Love & Friendship, le livre de Whit Stillman

Love & Friendship, le livre de Whit Stillman

With a pitch-perfect Austenian sensibility and wry social commentary, filmmaker and writer Whit Stillman cleverly re-imagines and completes one of our greatest writers’ unfinished works. Love & Friendship is a sharp comedy of manners, and a fiendishly funny treat for Austen and Stillman fans alike.

Whit Stillman ne propose donc pas ici le scénario du film à proprement parler mais une œuvre dérivée de Lady Susan, et donc une « austenerie », et à vrai dire d’une des meilleures et plus intéressantes que j’ai lues jusqu’ici (et j’en ai lues un certain nombre).

L’auteur (fictif) de ce texte est un certain Rufus Martin-Colonna de Cesari-Rocca, neveu de Lady Susan herself et dont la flagornerie et la bêtise pourraient rivaliser sans mal avec celles d’un certain Mr Collins. Dans ce récit écrit à la première personne, le gentleman s’évertue, avec une assurance qui forcerait l’admiration si elle n’était pas aussi ridicule, à réhabiliter la réputation de sa tante. Réputation qui, selon ses dires, aurait été injustement et bien malicieusement souillée par les écrits d’une jeune auteur médiocre et vieille fille (selon ses propres dires), Miss Jane Austen.
Rufus a décidé de dédier son ouvrage au Prince Régent lui-même, copiant ainsi outrageusement Jane Austen, mais dans un style pompeux bien différent de celle de notre romancière émérite.
Le parti pris de Whit Stillman est on ne peut plus insolite. Il a décidé par le biais de ce récit évidemment trompeur d’inverser le Bien et le Mal et de faire de Lady Susan une personne de bien et digne de confiance, et non pas la femme vile et manipulatrice que nous connaissons. Tout est ironie de la première à la dernière ligne, l’œuvre fait figure de pendant au film bien sûr mais aussi à l’œuvre de Jane Austen à laquelle l’auteur (le vrai, cette fois) rend hommage avec beaucoup d’esprit et un humour tongue in cheek absolument réjouissant.

L’ajout de Lady Susan, le texte original, en appendice est une excellente idée. On peut ainsi comparer les scènes des deux versions et s’amuser de la faiblesse des arguments de Rufus et de son manque de crédibilité.

J’ai beaucoup ri en lisant cet ouvrage. Whit Stilman sait ce qu’ironie veut dire et en use avec beaucoup de talent et d’inventivité. J’aime à penser que Jane Austen aurait apprécié son impertinence et son irrévérence car il s’en sert pour exprimer toute l’admiration qu’il ressent pour elle.