La mort s’invite à Pemberley, l’adaptation BBC

La mort s’invite à Pemberley, l’adaptation BBC

Koba a eu la bonne idée d’éditer le dvd de la mini-série BBC adaptée du roman policier La mort s’inviPemberleyte à Pemberley. De quoi ravir les fans de Jane Austen parce qu’il s’agit d’une suite d’Orgueil et Préjugés mise en scène avec beaucoup de modernité et de panache par la BBC, qui nous propose (cela devient une habitude !) une production en costumes de qualité !
J’ai trouvé l’adaptation meilleure que le roman, les enjeux m’ont semblée mieux dessinés, les personnages mieux incarnés (le casting y est clairement pour quelque chose  ) et l’ensemble plus palpitant. La mise en scène est élégante et le suspens bien dosé (le format de 3 épisodes est idéal). Et j’ai trouvé les petites doses d’humour bienvenues. Quelle bonne idée d’avoir fait venir Mr et Mrs Bennet à Pemberley !
Comme j’ai pas mal de choses à dire au sujet de cette mini-série, je vais procéder par ordre et commencer par aborder les points négatifs (qui sont peu nombreux) :
– Je n’aime pas tellement ce qu’ils (les scénaristes, et PD James avant eux) ont fait du Colonel Fitzwilliam. Le personnage a été complètement dénaturé pour servir l’intrigue. Le personnage de Jane Austen est solaire, jovial, d’un bon tempérament et d’un abord facile. Ici, il est grave, sérieux, calculateur, secret et même un peu torturé. Je veux bien croire que tous les personnages -même les plus sympathiques – puissent avoir une part d’ombre mais là, je trouve que ça ne colle pas … L’acteur, Tom Ward, est très bon par contre.
– Je chipote peut-être mais Lizzy, ici, ne fait pas assez maîtresse de Pemberley pour moi. Je n’ai rien à redire au sujet de la prestation d’Anna Maxwell Martin, mais j’aurais aimé la voir un peu mieux habillée et coiffée. Les autres héroïnes (Georgiana et Lydia) sont très élégantes, je n’arrive pas à comprendre pourquoi Elizabeth arbore la même robe turquoise du début à la fin (ou presque, il me semble qu’elle change de tenue pour recevoir Lady
Catherine   ). Ce n’est qu’un détail physique mais je trouve ça assez impardonnable dans la mesure où le reste de la production (costumes, décors …) est extrêmement soigné.
– les flash backs : enfin, un seul m’a tout particulièrement dérangé. Je ne suis pas contre l’idée de voir Lizzy se rappeler la première demande en mariage de Darcy. C’est un moment clef de sa vie et au regard de ce qui se passe dans son mariage, il semble assez naturel qu’elle se replonge dans ce souvenir mais pourquoi l’avoir mis en scène de cette façon ? Il ne me semble pas qu’Elizabeth et Darcy se promenaient lorsque celui-ci a fait sa demande et pourquoi avoir écourté la scène de cette manière ?   C’est une scène qui est resté dans les esprits, pourquoi la dénaturer de cette façon ? Ca sonne tellement faux …
– une autre petite incohérence que j’aimerais souligner : la gouvernante Mrs Reynolds m’a semblée bien trop jeune. Il s’agit de la même qui a vu grandir Darcy ? J’ai un peu de mal à le croire …

Je vais maintenant passer aux aspects positifs. Comme vous pourrez le constater, un certain nombre de choses m’ont charmée dans cette production :

