Our Zoo BBC 2014

Our Zoo BBC 2014

Our Zoo est une série de 6 épisodes diffusée sur la BBC en 2014. Ce period drama s’inspire de l’histoire de la famille Motterheard qui, malgré une opposition farouche et de grands sacrifices personnels, a fondé le Zoo de Chester à la fin des années 20. Le scénariste de la série est Matt Charman, un dramaturge acclamé.
Intriguée par les très bonnes critiques que la série a obtenues de la part du public et de la critique (la presse a été très élogieuse à son sujet), je me suis lancée dans cette nouvelle série, sans forcément être une grande passionnée ni connaisseuse du sujet. J’ai regardé les 6 épisodes en très peu de temps, séduite par le scénario (extrêmement soigné, intelligent et efficace), les acteurs et le ton de l’ensemble, qui rappelle les meilleurs productions de la chaîne.

George Mottershead vit dans un appartement au-dessus de l’épicerie de son père Albert, avec sa femme Lizzie et leurs deux filles Muriel et June. Il souffre de stress post-traumatique suite à son service dans l’armée durant la Première Guerre Mondiale, mais sa mère, la caractérielle Lucy est frustrée que son fils vive encore chez eux et veut que sa famille et lui déménagent. Sa famille commence à s’inquiéter de sa santée mentale lorsqu’elle apprend que George s’est rendu sur les docks et qu’il y a acheté un petit singe et un perroquet qui étaientsur le point d’être euthanasiés. George leur promet de vendre les animaux à un cirque mais finit par acquérir un chameau du nom de Sidney que les propriétaires du cirque étaient sur le point d’abattre.
Les trois animaux sont gardés dans la petite arrière cours de la famille. Mais pendant que certains voisins paient bien volontiers pour leur rendre une petite visite, l’épicerie, elle, perd ses clients …
En traversant le petit village d’Upton pour se rendre à Chester pour une réunion de l’armée, George tombe sur un beau manoir du nom d’Oakfield, qui est mis aux enchères. Pris d’une inspiration soudaine, il projette de convertir ce domaine en un zoo où les animaux ne seraient pas emprisonnés. Bien que sa famille se montre sceptique et que Lucy refuse catégoriquement l’idée, George obtient un prêt de 3000 £ à la banque. A la vente aux enchères, les Motterhead remportent le manoir d’Oakfield pour 3500 £ mais Albert doit vendre son épicerie et l’appartement… Poussés par l’enthousiasme et la passion de George, chacun commence peu à peu à croire à son rêve …
La famille s’installe bientôt à Upton mais décide de garder secret son projet aux habitants, du moins pendant les tout premiers mois. Malheureusement, le singe (que June a appelé Mortimer) s’échappe de sa cage et entre dans une boutique du village, causant la frayeur de la commerçante et par la même occasion, la méfiance et la rancoeur de certains habitants du village …
Our Zoo nous montre un autre visage de l’Angleterre des années 20, bien différent de celui de Downton Abbey ou Peaky Blinders mais tout aussi fascinant.
C’est une série familiale mais qui surprend par la qualité et la richesse de son script. On pense à Call the Midwife mais aussi un peu à Cranford avec cette petite communauté villageoise repliée sur elle-même, en proie à de terribles interrogations face au progrès et au changement. Cette série, ce n’est pas seulement le récit de la création d’un zoo, c’est aussi et peut-être avant tout l’histoire d’un homme qui réapprend à vivre. George Motterhead est un homme profondément blessé, traumatisé par la guerre mais qui retrouve un sens à son existence grâce aux animaux et à son désir profond de préserver la vie.
C’est très émouvant de voir de quelle manière, grâce à sa persévérance, son courage et son énergie, il entraînera toute sa famille – même les membres plus sceptiques  – dans son incroyable aventure. En souhaitant reprendre le modèle du zoo sans barrières de Hambourg, George est une sorte de révolutionnaire. Il se mettra alors à dos presque tous les habitants du village d’Upton, convaincus que son projet mettra en danger leur tranquillité et surtout leurs valeurs.
Comme toute bonne série-chorale qui se respecte, Our Zoo est portée par une galerie de personnages attachants et passionnants qu’on prend beaucoup de plaisir à suivre d’épisode en épisode.

L’opposition est incarnée par Mrs Radler, l’épicière revêche et par le révérent Aaron Webb (remarquablement incarné par Stephen Campbell Moore, comme toujours), une sorte de force tranquille mais qui n’en est pas moins hostile et menaçante.
Lee Ingleby, qui incarne le héros, est excellent et incarne avec fougue et une touchante vulnérabilité ce personnage passionné et idéaliste. Je ne connaissais pas cet acteur, pour moi c’est une vraie révélation.
Ravie aussi de retrouver d’autres acteurs bien connus du petit écran anglais à ses côtés (Peter Wight, Anne Reid et Liz White, repérée dans Life on mars).
Les filles Motterhead sont quant à elles interprétées par 2 jeunes actrices qui crèvent l’écran (et qu’il faudra suivre, à mon avis).
Sophia Myles campe quant à elle un superbe personnage de jeune aristocrate, qui vit recluse pour dissimuler un mystérieux passé. Notons aussi la présence d’un beau-frère volontaire et espiègle, d’un charmant petit facteur, d’un jeune médecin intègre (qui s’improvisera vétérinaire !) et d’une attachante réceptionniste.
Our Zoo offre de très belles scènes avec les animaux mais ne néglige pas pour autant l’aspect psychologique de ses personnages. C’est l’histoire d’un homme, qui se reconstruit grâce au soutien de sa famille mais aussi grâce à sa passion et à ses idéaux et des êtres qui gravitent autour de lui.
Même si la série se veut chaleureuse et optimiste, elle ne tombe pas dans le sentimentalisme. Le ton de l’ensemble m’a rappellée un peu les livres de Gerald Durell. On y retrouve un peu la même verve et le même humanisme.
Encore une excellente production signée par la BBC, une de plus !

