Take Courage – Anne Brontë and the Art of life de Samantha Ellis

Take Courage – Anne Brontë and the Art of life de Samantha Ellis

Anne Brontë is the forgotten Brontë sister, overshadowed by her older siblings — virtuous, successful Charlotte, free-spirited Emily and dissolute Branwell. Tragic, virginal, sweet, stoic, selfless, Anne. The less talented Bronte, the other Brontë.
Or that’s what Samantha Ellis, a life-long Emily and Wuthering Heights devotee, had always thought. Until, that is, she started questioning that devotion and, in looking more closely at Emily and Charlotte, found herself confronted by Anne instead.

J’aurais pu remplir un carnet entier de citations extraites de Take Courage. Cet ouvrage m’a passionnée. Dès que je l’ai reçu, je me suis jetée dessus et il m’a accompagnée pendant trois jours d’intense lecture. Comme je l’imaginais, cet ouvrage se présente davantage comme un essai et une réflexion personnelle sur l’œuvre et la personnalité de la plus jeune sœur Brontë que comme une  biographie en tant que telle. Et c’est tant mieux parce que le point de vue qu’adopte Samantha Ellis ici est inédit. Il est plein de compassion et d’admiration mais aussi de finesse. Take Courage est un hommage vibrant et émouvant à un auteur profondément sous estimé et engagé. Il offre un portrait intense, profond et nuancé d’une jeune femme attachante, au caractère affirmé, à l’intelligence aigüe et qui a su créer une œuvre riche, moderne, et surtout sans compromis car toute personnelle et bien différente de celle de ses aînées.

L’ouvrage est découpé en plusieurs chapitres qui portent le prénom de chacune des personnes qui ont marqué l’existence d’Anne (tous les membres de sa famille, son père, sa tante, ses sœurs, son frère et la précieuse Tabby) mais aussi ceux des deux singulières héroïnes qu’elle a créées, Agnes et Helen.

Take Courage est particulièrement documenté mais jamais ennuyeux car il est écrit avec générosité et beaucoup d’esprit. Il s’agit d’un essai fleuve dans lequel l’auteur balaie avec une quasi exhaustivité le contexte social, familial, professionnel et littéraire qui a constitué la vie d’Anne. Samantha Ellis évoque sa vie au presbytère, ses premiers écrits avec Emily, sa plongée dans l’imaginaire d’Angria dont elle s’est affranchie par la suite, sa relation compliquée avec Charlotte (le portrait que l’auteur dresse de l’aînée des sœurs est d’ailleurs sans concession – Charlotte ayant grandement contribué à minimiser l’impact et la force de l’œuvre de sa cadette en la dépeignant comme une pauvre petite chose), son désir de s’émanciper à travers son emploi de gouvernante, sa vision lucide du monde, son désir d’écrire et de s’engager par l’écriture. L’auteur évoque avec émotion la postérité d’Anne (Elizabeth Gaskell en prend plein son grade aussi) et démonte par la même occasion quelques préjugés bien ancrés dans les mentalités.

Une lecture enrichissante et poignante que j’ai bien eu de la peine à quitter. :heart2: :heart2: :heart2:

Je vous laisse avec cet extrait :

Because of Charlotte, Anne is seen as the third Beatle. Emily is the wayward genius Lennon, Charlotte is McCartney, talented but controlling, and everyone forgets George Harrison wrote « Here come the sun » …

 

A little love song de Michelle Magorian

A little love song de Michelle Magorian

A chaque fois que je lis un roman de Michelle Magorian, c’est un coup de cœur et c’est encore le cas ici. Il s’agit cette fois d’un roman Young Adult. Les deux héroïnes ne sont plus des enfants. Rose va sur ses 18 ans et Diana, sa sœur, a 21 ans.

