Les soeurs Brontë à 20 ans de Stéphane Labbe

Les soeurs Brontë à 20 ans de Stéphane Labbe

Les soeurs Brontë à 20 ansEn lisant – ou plutôt devrais-je dire en dévorant – cette biographie d’un peu plus de 160 pages, je me suis rendue compte que je connaissais la famille Brontë de manière superficielle. J’ai lu les trois romans majeurs (à savoir Jane Eyre, Wuthering Heights et The Tenant of Wildfell Hall), le formidable Taste of Sorrow de Jude Morgan, des bribes d’essais et vu les adaptations les plus populaires, mais il me restait à me documenter davantage sur la vie de cette famille hors du commun.

L’ouvrage se lit comme un récit d’initiation. L’auteur retrace par petites touches, et à travers des chapitres relativement courts, la jeunesse des sœurs Brontë. Le 1er chapitre, sobrement intitulé Départ, s’ouvre sur le moment où Charlotte s’apprête à prendre son indépendance (indépendance toute relative car elle reste une jeune femme de l’Angleterre victorienne), en quittant le presbytère familiale pour l’école pour jeunes filles dans laquelle elle va enseigner. A partir de cet évènement, premier vrai point de rupture du récit, l’auteur tisse une histoire intime de la famille Brontë et porte un regard pénétrant sur leur environnement, leurs sources d’inspiration et leur fort désir d’écrire, pourtant frustré par leur statut et leur place dans la société.

L’ouvrage revient sur leurs premiers écrits, inspirés des étranges univers qu’ils ont imaginés (Angria pour Charlotte et Branwell et Gondal pour Emily et Anne), leurs relations familiales, leurs désirs les plus intimes, qui souvent se contredisent.  Alors que Charlotte cherche à trouver une profession et à quitter le presbytère, Emily, elle, n’est satisfaite que lorsqu’elle peut rester sur ses terres, et parcourir la lande. L’auteur évoque bien sûr les principaux évènements qui ont jalonné la vie de la famille : le séjour à Bruxelles, l’amour contrarié que Charlotte a voué à son professeur, les aléas de la vie de gouvernante d’Anne, le scandale lié à la liaison adultère de Branwell et bien sûr, l’histoire de la publication des romans.

Dans l’épilogue, l’auteur s’interroge sur la postérité de l’œuvre des sœurs. Ce qu’il dit de l’œuvre d’Anne est touchant. Il évoque sa dualité, elle est à son image : toute en retenue et en équilibre mais aussi forte et passionnée (ce qu’elle doit peut-être à Emily, la sœur dont elle était sans doute la plus proche). En témoigne le réalisme engagé dont elle fait preuve dans The Tenant of Wildfell Hall.

L’auteur note aussi évidemment la profonde singularité de l’œuvre d’Emily. « C’est une œuvre qui a la force des tragédies antiques et des grands mythes fondateurs »

L’auteur, en décrivant la tragédie de Wuthering Heights, écrit qu’il s’agit d »un condensé de « bruit et de fureur » que seuls la mort et le temps qui passe parviennent à endiguer ».

« Sur les landes de Haworth, Emily est partie à la conquête de son âme, indifférente à la gloire et au bourdonnement des critiques. Et c’est bien son âme qu’elle a placée dans ce roman étrange et dans ses poèmes.

L’auteur dresse des portraits de jeunes femmes  tour à tour déterminées, vulnérables, passionnées, brillantes. Sous la plume de Stéphane Labbe, Charlotte, Emily et Anne nous apparaissent très distinctement, même si leur génie garde une part de mystère (et c’est tant mieux). Au delà de son aspect purement documentaire, l’ouvrage se savoure comme un récit vibrant et palpitant, porté par un vrai sens de la mise en scène et de la construction et une très belle écriture. Les personnalités et le destin des trois sœurs s’y révèlent absolument captivants.

