman, Trollope ne parle pas que d’argent, loin de là. Les relations amoureuses occupent une place importante dans la peinture psychologique de ses personnages et la trame de son récit.
Le domaine Belton revient au cousin Will Belton, qui offre d’épouser Clara mais celle-ci n’a d’yeux que pour le Capitaine Frederic Aylmer. La générosité, la douceur de coeur et la droiture de Will ne semblent pas faire le poids face à l’élégance, l’assurance et l’intelligence du Capitaine, un parlementaire qui semble agir comme un parfait homme du monde. On dit souvent que l’amour rend aveugle et Clara en fera les frais… Malgré son indépendance d’esprit et sa forte personnalité (qui font d’elle une héroïne entêtée mais attachante et séduisante), elle s’amourache du mauvais homme, et elle est même assez lucide pour le voir … Lorsque Frederic Aylmer, trop occupé, laisse sa fiancé sous la férule de sa mère, une aristocrate autoritaire et despote, celle-ci ne tardera pas à se rebeller et à faire entendre ses droits, pour le plus grand plaisir du lecteur !
En mettant à l’honneur une héroïne fine, intelligente et capable d’exprimer son opinion avec courage et honnêteté, Trollope parvient à égratigner avec ironie et subtilité l’hypocrisie du jeu des convenances et des préjugés, dont les femmes sont d’ailleurs les principales victimes.

Happy Valley, un conte made in Yorkshire (BBC 2014)

Happy Valley, un conte made in Yorkshire (BBC 2014)

Dans une petite bourgade au milieu des vallées du Yorkshire, un enlèvement tourne mal. Le lieutenant Catherine Cawood est en charge de cette affaire qui coïncide avec la sortie de prison et le retour en ville de l’homme qu’elle juge responsable du suicide de sa fille 8 ans plus tôt… Cette enquête la replonge dans un passé très sombre, et devient rapidement une affaire personnelle.

Retour en 2014 … Intriguée par les bonnes critiques qu’elle a reçues, j’ai eu envie de me plonger dans cette série policière scénarisée par la talentueuse Sally Wainwright. J’ai bien fait car elle s’est rapidement imposée à moi comme l’une des meilleures séries anglaises que j’ai vues ces dernières années.

est bien connue des téléspectateurs anglais puisqu’on lui doit 2 récents gros succès, la série policière et le drama familial Last Tango in Halifax. Je l’avais découverte pour ma part quelques années plus tôt avec Sparkhouse, une série qui proposait une relecture moderne des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë (un auteur qui lui est très cher) et surtout avec un autre thriller, le superbe Unforgiven, avec la brillante Suranne Jones, en 2009.
Afficher l'image d'origineJ’ai trouvé Happy Valley palpitante de bout en bout. La narration de la série est puissante.  Lorsqu’on suit le parcours de notre héroïne, on a l’impression qu’on est en train de nous raconter un conte terrible, comme ceux des frères Grimm. L’intrigue commence un peu comme le Fargo des frères Cohen (d’ailleurs, la chevelure blonde peroxydée de Tommy Lee Royce – le némésis de l’héroïne incarné par James Norton – est une référence assez explicite à ce film) mais se révèle finalement bien différent et résolument plus anglais.
La série prend la forme d’un conte cruel et très noir, celui de la monstruosité mais aussi du crime ordinaire. Elle est construite comme un dédale, d’où l’héroïne (pleine de larmes et de fureur mais aussi de force) doit sortir. Chacun des personnages (même minime) a un rôle à jouer dans le récit et participe, chacun à sa manière, au déroulé de l’intrigue.
Le décor fait partie intégrante du récit. Il y a vraiment quelque chose d’unique dans la région du Yorkshire et la série la met très bien en valeur.

Afficher l'image d'origineLa tonalité de la série est très sombre mais on y trouve aussi de la lumière et un vrai élan d’espoir, à travers cette figure de femme lieutenant engagée et déterminée à faire son métier et à protéger sa famille. Catherine Cawood est une femme de tête, une héroïne fière, altière et audacieuse mais qui connaît aussi des instants de vulnérabilité absolument désarmants.

Elle se retrouve souvent en conflit avec sa hiérarchie qui est assez largement dépassée par la situation. Il faut dire que c’est elle qui est au cœur de la vallée, sur le terrain,  confrontée aux  trafics de drogue à petite ou grande échelle et qui est plus à même de voir ce qui se trame.