– le Darcy de Matthew Rhys : il y a encore quelques jours, je ne pensais pas écrire une chose pareille ! Je n’ai pas été au bout de mes surprises avec cette mini-série ! J’ai trouvé l’acteur excellent et plutôt charismatique. Pour moi, il a presque toutes les caractéristiques d’un Darcy. Il est fier et autoritaire (même s’il lui arrive de forcer un peu trop la voix, parfois   ), je l’ai trouvé très crédible en Maître de Pemberley. On sent qu’en tant que propriétaire de terres et d’un domaine, beaucoup de responsabilités reposent sur ses épaules. Lorsque des failles apparaissent dans sa relation avec Elizabeth, on retrouve le Darcy qui manque d’assurance et de confiance en lui et qui se referme dans sa coquille. Je trouve son comportement très crédible. L’acteur joue très bien le malaise qui s’est emparé de son personnage. Darcy a peur du scandale mais craint aussi de ne pas être à la hauteur. Revoir Wickham réapparaître dans sa vie le trouble et fait resurgir de vieilles rancoeurs …
Si j’ai beaucoup apprécié son Darcy dans cette adaptation, je n’irai pas forcément jusqu’à dire que j’aimerais le voir dans une vraie adaptation du roman de Jane Austen. Comme l’a dit Matthew Rhys dans une interview – de manière très honnête d’ailleurs, son Darcy n’est pas tout à fait le même que celui que nous connaissons.
En tous cas, j’aime beaucoup la voix et le sourire de l’acteur
– l’alchimie entre Darcy et Lizzy : l’un des aspects les plus réussis de cette mini-série pour moi. Le choix des acteurs ne plaira pas à tout le monde, c’est certain mais personnellement, j’ai trouvé leur couple crédible et touchant.

– Jenna Coleman en Lydia : irrésistible de drôlerie et de vanité. La scène où elle confie à Hardcastle que Denny était sans doute amoureux d’elle car il ne lui témoignait jamais d’affection déplacée était très drôle. Et Mrs Bennet qui en rajoute une couche … ces deux là sont vraiment incorrigibles    La scène où Elizabeth se sert d’elle pour faire partir Lady Catherine m’a fait sourire aussi. Et j’ai également beaucoup apprécié celle où Lydia confie à sa sœur qu’elle préfère apprendre que Wickham l’a trompée par les commérages : « No. I’d far rather hear it from the gossips. Then I can pack them away with the contempt they deserve« . Bien dit, Lydia !

– Matthew Goode ! Je crois pouvoir dire qu’il a incarné le Wickham le plus séduisant qu’il nous ait été donné de voir !   Ceci dit, même si j’ai trouvé sa prestation fort convaincante, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que c’était un peu du gâchis de voir ce superbe acteur jouer un type aussi minable. Ceci dit, il le fait très bien mais je ne boude pas mon plaisir !

– Mr Bennet ! Alors, là, je suis fan !   Mon petit cœur de Janeite jubilait à chacune de ses apparitions. La scène où il se réfugie dans la bibliothèque de Pemberley alors que sa femme le cherche désespérément est si proche que ce que Jane Austen aurait pu écrire (d’ailleurs, il me semble qu’elle a écrit quelque chose d’analogue dans l’épilogue de Pride & Prejudice, il faudrait que je vérifie …) !

James Fleet est génial. Même si son rôle est assez restreint dans cette adaptation, il incarne Mr Bennet d’une très belle façon. Ses instants de complicité avec Elizabeth font pour moi parti des plus beaux moments de la mini-série.
– Les acteurs secondaires : quelle belle brochette quand même ! Mentions spéciales à Henry Alveston (j’aime bien son personnage de jeune avocat idéaliste – on comprend aisément pourquoi Georgiana le préfère au Colonel   ) et à Hardcastle (cet homme a une poigne de fer !). L’actrice qui joue Lady Catherine est elle aussi tout à fait excellente.
– Les aspects sombres de l’intrigue m’ont semblée très bien traités : que ce soit la scène de la pendaison de l’enfant dans le premier épisode (qui fait terriblement froid dans le dos  ), que celle de la rencontre avec le pseudo-fantôme ou encore celle du procès de Wickham. L’atmosphère inquiétante est très bien rendue.