Cet ouvrage est le premier de la collection « A vingt ans » paru au Diable Vauvert que je découvre mais ce ne sera certainement pas le dernier. Celui sur George Sand, paru à la même date, me fait très envie aussi 🙂

Bug (avec James Norton & Kate Fleetwood), une pièce hors normes …

Bug (avec James Norton & Kate Fleetwood), une pièce hors normes …

J’ai eu la chance de voir la pièce Bug à Londres la semaine dernière et je l’ai trouvée exceptionnelle.
La pièce de l’américain de Tracy Letts est étrange. Si je devais la décrire, je dirais qu’il s’agit d’un conte très noir et d’un thriller plein de suspens sur la passion et la paranoïa. Le théâtre est le Found 111, qui se trouve au 111, Charing Cross Road, un endroit pour le moins étrange, presque lugubre. On passe à côté sans le remarquer et pourtant, je pense qu’il est en passe de devenir the place to be pour tous les acteurs et metteurs en scène audacieux.
Le bar du théâtre a une atmosphère très particulière, très intime, presque hors du temps. Il faut monter plusieurs volées de marches avant d’atteindre la salle. On a réussi à avoir des places au premier rang. Les acteurs étaient donc à quelques centimètres de nous et c’était une expérience pour le moins inoubliable !
Pendant près de 2h, nous sommes au plus près de l’action, dans une chambre d’hôtel miteuse, dans l’Oklahoma, et plongés dans une atmosphère à la fois claustrophobique et électrique.
Kate Fleetwood est Agnes, une serveuse solitaire et James Norton, Peter, un jeune homme étrange et mystérieux, presque toujours sur ses gardes. Peter est présenté à Agnes par son ami lesbienne RC (Daisy Lewis, vue dans Downton Abbey). Le petit groupe se met à boire et très vite, une connivence très intime s’installe entre Agnes et Peter. En peu de temps, ils deviennent très proches. Ils souffrent tous les deux de solitude. Agnes a perdu son petit garçon il y a des années et vit dans la peur du retour de son ex-mari violent et Peter se montre très vite attachant, par sa vulnérabilité, son étrangeté et sa douceur. Ces deux âmes en perdition semblent s’être trouvées.
Agnes est bouleversée par la présence de Peter, elle est touchée par ce jeune homme tourmenté et perdu, qui a plus que tout besoin d’être protégé et apaisé.
Mais à mesure que leur relation prend forme, un certain sentiment d’effroi, qui semble imprégner chaque coin de la chambre s’intensifie.
Peter, un vétéran de la guerre du Golfe traumatisé, voit des petites bêtes partout. Il se met tout d’abord à retourner toute la literie car il croit que ce sont des punaises de lit.  Mais très bientôt, il voit ces bestioles ramper partout sur lui et est persuadé qu’elles s’infiltrent sous sa peau, dans ses dents … Pour lui, ce ne sont pas des insectes ordinaires mais bien les instruments d’une terrible expérience gouvernementale chargée de l’espionner et de l’analyser. Agnes est désemparée de voir l’homme dont elle est tombée amoureuse souffrir ainsi. Elle l’aide du mieux qu’elle peut mais les théories de Peter s’emparent de son esprit, et les insectes l’attaquent aussi ….
Bug prend tout d’abord la forme d’un drame sur la perte d’un enfant, et le chagrin qui s’ensuit, mais aussi sur la maltraitance et la violence. Malgré sa noirceur, la pièce est teintée d’un humour féroce, qui s’apparente à la comédie noire. On rit de l’absurde de la situation mais aussi de la fragilité et de la terrible humanité des personnages. L’interprétation des acteurs est absolument remarquable. Ils sont tous d’une énergie incroyable, à la fois fébrile et intense. Ils se livrent corps et âme. On est face à de véritables performers (Peter, désespéré, s’agite de tous côtés, est secoué de spasmes jusqu’à l’épuisement, se met à s’arracher une dent avec une pince pendant ce qui semble être plusieurs longues minutes … ) mais en plus d’être très physiques les prestations des acteurs sont extrêmement nuancées. La pièce est d’une grande richesse narrative et il en est de même de la variété des sentiments et émotions qui s’emparent des deux héros pendant ce récit en huit clos.
En prenant la forme du thriller psychologique et d’une histoire d’amour passionnée et étrange, Bug offre aussi une réflexion tout à fait intéressante sur le traumatisme, l’invasion de la sphère privée, la surveillance à outrance, l’impact de la technologique sur notre part d’humanité etc. On sourit, on rit, on s’émeut, on crie et on sort un peu sonné de la représentation, impressionné par la qualité de l’écriture et de la mise en scène mais aussi par la prestation d’acteurs si brillants.
A tous points de vue, la pièce joue sur un équilibre précaire mais à aucun moment, elle ne faiblit. J’ai pris une claque, presque littéralement.
On a eu la chance de rencontrer James Norton à la fin de la représentation, et on a échangé un peu avec lui. Il n’aurait pas pu être plus souriant et chaleureux !
L’Extraordinaire voyage de Sabrina (I go by sea, I go by land) de PL Travers