Elle forme un duo très solide avec sa sœur, Clare, incarnée par la non moins formidable Siobhan Finneran (qui a quitté Downton Abbey pour cette série, et ce n’est certainement pas moi qui vais l’en blâmer !). Les scènes qu’elles partagent offrent certains des meilleurs moments de la série. Afficher l'image d'origine

Sarah Lancashire et James Norton ont bien mérité leurs nominations aux BAFTA pour leurs superbes interprétations. L’actrice principale s’est emparée de son personnage avec une force et une implication qui forcent l’admiration. Je l’ai aimée dans des period dramas (Lark Rise to Candleford, The Paradise …), ici, elle surprend dans un registre on ne peut plus différent.

Dans une interview donnée juste après le début de la diffusion de la série, James Norton déclarait avec humour que depuis son rôle dans cette série, 8 millions d’anglais devaient le détester. Quel terrible personnage l’acteur incarne ici ! Il endosse ce rôle avec une sobriété et une subtilité qui touchent au minimalisme le plus efficace et effroyable. Tour à tour tout puissant, manipulateur, arrogant, vaniteux, pathétique et vulnérable, il se révèle être l’un des méchants les plus terrifiants et fascinants que j’ai pu voir sur le petit écran.

Afficher l'image d'origineAu début, il est surtout vu comme une ombre menaçante, le « big bad » par excellence, le Bogeyman du conte en quelque sorte. Il paraît complètement détraqué et presque hors normes face aux autres « méchants » qu’ils côtoie. Ses « acolytes » sont davantage dépeints comme des personnages médiocres, faibles, qui ont fait les mauvais choix mais qui ne sont certainement pas aussi psychotiques et incontrôlables que lui …
Steve Pemberton  est lui aussi tout à fait excellent, dans un rôle très peu glorieux.

Happy Valley est loin d’être uniquement une série policière. Sally Wainwright a choisi d’inscrire son récit en marge de ce que le genre propose habituellement et de se défaire des codes et des procédés narratifs qui lui sont propres. Elle a réussi à dissocier le suspens inhérent au thriller de toute volonté d’érotisation de la violence à l’encontre des femmes. Le point de vue adopté n’est pas celui du criminel. Ce qu’il fait n’est jamais montré comme quelque chose d’excitant. Le viol n’est pas mis en scène et n’est jamais moteur de l’intrigue, et la violence ne se fait jamais gratuite.

Le suspens et le souffle narratif de la série reposent plutôt sur la psychologie et les relations entre les personnages (dans le cercle familial  ou au travail par exemple), et sur l’évolution et le parcours tortueux de ses héros.

Afficher l'image d'origineLa mise en scène est soignée et efficace et le scénario imbriqué est construit de manière tout à fait magistrale. De par sa forme très maîtrisée et son sujet passionnant (un drame intime et social), Happy Valley s’est révélé pour moi un drama essentiel,  dramatique et troublant mais aussi profondément féministe.

Forte de son succès, la série est revenue cette année pour une 2ème saison. J’ai vu les 2 premiers épisodes (sur les 6) et pour l’instant, je suis conquise une fois encore. Sally Wainwright  a l’air de nous réserver encore bien des surprises …

La bande-annonce de la saison 1 (qui reprend le générique de la série, le Trouble Town de Jake Bugg):

 

Ma note (si j’avais pu ajouter une tasse Luke’s, je l’aurais fait) : luke5

 

 

 
De Cape et de Mots de Flore Vesco

De Cape et de Mots de Flore Vesco

Ces derniers mois, on peut dire que j’ai découvert un certain nombre de (très) bons romans jeunesse et celui-ci ne fait pas exception à la règle ! Il s’agit d’un roman publié récemment chez Didier Jeunesse.


Serine, en dépit de la volonté de sa mère, refuse de se marier. Mais pour sortir ses frères de la pauvreté, elle doit agir. Sa décision est prise : elle sera demoiselle de compagnie ! La tâche s’annonce difficile : la reine est capricieuse, antipathique, et renvoie ses demoiselles aussi souvent qu’elle change de perruque. Mais Serine ne manque pas d’audace et, tour à tour, par maladresse ou génie, se fait une place. Elle découvre alors la face cachée de la cour : les manigances, l’hypocrisie et les intrigues… et tente de déjouer un complot.