Lorsque le roman s’ouvre, les deux soeurs ont quitté Londres pour s’installer dans un cottage à Salmouth, un petit village au bord de la mer (on dirait presque le début de Raison & Sentiments). C’est l’été 1943, la guerre fait rage, leur père est mort au combat il y a un an et leur mère, comédienne, est partie remonter le moral des troupes à l’étranger. Rose et Diana ont été confiées aux bons soins d’un chaperon qui leur a fait faux bond. L’aventureuse Rose parvient à convaincre sa sœur, plus sérieuse, de le cacher à leur mère. Pour Rose, elles sont tout à fait capables de s’occuper d’elles-mêmes !
Pour Rose et Diana, il est venu le temps de l’indépendance et de l’émancipation. Elles se rapprochent, s’affirment, gagnent en confiance, découvrent les joies de la domesticité (elles n’ont jamais cuisiné ni lavé leur linge), trouvent un emploi. Elles se font aussi des amies et tombent amoureuses.
En outre, la curieuse Rose découvre les écrits de « Mad Hilda », l’étrange et mystérieuse précédente occupante du cottage, et à travers eux, le destin tragique et poignant d’une femme en avance sur son temps.
Rose est une jeune fille romantique, intelligente, déterminée et attachante qui ambitionne de devenir écrivain. Mais elle s’interroge sur ses capacités car elle n’est pas sûre de sortir diplômée de son école d’élite … Heureusement, Alec, le jeune libraire du village, soldat démobilisé, lui apportera son aide et son amitié et deviendra son fournisseur officiel de livres. Cet été, elle lira grâce à lui Jane Eyre mais aussi la poésie sulfureuse de DH Lawrence.
Elle fera aussi la connaissance du cousin d’Alec, un jeune garçon entreprenant qui l’emmènera faire des tours en bateau.
La prose de Michele Magorian est très douce, sobre, mais révèle des trésors de sensibilité, d’humour et de mélancolie. Le récit, porté par une galerie de très beaux personnages, est mené avec beaucoup d’adresse. Il est très romanesque, mais dans le bon sens du terme. Il a aussi l’excellent mérite de traiter de thèmes très forts et ce, avec beaucoup de pudeur, tels que la sexualité, la dépression post traumatique et l’émancipation féminine hors mariage.
A Little love song se lit comme un récit d’apprentissage poignant, moderne et très féministe. Et pour ne rien gâcher, la romance est absolument savoureuse.

Le Fantôme et Mrs Muir de R.A. Dick

Le Fantôme et Mrs Muir de R.A. Dick

Le Fantôme et Mrs Muir - Au début des années 1900, en Angleterre, une jeune et belle veuve, Lucy Muir, décide de louer un cottage dans la station balnéaire de Whitecliff où elle s’installe avec fils, sa fille et sa fidèle servante, Martha, afin d’échapper à sa belle-famille.

Dès le premier soir, elle surprend l’apparition du fantôme de l’ancien propriétaire, un capitaine de marine du nom de Daniel Gregg. Se noue alors entre eux une relation d’abord amicale, à peine troublée par quelques bouderies…

Ce roman a un petit charme suranné mais est aussi étonnamment moderne. Mrs Muir voit sa vie, et celle de ses deux jeunes enfants, bouleversées à la suite du décès prématuré de son mari. Cette rupture dans son existence remet les pendules à l’heure pour elle. Notre héroïne compte devenir indépendante et s’affranchir de l’influence de sa belle famille et surtout de sa belle sœur qui a une fâcheuse tendance à la sous estimer et s’est toujours mêlée de sa vie. Elle décide de s’éloigner de Londres et de s’installer, à la surprise de tous, dans une villa au bord de la mer. S’ensuit une rencontre inattendue avec le fantôme de l’ancien propriétaire, un vieux briscard grognon et caractériel avec qui elle tissera, au fil des années, une très forte amitié et une entente formidable.
Il est étonnant qu’un roman publié en 1945 puisse mettre en scène une telle relation entre un homme et une femme. Ils sont sur un pied d’égalité. Mrs Muir ne se soumet jamais au désirs et caprices du capitaine, leur amitié et leur affection reposent sur des compromis mais aussi sur une précieuse empathie et un soutien indéfectible. Plus qu’un roman fantastique, Le Fantôme et Mrs Muir nous offre le portrait d’une femme courageuse et indépendante ainsi qu’un récit familial riche et nuancé.
Et pour ajouter à son charme, le roman, plein d’humour, porte un regard acéré et malicieux sur ses personnages.
Une lecture savoureuse qui m’a donnée très envie de me replonger dans le magnifique film de Mankiewicz.