L’Extraordinaire voyage de Sabrina (I go by sea, I go by land) de PL Travers

Tiré d’une histoire vraie, publié pour la première fois en 1941, ce classique de la littérature jeunesse, va entraîner les lecteurs dans une grande aventure…
Voici l’histoire de Sabrina Lind, 11 ans. Lorsque la Seconde Guerre mondiale atteint son petit village paisible du Sussex, Sabrina et son jeune frère sont envoyés par leurs parents chez une tante en Amérique. Débute alors pour eux un long voyage, pendant lequel Sabrina tiendra un journal.
« Maintenant je vais me mettre à écrire mon journal, car nous partons en Amérique à cause de la guerre. Ça vient juste d’être décidé. J’écrirai tout ce que je peux, parce que je sais que comme je serai bien plus grande lorsque je rentrerai à la maison, j’ai peur de ne pas me souvenir de tout. Donc voilà, je commence. Par pitié, faites que nous puissions rentrer à la maison très vite. »
Avec des illustrations au trait de Gertrude Hermes, ce roman traite du sujet difficile de l’enfance en temps de guerre.

C’est le 3ème texte de PL Travers que je découvre (après Mary Poppins et ses Christmas Stories) et je crois que cet auteur est en passe de devenir l’un de mes préférés.

Lorsque les bombes allemandes commencent à tomber sur l’Angleterre, en 1940, Sabrina Lind, et son petit frère James, doivent quitter leur maison (un beau domaine du nom de Thornfield, niché dans la campagne) et leurs parents pour s’installer, tant que la guerre durera, chez des proches amis de la famille, aux Etats-Unis. Sabrina tient un journal intime dans lequel elle consigne ce qu’elle ressent et ce qu’elle vit, la traversée de l’Atlantique, le douloureux sentiment de l’exil et de la séparation, et bien sûr sa nouvelle existence en Amérique. Notre héroïne y sera chaleureusement accueillie et vivra des expériences excitantes (son premier Coca-Cola, sa visite de l’Exposition Universelle et bien d’autres choses encore), qui l’aideront à lutter contre le mal du pays et sa peur constante de perdre ses proches.

En écrivant ce récit, PL Travers ne semble pas avoir privilégié l’efficacité ou le romanesque. Cette histoire repose davantage sur des portraits, des descriptions, des émotions et sentiments toujours évoqués avec une belle authenticité.
Tout sonne juste car l’auteur est passée par là, elle aussi, en 1940, lorsqu’elle a embarqué pour New York avec son petit garçon, Camillus.

Même si ce texte fait figure d’œuvre mineure, surtout face à la célèbre Mary Poppins, je lui ai trouvé beaucoup de charme. L’écriture de PL Travers me plaît décidément beaucoup, l’auteur parvient avec un vrai talent à restituer les émotions et la naïveté de l’enfance en y apportant une bonne dose d’humour et une jolie forme d’irrévérence.

Cette édition contient les illustrations d’origine, celles de Gertrude Hermes, une artiste avec qui PL Travers a sympathisé lors de sa traversée en bateau.

Merci aux éditions Zéthel pour la découverte !