Flore Vesco livre ici un premier roman plein d’humour et d’irrévérence qui marque autant par l’originalité et la singularité de son héroïne que par la drôlerie et l’inventivité de son style.
Entre le roman historique, d’aventure, de cape et d’épée et la comédie de mœurs, De Cape et de Mots se révèle être un récit plein de verve et de panache porté par les bons mots et le vocabulaire fleuri de l’héroïne. Serine parvient à déjouer les plans les plus diaboliques des ennemis du Roi tout en essayant tant bien que mal de trouver une place à la cour en tant que demoiselle de compagnie de la Reine. Ce n’est pas gagné pour cette jeune provinciale qui manque d’éducation mais dont l’esprit brillant et affuté fera finalement des merveilles.
Avec un rythme enlevé et haletant, une écriture riche et fantaisiste, le roman nous entraîne dans un univers fantasque dans lequel l’héroïne se tire des situations les plus périlleuses grâce à son humour et son tempérament audacieux. Aussi charmante qu’effrontée, elle usera de calembours, de charades et d’autres jeux de mots pour ravir ses amis et tromper ses ennemis. Aidée d’amis pour le moins inattendus (une jeune lavandière, un petit marmiton mais surtout l’apprenti du bourreau !), Serine sauvera le royaume, s’affirmera telle qu’elle est réellement (n’en déplaise à sa sévère maman), et trouvera l’amour bien évidemment.  Le dénouement est, qui plus est, extrêmement bien amené et satisfaisant pour tout le monde !
Un petit roman intrépide et facétieux et un coup de maître pour ce premier essai de la part de Flore Vesco ! Je la relirai avec plaisir !

Ma note :
luke4

 

The House of Eliott (BBC)

The House of Eliott (BBC)

Voici le premier d’une série de billets que je compte consacrer à mes period dramas anglais préférés. Il s’agit cette fois de quelque chose d’un peu ancien et surtout de méconnu 🙂

Je pensais, dans ma grande naïveté, avoir fait à peu près le tour des period dramas made in BBC de qualité et pas trop « poussiéreuses » … avant de découvrir une série absolument délicieuse du nom de The House of Eliott ! Créée par Jean Marsh et l’actrice Eileen Atkins (Cranford, Upstairs Downstairs, entre autres), elle a été diffusée de 1991 à 1994 et compte 3 saisons.

La série a rencontré un vif succès lors de sa diffusion et a marqué un tournant dans l’histoire des period dramas de la BBC, et ce, avant même le phénomène Pride & Prejudice 95.

The House of Eliott suit les aventures de 2 soeurs, Beatrice et Evangeline, à la suite du décès soudain de leur père, une figure aussi froide qu’autoritaire. Celui-ci s’étant considérablement endetté, les deux jeunes femmes se retrouvent à devoir chercher un emploi. Mais c’est une tâche bien difficile car elles n’ont jamais fréquenté la société et n’ont pas de qualifications professionnelles à proprement parler. Beatrice envisage, bien malgré elle, de devenir la dame de compagnie d’une vieille aristocrate et Evangeline projette de travailler comme partenaire de danse dans un salon privé mais se voit vite obligée d’y renoncer à cause de l’interdiction formelle d’Arthur, son cousin et tuteur.
Nous sommes dans les années 20. Un vrai courant féminisme souffle alors sur l’Angleterre, nos deux héroïnes tentent tant bien que mal de s’émanciper. Elles sont courageuses et travailleuses et l’ambition ne leur fait pas défaut. Mais leur tante et surtout leur cousin (qui abuse quelque peu de son pouvoir de chef de famille) ne voient pas les choses de cette manière.
Mais grâce à leurs caractères bien trempés et leurs fortes personnalités, Beatrice et Evangeline parviennent peu à peu à faire leur chemin dans le monde, en commençant par trouver un emploi qui leur convient et à se faire un petit cercle d’amis. Ayant vécu comme des recluses pendant des années dans la demeure familiale, elles n’ont qu’un souhait : s’ouvrir au monde.
Evangeline se fait une amie féministe et très engagée dans le social, Penelope. Celle-ci offre aux deux soeurs la possibilité de travailler comme assistante du photographe renommé, Jack Maddox, son frère …
Ce personnage séduisant et charmeur, à l’humour et au talent artistique reconnu, leur ouvre alors les portes de soirées mondaines auxquelles elles n’étaient guère habituées jusqu’ici. Mais avant de penser à l’amour, Beatrice et Evangeline ont un rêve à réaliser : celui de devenir des couturières professionnelles et peut-être même de travailler à leur compte …

La série est très riche, aussi bien en rebondissements que dans son écriture en elle-même. Les personnages sont formidablement bien incarnés, grâce au talent des acteurs bien sûr, mais aussi à celui des scénaristes qui ont fait un travail remarquable. Bea et Evie ont toutes les deux beaucoup de personnalité et c’est un vrai plaisir de les suivre dans leur chemin personnel et professionnel.