Une jolie fille comme ça d’Alfred Hayes

Une jolie fille comme ça d’Alfred Hayes

Une jolie fille comme ça d’Alfred Hayes est le premier roman que j’ai lu cette année et je l’ai beaucoup apprécié.
Il s’agit d’un roman noir écrit dans les années 50, d’un conte cruel au charme obscur.
Il n’y a pas ici d’intrigue policière, le roman se concentre sur la relation qui lie un scénariste en vogue et une jeune actrice qui peine à percer à Hollywood.

Le roman s’ouvre sur une scène toute cinématographique. C’est sur une plage que les deux protagonistes font connaissance. Lui, est adossé à une balustrade, elle, un verre à la main, entre dans le Pacifique, alors qu’une fête, derrière eux, bas son plein. Il la voit, court à son secours, l’arrache des flots et la ranime. S’ensuit ensuite une liaison adultère. Alfred Hayes décrira avec une écriture incroyablement ciselée une curieuse relation, faite d’une attirance inexpliquée.
Le narrateur n’a de cesse d’expliquer que cette femme, bien que jolie et attirante, n’est pas son genre. Cette dernière est volubile, lunatique, mystérieuse. Agée de 25 ans, elle s’était installée à Los Angeles pour devenir actrice, pour avoir comme elle le dit « Mon visage sur les murs de la ville – en VO, cela donne :  » My face for the world to see « , le titre original de ce roman aussi sentimental que vénéneux. L’héroïne est humble mais crâne, farouche aussi par moments. « Je me dis qu’elle touchait au nerf même du pathos, d’une certaine façon. Il y avait quelque chose chez elle, un air de femme blessée assez touchant« , décrit l’homme.
Leur relation est analysée au scalpel par Hayes, qui évoque l’ambiguïté du désir et la vanité qui les lie avec une acuité troublante.
Le décor de ce roman est celui du Los Angeles corrompu, son atmosphère celle du Hollywood du film noir, qui oscille entre effervescence et langueur.

Le roman a été traduit par Agnès Desarthe et édité chez Gallimard.

The Fair Miss Fortune de DE Stevenson

The Fair Miss Fortune de DE Stevenson

J’ai découvert mon premier DE Stevenson édité chez Greyladies et je n’ai pas été déçue ! The Fair Miss Fortune s’est avéré être une lecture aussi réjouissante que je l’avais espéré, très légère certes mais savoureuse.
The Fair Miss Fortune,  publié pour la première fois il y a 4 ans chez Greyladies mais écrit en 1937, est une comédie romantique touchante et très drôle dénuée de toute mièvrerie. Les personnages sont campés avec beaucoup d’humour et l’ensemble rappelle un peu certaines comédies de l’âge d’or hollywoodien avec son lot de faux semblants, ses rebondissements à la pelle et ses histoires d’amour pleines de panache.
C’est un roman très léger mais aussi très pétillant qui se dévore plus qu’il ne se lit. J’ai été séduite par le rythme de l’intrigue, les dialogues, la galerie de personnages secondaires (presque dignes de Cranford) et la facilité avec laquelle D.E. Stevenson noue ses intrigues amoureuses et installe une ambiance chaleureuse.

Lorsque le Capitaine Charles Weatherby revient chez lui, dans le petit village anglais de Dingleford, il ne sait pas combien sa vie est sur le point d’être bouleversée. Il est heureux de retrouver sa chère et douce mère mais l’est nettement moins lorsque celle-ci le convainc de passer la soirée chez Mrs Prescott, qui vient d’emménager dans une nouvelle maison. Selon elle, Charles a besoin de de retrouver une vie sociale. Les habitants de Dingleford sont ravis de le retrouver et la cancanière Mrs Prescott insiste tout particulièrement pour lui livrer tous les derniers ragots.
La fête s’avère aussi monotone et inintéressante que l’avait prévu Charles, excepté pour 2 choses : il y retrouve son ami Harold Prescott (le malheureux vit sous le coupe de sa mère) et apprend qu’une certaine Jane Fortune vient de s’installer dans le village et compte y ouvrir un salon de thé. C’est une nouvelle enthousiasmante qui ne manque pas d’éveiller l’intérêt des villageois.

Rapidement, Charles, homme d’action s’il en est, fait la connaissance de Miss Fortune et se lie d’amitié avec elle. Plus rapidement encore, il en tombe amoureux. La jeune femme semble être également tombée sous son charme, jusqu’au moment, où sans explication, elle répond vaguement à son bonjour, agit froidement et pire encore : monte dans la voiture d’un séduisant inconnu !
Mais Jane n’agit pas comme elle-même parce qu’elle n’est pas elle-même. Joan, sa sœur jumelle vient de débarquer à Dingleford, fuyant alors les avances d’un ancien employeur trop insistant. Afin de rester discrète, elle décide de ne pas annoncer sa présence aux habitants du village et propose de se faire passer pour Jane si les circonstances l’exigent. Jane commence à désapprouver le plan de sa sœur mais finit bientôt par s’y faire, et même par s’en amuser. Il faut dire qu’il est difficile de résister à Joan.
Les 2 sœurs essaient de ne pas sortir et être vues en même temps mais leurs personnalités parfois opposées et leurs inclinations amoureuses bien différentes créent bientôt un véritable méli mélo, qui risque de les mettre toutes deux dans un sacré guêpier, elles mais aussi leurs prétendants !

Bien entendu, l’histoire finira bien mais ce qui importe ici, comme dans toutes bonnes comédies qui se respectent, c’est la manière dont l’auteur entraîne ses héros et héroïnes dans cette délicieuse mascarade. Et ici, elle le fait avec une certaine allure !
En voilà un petit roman qui met irrésistiblement de bonne humeur !