Finding Audrey de Sophie Kinsella

Finding Audrey de Sophie Kinsella

J’ai dévoré ce roman il y a quelques mois et je l’ai trouvé à l’image exacte de sa petite héroïne : sensible et attachant.
Sophie Kinsella délaisse pour un temps la superficialité et la drôlerie (certains diront le ridicule) de sa célèbre série L’accro du shopping pour donner vie à une ado située aux antipodes de la flamboyante Becky Bloomwood et de ses autres héroïnes. Audrey est une jeune fille qui souffre de troubles anxieux depuis plusieurs mois. Elle reste assez discrète sur les raisons de son mal-être. On comprend toutefois rapidement qu’elle a souffert de harcèlement scolaire. Les choses ont du aller loin car les trois jeunes filles responsables ont été renvoyées de leur établissement. Depuis les terribles évènements, Audrey vit recluse et ne quitte jamais sa paire de lunettes noires. Elle ne supporte pas le contact avec les autres, en particulier le contact visuel qu’elle trouve particulièrement oppressant. Elle vit en compagnie de sa mère (poule) et de son père (qui cultive une flegme et une force tranquille qui n’auraient, à mon avis, rien à envier à celles de Mr Bennet), de son frère aîné Frank, accro au jeux vidéos en ligne mais qui est aussi un garçon drôle et intelligent, et de son petit frère de 4 ans, Felix, une petite boule de nerfs rigolote, qui est le seul avec qui Audrey communique avec une parfaite aisance.
Audrey interagit comme elle peut avec les membres de sa famille mais peine à vivre normalement avec son manque de confiance en elle et un sentiment ce culpabilité qui ne la quitte jamais (sa mère a arrêté de travailler pour rester avec elle). La personnalité généreuse, passionnée et un peu angoissée de celle-ci fait parfois des étincelles, surtout lorsqu’elle décide d’interdire à son fils Frank l’accès à son ordinateur. Frank n’a de cesse d’user de toutes sortes de stratagèmes pour tromper son petit monde, au grand désarroi de sa mère mais pour le plus grand plaisir du lecteur qui rit de ses facéties. On s’amuse des petites frasques de cette famille haute en couleurs, qui fait preuve parfois de maladresse mais aussi de beaucoup de tendresse pour venir en aide à Audrey.
Et il y aussi Linus, « le copain de jeux videos » de Frank, un drôle de garçon qui s’intéressera à Audrey et l’aidera peu à peu à sortir de sa coquille, en lui proposant un nouveau moyen de communication. Linus a interprété Atticus Finch, le héros de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, dans une pièce de théâtre à l’école, et depuis, il a une sorte d’aura qui ne laisse pas Audrey insensible. Leur relation est très joliment décrite, car elle est avant tout faite d’échanges.
Sophie Kinsella livre un récit rythmé, inspiré, et très drôle. Il est empreint d’une certaine gravité bien sûr, mais toujours adoucie ou désamorcée par son style alerte, et la sensibilité et la fantaisie de ses héros. C’est vraiment une jolie réussite
Je rêve d’en voir une adaptation maintenant !

A noter que l’édition anglaise comprend 2 marque-pages : 1 à garder et 1 à partager. Je trouve l’idée plutôt sympa.

Doctor Thorne ITV 2016

Doctor Thorne ITV 2016

Etrangement, même si Anthony Trollope a été un auteur très prolifique et populaire, ses romans ont été assez peu adaptés à l’écran. Quelques productions sont toutefois à retenir : The Bachester Chronicles avec Alan Rickman, The Way we live now et He knew he was right (dont j’ai déjà parlé sur ce blog).

Lorsque j’ai entendu qu’un nouveau projet d’adaptation allait voir le jour, j’étais plus qu’enthousiaste. Et mon enthousiasme n’a fait que grandir après la lecture du roman qui m’a complètement séduite. J’attendais donc avec impatience cette mini-série de 3 épisodes qui sur le papier en tous cas, avait presque tout pour me plaire. Sans compter que les derniers period dramas diffusés à la télé anglaise m’ont, dans la grande majorité, ravie. Au final, ma déception a été cuisante…

La mini-série est assez plaisante à regarder mais elle ne restera pas dans les annales de la télévision. Le couple principal est mignon et l’ensemble des acteurs très bon (en particulier Tom Hollander qui me convainc complètement dans le rôle du Docteur Thorne) mais je crois malheureusement que ça s’arrête là.

Mises à part quelques scènes par ci par là, le scénario de Julian Fellowes a  selon moi travesti le roman et surtout lui a enlevé une bonne partie de ce qui faisait son charme : sa modernité et ses nuances. L’humour est parfois un peu forcé et le script joue trop la carte de la surenchère.
Quelle idée par exemple de mettre en scène l’arrivée d’un personnage gros (Mr Moffat en l’occurrence) au son du basson ? Je ne pensais pas qu’on verrai encore ce genre de choses en 2016 …  Même s’il n’est pas dénué de ridicule, Moffat n’est pas décrit de manière aussi grotesque dans le roman. Trollope nuance les portraits de ses personnages, je ne comprends pas ce qui a pris à Julian Fellowes de le réinventer de cette façon.
La musique m’a semblée aussi un peu trop appuyée par moments, voire envahissante. Je suppose que c’est pour mettre l’emphase sur le ridicule de certains personnages et situations mais je ne trouve pas que ça fonctionne très bien.