– l’ensemble de la production (costumes, décors, musique, photographie) : Chatworth / Pemberley est incroyablement bien mis en valeur et remarquablement filmé. Il en va de même pour les abords de la propriété …

Pour moi, cette adaptation est une production de qualité. Quelques petits détails m’ont dérangée mais ce n’est pas grand chose au regard de tout ce qui m’a séduit. Le mystère autour du crime du capitaine Denny et de la dame en violet était très bien orchestré mais le plaisir réside avant tout dans les retrouvailles avec des personnages et un univers qui me sont chers.

A noter également que certains jeunes acteurs très en vogue en ce moment apparaissent dans cette production : Jenna Coleman bien sûr (vue dans Doctor Who et plus récemment dans la série Victoria), Eleanor Tomlinson (qui a vu sa côte de popularité monter depuis le succès de Poldark) ou encore le toujours excellent James Norton (Grantchester, Happy Valley, War & Peace).

Le coffret DVD est sorti le 12 octobre, n’hésitez pas à vous l’offrir ou l’offrir aux janeites de votre entourage ! Il a tout à fait sa place dans une austenthèque qui se respecte !

Je vous laisse avec la bande-annonce de Koba :

Mes Souvenirs de Jane Austen de James Austen-Leigh

Mes Souvenirs de Jane Austen de James Austen-Leigh

Voici un recueil de souvenirs et de témoignages directs de James Edward Austen-Leigh (1798-1874) sur sa tante Jane Austen (1775-1817). On y découvre à l’œuvre la romancière dans son intimité. Observatrice hors-pair de la société anglaise de son temps, elle aurait pu être l’héroïne d’une de ses propres œuvres.

J’ai eu la chance de recevoir un exemplaire de cet ouvrage de la part des éditions Bartillat et je les en remercie.
Il s’agit ici de la première traduction de ce texte en France. Ces Souvenirs occupent une place importante dans le monde austenien. Lors de sa parution en 1869, il a permis un accroissement considérable de la notoriété et de la popularité de Jane Austen en Angleterre, ainsi que la réédition de ses romans.
Son auteur, James Edward Austen-Leigh, le neveu de la romancière (et fils de son frère aîné James) est encore considéré comme le premier biographe de Jane Austen, toutes proportions gardées évidemment.
Ce qui marque, et ce dès les premières pages, c’est le fait que cet homme – et cet ouvrage – restent très nettement des produits de leur temps. Il ne s’agit clairement pas d’une biographie factuelle et encore moins objective mais plutôt d’un hommage touchant mais un brin affecté d’un neveu à sa chère tante Jane. L’auteur y véhicule une image si ce n’est déformée du moins très limitée de la romancière, et surtout héritée de la figure traditionnelle de la femme dans la société victorienne. Jane Austen y est donc présentée comme une femme pieuse, une fille, une sœur et une tante affectionnées, une romancière travailleuse mais tranquille qui n’écrivait que quand son temps, occupé par ailleurs par les tâches ménagères, le lui permettait…
Austen-Leigh n’a de cesse de faire l’éloge de la gentillesse et de la modestie de sa tante, comme si ses précieuses qualités faisaient honneur à sa féminité. Il est difficile de lire cet ouvrage sans savoir envie de glousser ou de lever les yeux au ciel.
Sa teneur hagiographique toute victorienne ne permet bien sûr pas de révéler l’esprit ironique, sardonique, et passionné de Jane Austen. Austen-Leigh garde tout de fois un souvenir ému de l’humour et de la personnalité lumineuse de sa tante.
Les souvenirs en tant que tels sont très peu nombreux et substantiels et la narration se perd parfois dans des considérations historiques qui n’ont finalement que peu de rapports directs avec le sujet qui nous intéresse. Malgré tout, j’ai pris un certain plaisir à la lecture de ce texte. J’ai souri à de nombreuses reprises du style ampoulé et du ton snob et un peu affecté employé par l’auteur mais je me suis aussi régalée du témoignage personnel qu’il nous a livré. En lisant cet ouvrage, on a vraiment l’impression de baigner dans une autre époque, que ce soit à travers le style que le contenu. C’est intéressant d’avoir le point de vue d’un homme de l’Angleterre victorienne sur l’époque qui l’a précédée. Certains passages sont assez anecdotiques mais tout de même assez savoureux à lire et offrent une vision intéressante de la vie quotidienne de Jane Austen. De même, l’auteur aborde la postérité victorienne de sa tante et c’est amusant de noter à quel point de grands personnages de l’époque – dont certains sont des illustres inconnus pour nous aujourd’hui – ont pu s’exprimer sur l’œuvre de la romancière.
Le texte est aussi ponctué d’extraits de lettres de Jane Austen et surtout offre, en guise de bouquet final, le fameux chapitre inédit supprimé de Persuasion. On comprend pourquoi la romancière a souhaité le retravailler en y incluant la lettre du Capitaine Wentworth mais c’est tout de même un immense plaisir de découvrir cette scène « alternative » du roman, dans laquelle Anne et le Capitaine se retrouvent inopinément chez les Croft et ont une discussion.
Malgré ses limites et ses défauts évidents, je conseille cette lecture aux admirateurs de Jane Austen, pas en tant que biographie sérieuse mais plutôt comme un hommage et un témoignage subjectif.
Love & Friendship, le livre de Whit Stillman