Il me reste plusieurs dizaines de romans de l’écossaise D.E. Stevenson à découvrir et c’est une chance car chacun de ses livres m’ont charmée jusqu’ici.

Capucine de Blaise Hofmann

Capucine de Blaise Hofmann

Qui se souvient encore de Capucine ?

Elle était l’un des modèles parisiens incontournables des années cinquante, et l’une des égéries d’Ubert de Givenchy, puis l’actrice de Jean Cocteau, Federico Fellini, Georges Cukor, Blake Edward, Joseph Mankiewicz. Elle a joué avec John Wayne, Woody Allen, Jane Fonda, Romy Schneider, Claudia Cardinale, William Holden, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon… Elle était aussi la meilleure amie d’Audrey Hepburn …
Qui se souvient encore de Capucine ?
Blaise Hofmann part sur ses traces. À Saumur, sous les bombes de la Deuxième Guerre. À Paris, sur les podiums de haute couture et dans les caves à jazz de Saint- Germain-des-Prés. À Los Angeles, dans les fabriques de stars hollywoodiennes, puis à Lausanne, au bord du lac Léman …

Le roman biographique est un genre romanesque en plein essor depuis quelques années. L’écrivain y raconte la vie de son sujet (souvent un artiste) à partir de notes, de documents plus ou moins officiels et de bribes d’informations mais invoque aussi toute une part d’imaginaire en fantasmant une majeure partie de son histoire. L’exercice est complexe et particulièrement périlleux. Ce roman qui vient de sortir aux éditions Zoé est à mon avis un très bel exemple de ce que le genre peut offrir de meilleur.
L’écriture de Blaise Hofmann est délicate et d’une élégance sobre et émouvante, ce qui sied à merveille à la douce mélancolie qui baigne l’ensemble de son récit.

A travers ces pages, se dessine une sorte de conte cruel dans lequel la figure évanescente de son héroïne nous apparaît tour à tour froide, insaisissable, attachante et touchante.
L’auteur livre ici un véritable travail de mémoire. Son récit est une enquête mais aussi un roman captivant sur le cinéma hollywoodien des années 50 et ses codes. On y croise une foule de personnages bien connus, des acteurs, des metteurs en scène, des agents, des couturiers …
L’auteur explore avec finesse le sentiment d’exil, de solitude et de passion de cette jeune parisienne ambitieuse qui connut quelques années de gloire éphémère à Hollywood avant de tomber dans l’oubli.
Il explore le destin hors normes d’une actrice sensible et intelligente, qui n’a jamais vraiment réussi à s’adapter au système hollywoodien, refusant les compromis et jouant aussi parfois de malchance en ne correspondant pas aux diktats de l’époque. Capucine était attachée à son apparence et à la notion de paraître mais intériorisait aussi beaucoup en se délectant de nombreuses lectures. Elle se passionnait pour Virginia Woolf, Stefan Zweig qui selon elle était l’écrivain de la femme par excellence, ou encore pour les soeurs Brontë à qui elle vouait un véritable culte. Elle s’était même attelée à l’écriture de leur biographie …

Blaise Hofmann rend hommage à cette actrice singulière avec un vrai talent d’écriture et surtout un don certain pour la narration et la mise en scène. C’est sans doute un grand amoureux du cinéma qui a écrit ce livre, et aussi un homme de lettres adepte des belles formules et des belles images.
Le roman célèbre et rend hommage à cette figure féminine en évoquant avec acuité son univers et son entourage, sans user d’artifices ni d’emphases. Le portrait n’en est alors que plus saisissant et la description du monde du cinéma qu’elle a côtoyé d’autant plus captivant.

Capucine s’est révélé pour moi un exercice de style en tous points réussi, je le conseille très volontiers aux cinéphiles (mais pas que ! ).

 

Mon avis :

luke4

War & Peace BBC 2016

War & Peace BBC 2016

Bien avant sa diffusion, cette adaptation alimentait déjà la polémique. Il faut dire qu’ Andrew Davies, le scénariste de Pride & Prejudice 95 et Bleak House (entre bien d’autres) aime, lorsqu’il « s’attaque » à un chef d’œuvre de la littérature,  faire  naître un doux parfum de scandale et de controverse, relayé ensuite allègrement par les médias britanniques. On parlait déjà de sexe de scènes ajoutées, d’inceste et j’en passe. Au final, c’est encore une fois beaucoup de bruit pour rien. Son scénario, et la série dans son ensemble, m’ont semblée de très grande qualité. Cette adaptation BBC se classe désormais parmi mes period dramas préférés, de ceux que je reverrai avec plaisir.

Co-produite par la Weinstein Company, la série a été proposée au public comme l’adaptation d’un grand classique pour une nouvelle génération. Même si on peut lui reprocher un petit côté racoleur, il y a quelque chose de vrai dans cette annonce …

La version télévisée de 2007 (la co-production franco-italo-allemande de Robert Dornhelm, avec Clémence Poesy dans le rôle de Natacha) a à mon avis, vieilli avant l’heure. Sentimentale (pour ne pas dire édulcorée) et réalisée de manière empesée et classique, elle proposait une mise en scène purement illustrative du roman et surtout, sans éclat. La version de la BBC est plus moderne, plus sombre, plus vivante et intense et selon moi, plus proche du roman de Tolstoï.