L’ensemble manque vraiment de subtilité et de modernité. Même si sans surprise, la série est formidablement  interprétée,  Tom Hollander et les 2 jeunes héros ne sont pas aussi bien mis en valeur qu’ils le devraient.

Je n’ai pas été déçue par les rôles secondaires. J’ai beaucoup apprécié la Miss Dunstable (incarnée par la charmante Alison Brie, une actrice américaine qu’on a pu voir dans Community), qui a autant d’esprit que l’héroïne décrite par Trollope. Ian McShane est parfait dans le rôle de Scatcherd et Lady Scatcherd (formidable Janine Duvitski) me plaît autant que dans le roman.

Le problème ne vient donc pas des interprètes mais principalement de sa mise en scène, qui est en fait digne des séries BBC d’il y a 20 ans. Si l’adaptation avait été diffusée dans les années 90, le résultat aurait été acceptable mais là, le résultat se révèle vieillot et un peu ringard aussi, je dois bien l’admettre. Certains effets de mise en scène sont éculés au possible (je ne savais pas qu’on pouvait encore filmer les scènes de baiser de cette façon) et l’image pas très belle non plus (le jaune de la police de caractères est ignoble).

La réalisation fait très datée. On est très très loin de Life in Squares ou de War & Peace au niveau de la modernité. Il n’y a aucune proposition de mise en scène et le tout est filmé sans relief et sans recherche.
J’espère que Julian Fellowes se tiendra, à l’avenir, bien loin de mes classiques anglais préférés. Je ne suis décidément pas très fan de son travail, c’était déjà le cas avec Downton Abbey et ça se confirme encore une fois ici.

 

 

Une Epoque exquise de Dawn Powell

Une Epoque exquise de Dawn Powell

Sous le coup d’un double échec sentimental et professionnel, une jeune femme de l’Ohio, Vicky, part tenter sa chance à New York. Là, elle retrouve une ancienne camarade de classe, Amanda, devenue une figure new-yorkaise grâce à son mariage avec un magnat de la presse, Julian Evans. Amanda offre son aide à Vicky mais en fait se sert d’elle pour cacher sa double vie à son mari.

 J’ai lu Une Epoque exquise avec beaucoup de plaisir. Ce roman fait partie du cycle romanesque new yorkais que l’auteur avait initié avec Tourne, roue magique en 1936.
Paru en 1942, A Time to Be Born est une œuvre qu’on pourrait qualifier de moderniste, dans laquelle Dawn Powell dissèque et brocarde les milieux privilégiés new yorkais. Etourdissante de vivacité, elle livre ici un roman d’un équilibre parfait entre réalisme doux amer et satire joyeuse et cruelle.
Alors que l’Amérique s’apprête à entrer en guerre, certains spécimen particulièrement cyniques de l’intelligentsia new yorkaise ne pensent qu’à parvenir à leurs fins et assouvir leurs désirs et ambitions. Au centre du récit et au nœud de l’intrigue, se trouvent un riche et égocentrique magnat de la presse et sa séduisante épouse, l’écrivain Amanda Peeler, une femme aussi séduisante que manipulatrice. Et il y a aussi Vicky, une jeune femme de l’Ohio et ancienne camarade de classe d’Amanda, venue à New York pour tenter sa chance et se remettre d’une rupture difficile.
Amanda est aussi glamour et sournoise que Vicky est discrète et naïve. A sa grande surprise, Amanda offre son aide et un appartement à Vicky mais ce qui paraît être un geste désintéressé s’avère finalement une terrible tromperie. Elle se servira de son amie pour cacher son amant à son mari. A mesure que le récit avance et que le nœud se resserre, on se demande si Vicky, qui semble tout avoir de la jeune provinciale candide, parviendra à dénoncer les faux semblants et ainsi s’affranchir de la terrible influence d’Amanda.
Le portrait saisissant de cette femme vénéneuse est au cœur du récit, et avec lui, une peinture précise et pleine d’ironie d’un milieu que l’auteur scrute les yeux grands ouverts et observe avec une perspicacité qui ne lui fait jamais défaut.
En la lisant, j’ai pensé un peu à Dorothy Parker pour l’humour et la férocité et à Edith Wharton pour le décor new yorkais désabusé et la valse des illusions et du désenchantement.
J’ai lu quelque part que Dawn Powell était considéré comme one of the best authors you have never read. Maintenant que je l’ai découverte, je ne compte pas m’arrêter en aussi bon chemin !