Love & Friendship, le livre de Whit Stillman

With a pitch-perfect Austenian sensibility and wry social commentary, filmmaker and writer Whit Stillman cleverly re-imagines and completes one of our greatest writers’ unfinished works. Love & Friendship is a sharp comedy of manners, and a fiendishly funny treat for Austen and Stillman fans alike.

Whit Stillman ne propose donc pas ici le scénario du film à proprement parler mais une œuvre dérivée de Lady Susan, et donc une « austenerie », et à vrai dire d’une des meilleures et plus intéressantes que j’ai lues jusqu’ici (et j’en ai lues un certain nombre).

L’auteur (fictif) de ce texte est un certain Rufus Martin-Colonna de Cesari-Rocca, neveu de Lady Susan herself et dont la flagornerie et la bêtise pourraient rivaliser sans mal avec celles d’un certain Mr Collins. Dans ce récit écrit à la première personne, le gentleman s’évertue, avec une assurance qui forcerait l’admiration si elle n’était pas aussi ridicule, à réhabiliter la réputation de sa tante. Réputation qui, selon ses dires, aurait été injustement et bien malicieusement souillée par les écrits d’une jeune auteur médiocre et vieille fille (selon ses propres dires), Miss Jane Austen.
Rufus a décidé de dédier son ouvrage au Prince Régent lui-même, copiant ainsi outrageusement Jane Austen, mais dans un style pompeux bien différent de celle de notre romancière émérite.
Le parti pris de Whit Stillman est on ne peut plus insolite. Il a décidé par le biais de ce récit évidemment trompeur d’inverser le Bien et le Mal et de faire de Lady Susan une personne de bien et digne de confiance, et non pas la femme vile et manipulatrice que nous connaissons. Tout est ironie de la première à la dernière ligne, l’œuvre fait figure de pendant au film bien sûr mais aussi à l’œuvre de Jane Austen à laquelle l’auteur (le vrai, cette fois) rend hommage avec beaucoup d’esprit et un humour tongue in cheek absolument réjouissant.

L’ajout de Lady Susan, le texte original, en appendice est une excellente idée. On peut ainsi comparer les scènes des deux versions et s’amuser de la faiblesse des arguments de Rufus et de son manque de crédibilité.

J’ai beaucoup ri en lisant cet ouvrage. Whit Stilman sait ce qu’ironie veut dire et en use avec beaucoup de talent et d’inventivité. J’aime à penser que Jane Austen aurait apprécié son impertinence et son irrévérence car il s’en sert pour exprimer toute l’admiration qu’il ressent pour elle.