La qualité de la série doit, comme il se doit, beaucoup à son réalisateur. Tom Harper, âgé de seulement 35 ans, a travaillé sur bon nombre de séries télévisées. On lui doit notamment quelques épisodes de la série Peaky Blinders. Lorsque j’ai appris qu’il avait été choisi pour mettre en scène cet ambitieux projet, je partais naturellement avec un excellent à priori et il ne m’a pas déçue.Voilà un jeune réalisateur capable d’insuffler du rythme et du souffle à son récit et de nous offrir des plans soignés et travaillés. Tom Harper filme avec fluidité et une liberté assez exaltantes. Il y a de la symétrie et une parfaite ordonnance dans ses plans et en même temps, quelque chose de vif, d’animé qui emporte le spectateur. J’ai par exemple adoré les plans d’ouverture de ses épisodes, qui ont une dimension picturale (Napoléon, de dos, surplombant le champ de bataille dans le 1er épisode, ou encore la peinture orthodoxe lors du mariage de Pierre et Helen, dans le 2ème …). On sent que chaque plan est pensé, ordonné, rien n’est laissé au hasard mais cela ne diminue en rien la vivacité et le dynamisme qui imprègnent l’ensemble de sa mise en scène. La photographie est aussi un des grands atouts de cette nouvelle adaptation. z5444

Tom Harper a aussi une manière bien particulière de filmer ses héros. La première apparition de Pierre est mise en scène avec une volonté de le montrer comme un homme maladroit, pas tout à fait à sa place dans la bonne société de St Petersboug. La démarche de Paul Dano est empruntée, son pas lourd. Andrei, lui, est filmé tout d’abord, comme un homme qui observe ses contemporains avec une certaine distance, et un air de détachement qui peut passer pour de l’arrogance. Plus tard, lors de la bataille de Borodino, la caméra s’attardera sur lui pour mettre en valeur son courage, son charisme mais aussi le côté terrible et tragique de son personnage.

Lors de cette fête donnée chez Anna Pavlovna (jouée par Gillian Anderson, qui a plus un rôle de figuration ici que de composition) donnée dans le 1er épisode, le décor est parfaitement planté et les premiers enjeux dessinés. Avec un sens de l’économie et en même temps un certain bon goût esthétique, le réalisateur délivre une scène d’une symétrie parfaite.

Tom Harper se fait plaisir à de nombreuses reprises, en usant de plans larges parfaitement coordonnés (la bataille de Borodino est un vrai moment de bravoure) mais il se montrera tout aussi à l’aise dans les scènes plus intimes ou contemplatives.

La palme de l’interprétation revient pour moi à Paul Dano, qui livre une performance incroyablement solide. Il n’a pas le physique du Pierre décrit par Tolstoï mais cela ne l’a pas empêché d’avoir parfaitement su capturer l’âme du personnage. Vulnérable, sensible, peu sûr de lui mais aussi généreux et terriblement attachant, il a su restituer l’humanité de Pierre dans toute sa splendeur et fragilité.

z6556Les scènes que l’acteur partage avec James Norton font partie de mes préférées. La force du roman repose sur l’amitié et la dualité qui existent entre ces deux personnages, si radicalement opposés et en même temps si proches, et l’adaptation met en valeur leur relation d’une merveilleuse façon. Leur duo fonctionne parfaitement à l’écran.

James Norton est l’acteur le plus jeune qui ait joué Andréi jusqu’ici. C’est un acteur dont j’admire le travail depuis déjà quelques temps et qui ne cesse de me surprendre. Il offre ici une incarnation d’Andrei assez singulière et en même temps très fidèle à la description de Tolstoï. Sous ses traits, Andrei n’est pas l’aristocrate monolithique qu’on a pu voir dépeint dans les autres adaptations. C’est un homme fier, froid, qui peine à exprimer ses sentiments et surtout, d’un abord très peu aimable (contrairement à son ami Pierre, par exemple, qui se révèle tout de suite nettement plus sympathique). C’est aussi, au début du récit, un homme triste, dépressif même, qui s’ajuste mal à la société qui l’entoure, et qui semble avoir fait un mariage malheureux. Cynique, désenchanté, il observe le monde qui l’entoure dans la moindre illusion ni le moindre optimisme. La gloire militaire – et la mort – semblent constituer alors sa seule échappatoire. Le changement qui s’opère en lui d’épisode en épisode est saisissant. Même s’il exprime des sentiments et fait preuve d’une certaine émotivité, il garde toute la réserve, la dignité et la dureté qui siéent à son personnage.

z5454445Le choix de Lily James pour le rôle de Natacha a été vivement critiqué. Je dois dire, pour ma part, que l’actrice m’a plutôt convaincue. Dans les premiers épisodes de la série, elle incarne une héroïne encore en devenir, fraîche, lumineuse, innocente et très naïve. Elle gagne en maturité et en ambivalence par la suite et a réussi à m’émouvoir à de nombreuses reprises. Ce n’est sans doute pas son interprétation que je retiendrais le plus mais pour autant, je ne dirais pas qu’elle démérite face aux autres acteurs.

La série  n’est bien sûr pas dénuée d’un certain romantisme. Toute la partie où Andrei et Natacha tombent amoureux était comme une parenthèse enchantée, surtout au regard du reste de la série qui  est plus oppressante. J’ai apprécié qu’Andrew Davies et Tom Harper aient accordé aux deux héros des scènes très romantiques sans jamais tomber dans un sentimentalisme inapproprié. Il n’y a rien d’outrancier dans la façon de les filmer. La séquence du bal, forcément très attendue, est belle et sobre.

z5445Le reste de la distribution est tout aussi remarquable.  Je ne pourrais pas tous les citer alors je vais me contenter de trois noms : Jack Lowden (que je ne connaissais pas mais qui est tout à fait convaincant en Nikola Rostov), la merveilleuse Jessie Buckley (qui charme à chacune de ses apparitions) ou encore Tom Burke (l’un de mes chouchous british – encore un !) qui campe, avec le charisme qu’on lui connaît un Dolokhov délicieusement byronien.

J’ai également apprécié que certains des personnages mineurs puissent briller, chacun à sa façon. C’est le cas, notamment, de trois d’entre eux : Lise Bolkonsky, l’épouse esseulée d’Andrei, Tikhon, le valet du Prince Bolkonsky ou encore le formidable Denisof, un personnage solaire que le scénario d’Andrew Davies met bien en valeur.