Autour des soeurs Eliott, gravite un groupe de personnages secondaires tout aussi intéressants. Je pense notamment à Penelope, leur amie idéaliste et engagée, à Tilly, la jeune couturière sortie des bas-fonds de Londres, à Daphné, la « bright young thing » dans toute sa splendeur et décadence, à Arthur, le cousin autoritaire, à leur tante Lydia, agaçante mais peu à peu touchante, et bien sûr à Jack Maddox, le photographe qui rêve de faire du cinéma et qui soutiendra les soeurs coûte que coûte, au point de tomber amoureux de l’une d’entre elles. Aucun d’entre eux n’est une caricature et tous peuvent nous réserver des surprises.
La série a réussi à trouver un compromis entre romanesque et réalisme. Le récit est plein d’intrigues et de rebondissements mais ne se révèle jamais comme un « soap en costumes ». La série est glamour tout en restant sobre. Elle est aussi très chaleureuse car on se sent proche des personnages et de leurs préoccupations.
Qu’on soit ou non passionné par la mode, on assiste avec un intérêt grandissant aux aventures des soeurs Eliott. On ne peut qu’admirer leur volonté d’émancipation et leur détermination, être peiné par leurs déconvenues et désillusions et bien sûr se réjouir de leurs réussites professionnelles. Afficher l'image d'origine
Pendant 12 épisodes, on entre dans l’intimité de deux personnages féminins aussi fascinants qu’attachants et par la même occasion, on découvre un peu l’univers de la mode et de la couture et la société anglaise des années 20. Rien que pour ça, cette série vaut le détour ! De plus, un vrai soin a été apporté aux décors et aux costumes mais ce n’est pas une surprise. On parle de la BBC après tout.
Et pour finir, je dirais qu’ une mini-série BBC sur fond de musique fox trot, ce n’est pas si courant !

 

Ma note : luke5

 

 

Comme une valse de Dorothy Parker

Comme une valse de Dorothy Parker

J’ai lu plusieurs des écrits de Dorothy Parker, notamment la série de pièces en vers Hymnes à la haine parue chez Phébus et un petit recueil de nouvelles intitulé Comme une Valse édité chez 10/18.

Ces nouvelles et/ou chroniques se lisent avec beaucoup de plaisir. Certaines m’ont plus séduites que d’autres mais globalement, j’ai apprécié leur tonalité, leur rythme et surtout l’humour irrévérencieux dont l’auteur fait preuve dans chacune d’entre elles. On est face à un auteur doué d’une verve incroyable.
Je ne suis pas étonnée qu’Amy Sherman-Palladino, la créatrice de Gilmore Girls se réclame de cet auteur. On a l’impression dès la première nouvelle, Heures blêmes (une de mes préférées), d’entendre parler Lorelai, son héroïne. La narratrice brille instantanément par son intelligence, son élégance et le caractère impétueux et profondément ironique de son langage. Dorothy Parker manie la langue avec une grande agilité.
Dans ce court récit en forme de long monologue, l’auteur se bat contre son insomnie, armée d’un humour particulièrement féroce. « Je suis le seul être vivant réveillé pendant que le reste de l’humanité est en train de dormir « , constate t-elle, désespérée mais n’ignorant pas, néanmoins, l’absurdité de la situation.
D’emblée, l’auteur donne le la : elle se fait la voix de l’ironie et de l’absurde, de l’ivresse et de la neurasthénie aussi. En un petit nombre de pages, elle croque, vaillamment, des situations rocambolesques et des personnages étonnamment réalistes. On n’est pas prêt d’oublier Madge et Annabel, un duo de copines qui jouent à « et si un millionnaire nous léguait un million de dollars ? » ni Lolita, qui porte mal son prénom, ou encore Horace, un domestique dont le bavardage incessant assomme même ses employeurs les plus patients. La nouvelle Mrs Hofstadter, qui habite Josephine Street est un petit bijou d’humour instantané qui m’a ravie de la première à la dernière ligne.