La musique a été confiée au talentueux compositeur britannique Martin Phipps (dont je suis et adore le travail depuis Persuasion 2007). La bande son joue beaucoup sur le lyrisme et l’aspect sombre et ténébreux du récit, tout en offrant quelques pièces plus enlevées, lumineuses et joyeuses. Certaines des thèmes musicaux ont quelque chose de véritablement envoûtant et entêtant.zzzz

Même si la série s’est donnée les moyens de ses ambitions, le pari était risqué pour la BBC. On pourra bien lui reprocher sa brièveté, certains choix de mise en scène ou de costumes ou encore, comme je l’ai lu trop souvent, son côté résolument trop british  (critique absurde s’il en est) mais pour moi, le plaisir reste entier.

Guerre et Paix dresse des portraits de personnages faillibles, corrompus,  mais aussi pleins d’amour et d’espoir. Au cœur du récit, se trouvent trois jeunes héros de leur temps, avec des aspirations, des forces et des faiblesses qui leur sont propres. Et à travers eux sont évoquées des thématiques aussi riches que la famille, la politique, l’amour, la société, l’obsession de la gloire et de la guerre. La série restitue tout cela de manière très inspirée et rend un hommage vibrant  – et moderne – à ce grand roman russe. Une belle réussite de la part de la BBC, une fois encore !

Titine du blog « Plaisirs à cultiver » a aussi beaucoup aimé, vous pouvez lire son avis ici 🙂

 

Le docteur Thorne d’Anthony Trollope

Le docteur Thorne d’Anthony Trollope

Sans dot, de naissance illégitime, la belle et fière Mary ne saurait s’unir à celui qu’elle aime, Frank Gresham, un jeune héritier désargenté. Les Ladies de la famille Gresham manœuvrent en coulisse pour le marier à une femme riche afin de sauver le domaine familial hypothéqué. Seul l’oncle de Mary, le docteur Thorne, connaît le secret de son ascendance et la fortune dont elle pourrait hériter si seulement …

Ce roman du grand auteur victorien Anthony Trollope m’a complètement séduite. En le refermant, je me suis dit que décidément, je ne lisais pas assez cet écrivain et qu’il faudrait que j’y remédie dans le courant de l’année. Il me reste encore quelques uns de ses titres traduits en français à découvrir, je pense que je les ajouterai à ma PAL dès qu’il sera raisonnable de le faire.

Je comprends que ce roman soit le préféré de Julian Fellowes. On y retrouve une peinture minutieuse et particulièrement acerbe de la bonne société de l’époque ainsi qu’une réflexion tout à fait pertinente de l’équilibre précaire qui existe entre argent et moralité.

Frank Gresham, le fils d’un grand propriétaire terrien endetté, souhaite plus que tout épouser son amour de jeunesse, Mary Thorne (la nièce du médecin qui donne son nom au roman), et ce en dépit de son manque de fortune et du scandale qui semble planer sur sa naissance. Le jeune homme est passionnément amoureux et fort déterminé à obtenir la main de sa bien aimée mais sa mère, terriblement ambitieuse et pragmatique et sa tante, snob et tyrannique, s’y opposent férocement. Elles ne veulent en aucune façon entendre parler de cette union qu’elles jugent hautement répréhensible et inacceptable, dans la mesure où Frank doit assurer la survie du domaine familial.

Les deux harpies souhaitent plus que tout le voir épouser une fortune et vont même jusqu’à jeter le pauvre jeune homme dans les bras d’une riche héritière, qui doit sa richesse au Baume du Liban, une certaine Miss Dunstable, un peu plus âgée que lui.

Seul le Docteur Thorne, l’oncle de Mary qui l’adore, a connaissance de quelque chose qui pourrait changer la vie de sa nièce et l’aider à épouser l’homme qu’elle aime … Mais il devra s’armer de patience et faire preuve d’un bon sens et d’une délicatesse exemplaires pour ne serait-ce qu’espérer que son vœu de voir sa nièce heureuse se réalise. Heureusement, il ne manque ni de l’un de l’autre. Thorne est un homme absolument charmant, intelligent et généreux, une âme sensible dont on suit les pérégrinations avec le plus grand intérêt et pour qui on ressent naturellement une grande estime.

Les qualités de ce roman sont nombreuses. Tout d’abord, j’ai apprécié sa modernité. Je savais que Trollope était un fin peintre de l’âme humaine. Chez lui, on ne trouve pas d’héroïnes innocentes comme l’enfant qui vient de naître et encore moins de terribles méchants grimaçants à la Dickens.

Ses portraits sont souvent empreints d’une drôlerie toute britannique mais ils sont aussi extrêmement nuancés. En lisant ce roman, on a l’impression de faire la connaissance de personnages bien vivants. On a donc aucun mal à imaginer la fierté et la fragilité désarmantes de Mary, le charme juvénile et le courage de Frank, le dévouement et la gentillesse de Thorne, l’impétuosité et la grandeur d’un personnage comme Sir Roger Scatcherd ou encore la noblesse et l’indépendance d’esprit de Miss Dunstable.

Une fois de plus, Trollope fait preuve d’une grande maîtrise dans le portrait de ses héroïnes. Sous sa plume, elles sont fières, altières, impérieuses … Je trouve que c’est un phénomène suffisamment rare dans la littérature victorienne pour être noté.

Toutes proportions gardées, l’auteur exprime un certain modernisme à travers son roman. Le Docteur Thorne, resté célibataire, a élevé sa nièce seul. Il l’aime tendrement et n’agit jamais en patriarche autoritaire et despote. Alors que la pauvre Mary est condamnée à ne plus fréquenter les Gresham après la cour quelque peu pressante que lui a fait Frank, Thorne agit comme un véritable rempart pour la protéger. Pour lui, Mary n’a absolument rien à se reprocher dans cette affaire. Il lui accorde toute sa confiance et son respect, et ne se permet jamais de la juger. Au contraire même, il est tout en fait en mesure de la comprendre et de comprendre qu’elle aime Frank.

La relation qui unie l’oncle et la nièce est au cœur du récit et sous-tend une réflexion tout à fait intéressante sur l’amour filial et la moralité.

L’une des caractéristiques bien connues de Trollope est sa manière toute particulière d’intervenir personnellement dans son récit, en s’adressant à son lecteur et en faisant des remarques (plus ou moins caustiques) sur l’élaboration de son intrigue, sa crédibilité ou encore sa légitimité en tant que romancier.

Ces interventions m’ont parue légèrement plus nombreuses que dans les romans que j’avais précédemment lus de lui mais elle ne m’ont pas gênée. Le récit est si bien construit, l’intrigue amoureuse si palpitante à suivre, et la peinture sociale et la comédie de mœurs si riche que les pages défilent presque à toute allure. Le roman fait près de 780 pages dans son édition de poche mais il ne faut pas y voir un motif de découragement. C’est une comédie réjouissante que Trollope nous a livré ici et ce serait bien dommage de s’en priver.

Le Docteur Thorne a été adapté par Julian Fellowes pour la chaîne ITV. J’ai pu voir le 1er épisode diffusé dimanche dernier et je ne suis pas particulièrement séduite pour l’instant. Rien à redire au sujet de l’ensemble des acteurs mais je trouve que le scénario et la mise en scène manquent cruellement de subtilité et surtout de modernité. J’espère être plus convaincue par la suite …

 

Ma note : luke5

15 bonnes raisons de tomber sous le charme de(s) Gilmore Girls

15 bonnes raisons de tomber sous le charme de(s) Gilmore Girls

Rory, please, put down that cup of coffee. You do not want to grow up to be like your mom.
Sorry, too late.

20 me semblait être trop ambitieux, 10 pas assez, j’ai donc opté pour 15 bonnes raisons de découvrir (ou redécouvrir) cette formidable série, qui fera son retour inattendu très prochainement avec de nouveaux épisodes sur Netflix.

Gilmore Girls est une série américaine diffusée de 2000 à 2006 qui compte 7 saisons et 153 épisodes de 42 min environ.

La série suit les aventures de Lorelai, une mère célibataire, et sa fille, Rory qu’elle a eu à 16 ans. Elles vivent toutes les deux à Stars Hollow, dans le Connecticut. Cette petite ville, peuplée d’habitants  hauts en couleur, se situe à 30 minutes environ de Hartford (la ville d’où Mark Twain est originaire). La critique sociale de la série repose essentiellement sur la relation conflictuelle et complexe qui existe entre Lorelai et ses parents, qui viennent d’un milieu conservateur et privilégié. Lorelai a, en effet, coupé les ponts avec eux et élevé sa fille sans leur aide. Ce qui semble lui avoir plutôt bien réussi, jusqu’au moment où Lorelai a besoin d’une aide financière pour inscrire sa fille, qui est une brillante élève, dans une école très sélect où celle-ci vient d’être acceptée. C’est le point de départ de la série, celui qui permettra à Lorelai de renouer avec sa famille (et avec tous les bouleversements et frustrations que cela implique).

La famille est au cœur du récit mais la série traite également de relations amoureuses, d’amitiés, d’ambition professionnelle, d’accomplissement et d’éducation.

L’intrigue de la série n’a, au premier abord en tous cas, rien de particulièrement original ni d’attrayant. Ce qui compte et fait toute la différence est …

  1. son écriture :

Avec le retour de la série sur Netflix qui se prépare actuellement, j’entends et lis pas mal de choses sur Gilmore Girls. Un article pourtant élogieux qualifiait récemment la série de soap girly. Fan depuis la première heure que je suis, ce genre de raccourci me fait hausser les sourcils. La série n’est ni un soap ni un programme girly. Si je devais la classer dans un genre (tâche bien difficile), je dirais qu’elle s’inscrit plutôt dans la « dramédie », avec une tonalité tout de même plus comique que dramatique. Sa narration est ample, l’évolution des héros lente et minutieuse. Les intrigues reposent sur la peinture du quotidien et sur la relation entre les personnages plus que sur les retournements de situation et le suspens. La série n’use jamais de grosses ficelles (en tous cas pas dans les 5 premières saisons – je préfère nuancer mon propos).

On a parfois l’impression de lire un roman qui toucherait à la comédie de mœurs. Mais la richesse et l’apparente langueur du récit sont contrebalancées par le rythme mitraillette des dialogues. La série est connue et célébrée pour ses scripts aussi épais que des pavés et ses répliques inoubliables et ses réparties cinglantes.

2) Lorelai

Lorelai, c’est l’héroïne qui est au cœur de la série. Une femme résolument moderne mais qui n’est pas sans rappeler les héroïnes pleines de panache et de personnalité des screwball comédies  des années 30/40 du cinéma hollywoodien (genre dont Amy Sherman-Palladino, la créatrice de la série, se réclame franchement). Lorelai, c’est un peu une Rosalind Russell (His Girl Friday) qui se serait perdue dans les années 2000.

Lorelai est une brune piquante, dynamique, pleine d’allant et dont le charme et le pouvoir de séduction résident, comme c’est le cas des héroïnes qui l’ont inspirée, dans sa façon de parler, son humour, son sens de la dérision, son intelligence et sa manière d’appréhender le monde tout simplement. Un esprit vif, parfois une force de la nature mais aussi une jeune femme vulnérable et touchante. Et le fait que Lorelai soit interprétée par Lauren Graham (l’une des meilleures actrices au monde pour moi) ne fait qu’ajouter à son charme !