Pour se plonger plus avant dans l’œuvre de Dorothy Parker, je pense qu’il n’y a rien de mieux que cette intégrale parue chez Penguin qui contient ses poèmes, ses nouvelles mais aussi ses critiques journalistiques :

 

 

 

 

 

 

 

 

Ma note :
luke4

La Galerie des maris disparus de Natasha Solomons

La Galerie des maris disparus de Natasha Solomons

Quand son mari se volatilise, Juliet Montague disparaît à son tour. Ni veuve ni divorcée, elle n’a pas le droit de refaire sa vie selon les règles de la communauté juive à laquelle elle appartient. Juliet s’efforce pourtant de son mieux d’assumer le quotidien et d’élever ses deux enfants. Mais le jour de ses trente ans, un matin de l’hiver 1958, elle prend une décision tout sauf raisonnable : au lieu de consacrer ses économies à l’achat d’un réfrigérateur, elle s’offre un portrait à son effigie.
Ce tableau, premier d’une longue série, signe le début de son émancipation : passionnée de peinture, Juliet va peu à peu repérer les talents émergents, frayer avec le gotha artistique de Londres et ouvrir sa propre galerie.
Ses nouvelles amitiés et, plus tard, son amour pour un brillant peintre reclus dans sa maison du Dorset l’aideront à affronter les commérages et la réprobation des siens. Mais Juliet reste enchaînée et, pour se sentir tout à fait libre, il lui reste un mystère à élucider…

Le roman nous plonge donc à la fin des années 50 à Londres. C’est l’aube de la révolution sexuelle mais Juliet Montague, 30 ans, issue d’une communauté juive très conservatrice, n’est pas autorisée à divorcer de son mari, qui pourtant l’a abandonnée, elle et ses deux enfants, 7 ans plus tôt. Elle a l’impression, aux yeux des personnes de son entourage, d’être complètement insignifiante ou pire encore : d’attirer la honte et les ragots. Depuis la disparition de son mari, Juliet a travaillé dur pour élever Frieda et Leonard. Pourtant, elle semble constamment attirer la désapprobation de sa communauté, qui lui reproche son originalité et sa personnalité un peu « bohême ».
Le jour de son 30ème anniversaire marque un tournant dans son existence. Alors qu’elle s’apprête à aller dépenser ses économies pour acheter un réfrigérateur, elle s’arrête, tombée en extase devant le tableau d’un artiste exposant ses toiles sur les grilles d’un parc londonien. Ce jeune et riche artiste lui propose de lui faire son portrait. Passionnée de peinture depuis toujours, Juliet s’offre alors ce tableau et se voit, par la suite, invitée dans un cercle de jeunes peintres prometteurs. Elle devient, grâce à leur soutien, galeriste et tentera, par la même occasion, de gagner son indépendance. Bien sûr, pour se faire, elle devra composer avec sa famille, son milieu, l’éducation de ses enfants, le tempérament fougueux et imprévisible de certains peintres et le mystère qui entoure encore la disparition de son mari.  Ambitieuse et déterminée, Juliet s’engage corps et âme dans ce nouveau combat pour son émancipation.

Ce roman, comme son héroïne, a un charme fou. Natasha Solomons fait preuve une fois encore de beaucoup de beaucoup de sensibilité et de finesse d’esprit tout au long de ce récit. Et il  y a une légèreté et une fraîcheur incroyable dans son écriture.
Ce roman, évidemment très féministe, se lit comme un joli conte moderne, émouvant mais jamais sirupeux.

Le roman est sorti il y a quelques jours au Livre de Poche 🙂

 

Looking for Alibrandi de Melina Marchetta

Looking for Alibrandi de Melina Marchetta

Looking for Alibrandi

D’aussi loin qu’elle se souvienne, la famille, pour Josephine Alibrandi, s’est toujours résumée à sa mère (qui l’a eue à 17 ans)  et sa grand-mère. Maintenant qu’elle est en dernière année dans son lycée chic et catholique, les choses sont sur le point de changer … Son père fait irruption dans sa vie et tout est bouleversé.

Prise entre les valeurs ultra conservatrices de sa grand-mère italienne, le pragmatisme de sa mère, sa bande de copines et ses premiers flirts, Josephine est sur le point de passer une année particulièrement mouvementée ! Les bonnes sœurs n’ont jamais été aussi strictes, mais cela n’empêchera pas notre héroïne de vivre sa vie et de faire des expériences (bonnes ou mauvaises).

C’est l’année où elle tombera pour la première fois amoureuse, où elle découvrira un terrible secret de famille et surtout, où elle prendra goût à la  liberté !

Ce roman fait partie des incontournables de la littérature jeunesse en Australie. Il y a d’ailleurs décroché une quantité de prix. Je n’en avais pas entendu parler jusqu’à ce que . Penguin ait la bonne idée de le rééditer dans sa jolie collection Penguin Australian Children’s Classics (qui compte au moins 10 autres titres tout aussi réjouissants). Le roman existe aussi dans la jolie collection Pink Penguin.

Ce récit d’apprentissage fait désormais partie de mes préférés. L’histoire de Josephine nous est racontée avec un humour, une richesse et un style  qui m’ont ravie du début à la fin. C’est typiquement le genre de roman qu’on a pas envie de quitter. Josephine est une jeune fille extrêmement attachante, qu’on prend beaucoup de plaisir à suivre et à écouter.  A mesure que le récit progresse, elle évolue, gagne en maturité, perd une assurance parfois un peu déplacée, s’interroge et surtout remet en question ses préjugés et ses à prioris.

Le ton de l’auteur (qui signe ici son premier roman – et pour moi, un coup de maître), et celui de son héroïne par la même occasion, est particulièrement enthousiasmant. Josephine est intelligente, vive d’esprit, drôle et a de la répartie à revendre.  A travers sa vision, le récit est plein de nuances, d’une grande finesse psychologique et empreint d’un humour parfois un brin désarmant.

Autour de Josephine, gravite une quantité de personnages secondaires tout aussi épatants. De sa mère qui fait figure d’Heroïne avec un grand H, à sa grand mère despote mais tendre en passant par son père complètement dépassé dont on découvre peu à peu les qualités, et Jacob, le garçon dont elle tombera amoureuse  (et nous avec), le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer.

Looking for Alibrandi est un formidable roman d’apprentissage, intime et personnel mais aussi un récit sur les relations humaines. Josephine apprend beaucoup d’elle-même auprès de chacune des personnes de son entourage. Elle découvre également que les apparences sont souvent trompeuses et qu’il est bon, parfois, de remettre en question son jugement.

Melina Marchetta décrit la vie de son héroïne avec réalisme et authenticité sans pour autant négliger l’humour et la fantaisie. Le quotidien de cette adolescente est passionnant à suivre pour ce qu’il est mais aussi parce qu’elle a su y insuffler une dose tout à fait appréciable de dérision, de verve et une petite pointe d’amertume qui fait toute la différence.

Rares sont les récits d’adolescence qui m’ont autant fait rire et remuée. Ce fut une bien belle découverte et un coup de cœur !

 

Ma note :luke5

 

Welcome (back) !

Welcome (back) !

Bienvenue dans mon nouveau petit chez moi !

J’ai longtemps hésité avant de choisir l’image de la bannière de mon blog. Je voulais quelque chose de british (parce que c’est sans doute la littérature anglaise qui continuera à occuper le plus de place sur mon blog, je ne vais pas si vite changer mes habitudes) et puis j’ai finalement eu envie de quelque chose de plus « pop ». J’ai donc décidé de revenir à mes premières amours avec cette image de Jess Mariano (grand lecteur s’il en est) dans l’épisode 4.13 (Nag Hammadi Is Where They Found the Gnostic Gospels) de la série Gilmore Girls.
Une façon pour moi de célébrer le retour complètement inattendu de la série sur Netflix !

Le titre de mon blog vient du nom de la petite librairie de la ville fictive de Stars Hollow, Connecticut, de la même série.

Je posterai plus ou moins régulièrement des chroniques de mes dernières découvertes culturelles, en particulier littéraires. Au programme : des classiques, de la littérature contemporaine, de la littérature jeunesse , des bandes dessinées mais aussi des billets sur mes derniers coups de cœur ciné et télé (et sur les period dramas anglais en particulier).

A bientôt pour ma 1ère petite chronique qui sera consacré à un roman australien coup de cœur !