3) Rory
Afficher l'image d'origineLorsqu’Amy Sherman-Palladino (que je vais dorénavant appeler ASP) travaillait sur les prémices de la série, elle imaginait Rory, la fille de Lorelai, comme une jeune fille de 16 ans bien dans ses baskets. Pas la fille la plus populaire de son école ni la plus exubérante mais une adolescente épanouie, très intéressée par ses études, qui aime passer son temps avec sa meilleure amie Lane ou plongée dans un bon bouquin. Le genre de filles très peu représentée à la télévision, si ce n’est sous la forme très clichée de l’intello un peu coincée et insignifiante. Or, Rory se révèle être une jeune fille attachante, charmante, mais aussi caractérielle et ambivalente, et donc intéressante…

4) Stars Hollow

Afficher l'image d'origineStars Hollow est le décor de la série. Une petite ville du Connecticut avec une ambiance de douce folie et des habitants un brin farfelus qui égaient le quotidien des filles Gilmore. Cette bourgade ne semble rien avoir d’extraordinaire et pourtant … On y organise tout au long de l’année des festivités plus enthousiasmantes les uns que les autres : un  Festival d’Hiver, un marathon de danse, un pique-nique avec la vente aux enchères de paniers, un festival d’art vivant et j’en passe. On a pas le temps de s’ennuyer à Stars Hollow et on s’amuse des facéties des uns et des autres (Sookie et Michel, les collègues de Lorelai, Taylor, le tyrannique mais super motivé conseiller municipal, Miss Patty, la prof de danse un brin dragueuse, Babette, la voisine un peu commère, Gypsy la mécano, ou encore Kirk, l’inimitable Kirk qui a un métier différent à chaque épisode.

A travers Stars Hollow, ASP décrit une petite ville bien ancrée dans ses traditions américaines (qui rappellent un peu l’ambiance des films de Capra et de certaines comédies américaines des années 50) avec fantaisie et un humour fantasque savoureux.

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5) Luke

 

 

Luke, le propriétaire du diner où les filles Gilmore prennent leurs repas régulièrement est un pilier de Stars Hollow et de la série aussi. Luke ne quitte jamais ni sa casquette de base ball à l’envers ni sa chemise de bûcheron et encore moins son air bougon et son humour pince-sans-rire. Sous des dehors peu aimables, Luke cache un cœur d’or et une générosité indéfectible et touchante. Son duo avec Lorelai fait des étincelles et je ne parle même pas de sa relation conflictuelle mais néanmoins tendre avec Jess, son neveu (qui offre, à mon avis, certain des moments les plus hilarants et émouvants de la série)

 

6) Jess

Daniel Palladino, co-créateur de la série et mari d’Amy, s’est inspiré de sa jeunesse et de ses expériences pour créer le personnage de Jess.

Jess, c’est un peu le trouble fêtes, qui débarque dans la saison 2 pour bouleverser l’existence pépère de son oncle Luke et par la même occasion,  le décor idyllique de Stars Hollow, où il fera rapidement figure d’ennemi public n°1. Jess vient de New York, c’est un écorché vif, délaissé par sa mère, abandonné par son père, un jeune homme trop intelligent pour son propre bien et  incompris de la plupart des adultes (qu’il ne respecte pas tellement, il faut bien l’avouer). J’aime ce genre de personnages d’outsider cynique. Quand il apparaît, la série prend tout de suite une autre dimension.

Jess lit plus de livres que n’importe qui d’autre  dans la série (à part Rory et encore). Pour le jeune rebelle insolent et le sweet sad boy qu’il est, les livres représentent un refuge inestimable. J’aime le fait, encore une fois, qu’un personnage puisse se définir – au moins en partie -à travers son amour pour la littérature.

7 ) les livres

Gilmore Girls est la série la plus littéraire que je connaisse. Les livres, les mots, la langue, et la littérature en général y occupent une place extrêmement importante. La série est très écrite, elle joue beaucoup sur le langage. Chaque personnage a une manière bien particulière de s’exprimer et en même temps, on sent que la série a un ton général bien particulier et qui ne ressemble à aucun autre.

ASP a nommé sa société de production « Dorothy Parker drank here » et pour cause, elle semble, dans Gilmore Girls, user d’un humour et d’un esprit très similaires à cet auteur américain.Dorothy_Parker_Drank_Here_Productions

ASP et les filles Gilmore sont curieuses, s’intéressent à l’actualité et se nourrissent constamment de culture pop. La littérature, le cinéma, la télé et la musique ont une place primordiale dans leur univers. Rory est une très grande lectrice, à tel point que le « Rory’s book list« (qui compte pas moins de 339 titres) est devenu un challenge incontournable pour les fans de la série.  De nombreux auteurs – et pas des moindres – sont cités dans la série : Dorothy Parker bien sûr mais aussi Jane Austen, Leon Tolstoï, Virginia Woolf, Ernest Hemingway … Des grands classiques certes mais pas que : Rory lit aussi Expiation d’Ian McEwan le jour de son entrée à l’université, Jess dévore Tom Wolfe sur un banc de Washington Square, discute d’Ayn Rand avec Rory et de la Beat Generation et de Bukowski avec Paris …

Stars Hollow organise même un spectacle autour d’Edgar Allan Poe au cours de la 3ème saison ! Et Norman Mailer fait une apparition tout à fait amusante dans la 5ème !

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Les références n’apparaissent jamais comme des ajouts artificiels à la série, elles coulent de source parce que les héroïnes sont intelligentes et que les scénaristes n’ont pas envie de prendre leurs spectateurs pour des idiots. Certaines références sont évidentes, d’autres plus pointues, invitent forcément à la découverte (Rory conseille à sa mère la pièce de Lillian Hellman, The Children’s Hour, qui a inspiré le film La Rumeur, et j’ai tout de suite eu envie de la lire).

Bref, avec Gilmore Girls, on se divertit, on s’amuse, on s’émeut mais on apprend aussi énormément.

8) la musique

Entre le générique de Carol King, la bande sonore de Sam Phillips, les reprises du troubadour de Stars Hollow, les morceaux du groupe de rock de Lane, la série nous gâte aussi en matière de musique. Et ce n’est pas tout puisque les épisodes sont souvent ponctués de titres savamment choisis par les producteurs et scénaristes de la série :

Voici une petite sélection de mes préférés :

 

 

Je reviendrai plus tard avec la 2nde partie de mon billet, où je parlerai des grands-parents Gilmore, de Paris, d’amooour (parce que dans cette série, on ne peut pas s’empêcher d’être un peu « shipper »), de féminisme et de l’humour si particulier de la série :

 

He Knew he was right BBC 2004

He Knew he was right BBC 2004

L’œuvre  d’Anthony Trollope a très peu été adaptée à la télévision. Cette mini-série de 3 épisodes diffusée sur la BBC en 2004 a été, si je me souviens bien, ma première incursion dans l’univers de l’auteur.

Adaptée du roman du même nom (et qui compte pas moins de 900 pages) par le décidément très prolifique Andrew Davies, cette mini-série réunit Oliver Dimsdale (excellent mais trop peu présent sur les écrans à mon goût), Stephen Campbell Moore (un de mes acteurs british chouchous ), Laura Fraser, Christina Cole, Bill Nighy, Matthew Goode ou encore David Tennant. Et oui, rien que ça !

Moins célèbre que d’autres adaptations diffusées sur la chaîne, elle n’en est pas moins une très belle réussite.  Je la classe sans le moindre doute parmi mes period dramas favoris. J’y ai absolument tout aimé : de la mise en scène aux décors, en passant par la photo, la musique, les personnages ou encore le casting, les dialogues et le scénario. Après l’avoir visionnée, Anthony Trollope nous apparaît définitivement comme l’un des meilleurs peintres de la société victorienne.
He Knew He was right est un récit formidablement construit, où on suit les destinées (plutôt sentimentales) de plusieurs personnages. Au premier plan, il y a le jeune et séduisant Louis Trevelyan et son épouse, Emily. Il l’a rencontré lors d’un voyage et est rapidement tombé amoureux de cette jolie jeune femme, sprituelle et intelligente. Il a demandé sa main à son père, alors ambassadeur de Grande-Bretagne, le couple s’est ensuite installé à Londres. Le début nous montre un couple très heureux et amoureux. Mais bien sûr, comme on peut s’y attendre, le tableau de cette petite famille idyllique tend peu à peu à se fissurer. Les visites du Colonel Osborne, le parrain d’Emily et vieil ami de son père (incarné par un formidable Bill Nighy) se font de plus en plus fréquentes et insupportent Louis qui voit d’un très mauvais oeil que ce séducteur notoire s’approche aussi insidieusement de son épouse … Louis est quelqu’un de terriblement passionné et la jalousie le consumme inexorablement … Oliver Dimsdale est absolument remarquable dans le rôle de ce mari torturé. Il m’a beaucoup émue. Sa progression dans la folie est sidérante. On croit à ses tourments et même si on comprend peu à peu qu’il est paranoïaque et qu’on aimerait qu’il arrête de s’entêter de la sorte, on ne peut qu’être touché par son désarroi… Afficher l'image d'origine
Laura Fraser, qui joue son épouse, a été pour moi une révélation également. Son jeu, tout en nuances, est poignant. On ne peut que trembler à ses côtés et souhaiter qu’elle ait assez de force pour résister à l’adversité. Comme souvent chez Trollope, les personnages féminins sont très forts. Emily est une jeune femme entière, passionnée, qui ne peut en aucune façon accepter de compromis. C’est une épouse et une mère qui se voit accuser des pires tords mais qui garde néanmoins la tête haute. Il fallait une actrice talentueuse pour incarner une telle femme et Laura Fraser, en plus d’être magnifique, y parvient parfaitement ! Emily a une soeur cadette qui lui est dévouée, Nora (Christina Cole) et à son image, comme elle nous le prouve par la suite. Fille d’un ambassadeur, elle ne peut qu’épouser un beau parti. Mais elle est amoureuse de Hugh Stanbury (Stephen Campbell Moore), l’un des meilleurs amis de Mr Trevelyan, son beau-frère.
Hugh est un journaliste. Il vit de manière précaire, surtout après avoir appris que, du fait de sa position et de ses convictions sociales et politiques, il n’héritera rien de sa tante, l’acariâtre Jemima Stanbury (Anna Massey, excellente encore une fois). Mrs Stanburry est une riche veuve, capricieuse et caractérielle mais qui s’avèrera beaucoup plus déconcertante et imprévisible (dans le bon sens du terme) qu’on ne l’aurait pensé. Encore une corde à l’arc de Trollope : sa faculté à créer des personnages ambivalents et finalement très attachants. Mrs Stanburry est un personnage franchement inoubliable. Une lady prisonnière d’un carcan victorien mais tout de même capable de douceur et d’empathie.
Et puis, il y a aussi les soeurs de Hugh, les non moins attachantes Priscilla (impressionnante de cynisme) et Dorothy, qui ira vivre auprès de sa tante, Mrs Stanbury, et dont elle gagnera très vite l’affection. Nous faisons aussi la connaissance du révérend Gibson (David Tennant), ridicule s’il en est dans son rôle de briseur de cœurs. Afficher l'image d'origine

He Knew He was right mérite nettement plus d’échos qu’il n’en a reçus. Ses qualités réside dans toute une quantité d’aspects. Un grand soin est apporté à chaque détail. Les images sont lumineuses, la lumière impeccable, les décors savamment choisis (comme celui de la cathédrale du Somerset), les costumes exquis (tout particulièrement les robes d’Emily et de Nora qui sont du plus bel effet )… La mise en scène est tellement réussie que lorsque les personnages s’adressent au spectateur pour leur livrer quelques bribes de leurs pensées, il n’en est pas surpris. Tout se fait naturellement.

Décidément, les adaptations BBC n’ont pas fini de m’enthousiasmer ! He Knew he was right est une pépite qui a sa place dans toutes dvdthèques de period dramas qui se respectent.

Ma note  : luke5