Les Règles d’usage de Joyce Maynard

Les Règles d’usage de Joyce Maynard

Gros coup de coeur pour ce roman de Joyce Maynard qui vient d’être publié chez Philippe Rey.

Le sujet du récit est douloureux. Son héroïne est Wendy, petite adolescente américaine de 13 ans environ. Elle vit à Brooklyn dans une famille aimante et recomposée, auprès de sa mère, de son beau-père et de son demi-frère âgé de 4 ans. Le 11 septembre 2011 bouleversera à jamais sa vie. Sa mère, partie travailler, ne revient pas. Au fur et à mesure que le temps passe, l’espoir s’amenuise. Les avis de recherche placardés partout à New York n’obtiennent pas de réponse et le chagrin prend de plus en plus de place dans le coeur de Wendy et des siens. Le désespoir et la sidération l’envahissent, et avec eux, la lente prise de conscience que sa mère ne reviendra jamais. Comment réapprendre à vivre sans la personne qui comptait le plus au monde pour elle ? Et comment oublier les derniers mots plein de colère qu’elle lui a adressés, des mots d’une adolescente en crise souffrant de l’absence de son père ? Le chemin de la jeune fille la mène bientôt en Californie, au près d’un père qu’elle n’a jamais vraiment connu mais auprès de qui elle essaiera à réapprendre à vivre. Tiraillée entre ses deux foyers et assaillie par ses souvenirs, la jeune fille devra composer avec des sentiments contradictoires et une tendresse toujours très vifs pour son beau-père et son petit frère qui l’ont laissée partir le coeur lourd.
En Californie, Wendy fait l’école buissonnière, part à l’aventure et fait de bien drôles de rencontres, à commencer par un libraire solitaire qui lui fera découvrir les bienfaits de la lecture.
Sur cette terre inconnue, Wendy apprend à connaître son père, se lie d’amitié avec la compagne de celle-ci, une sensible éleveuse de cactus, et tente, sans trop y croire ni y faire trop attention, de survivre. Mais cette vie en Californie, qu’elle a appris à idéaliser toutes ces années, lui apportera-t-elle tout ce dont elle a besoin pour se reconstruire et préparer une nouvelle étape de son existence ? Retournera-t-elle à Brooklyn auprès de Josh et du petit Louie ?

J’ai eu l’occasion de rencontrer Joyce Maynard il y a quelques jours et j’ai l’impression, après avoir lu Les Règles d’usage, qu’il est la quintessence même de ce qu’elle est. Voilà un roman mélancolique et poignant mais aussi désarmant d’optimisme et pétri d’humanisme.
Dans son récit, Joyce Maynard réussit l’équilibre parfait entre drame familial intense et profond et roman d’apprentissage lumineux. Elle traite de la période délicate de l’adolescence avec une dextérité rare, une finesse dans le détail et une sensibilité qui ne tombe jamais dans l’affectation. Le roman est empreint d’émotions et de tendresse. Toutes les scènes avec Louie sont absolument irrésistibles, je n’ai jamais vu un auteur donner vie à un petit garçon de 4 ans avec autant de talent. On dirait qu’il sort littéralement des pages pour vivre auprès de nous le temps de notre lecture.
Les Règles d’usage est aussi un roman foisonnant, plein de péripéties, d’humour et d’émotions, incroyablement généreux d’un point de vue romanesque. Il m’est vraiment allée droit au coeur, je ne peux donc que vous le conseiller chaudement !

Après avoir beaucoup aimé Mary Reilly, j’ai lu avec plaisir le dernier roman en date de Valerie Martin, sorti en mars dernier chez Albin Michel.

En 1872, le navire marchand Mary Celeste est retrouvé dérivant au large des Açores. Le bateau est intact, sans aucune trace de violence mais l’équipage a disparu. Benjamin Briggs, le capitaine, son épouse Sarah et leur petite fille, de même que les marins, n’ont jamais été retrouvés.
Ce mystère est au centre de cette narration complexe et tumultueuse qui repose sur trois trames aux temporalités différentes.
Cette tragédie a hanté le public victorien pendant de nombreuses années. Lors d’un voyage pour l’Afrique, un baroudeur écrivain en herbe, le jeune Arthur Conan Doyle, entend parler de cette histoire et décidera quelques années plus tard de lui consacrer une nouvelle toute romanesque.
L’intérêt du grand public pour ce mystère coïncide également avec l’émergence d’une ferveur troublante et inédite en Amérique : le mouvement spiritualiste, très en vogue dans les salons américains, notamment à Philadelphie et à Boston. L’énigmatique et fascinante Violet Petra occupe une place importante sur cette scène, les riches mondains se disputant ses talents de médium. Phoebe Grant, une journaliste rationnelle et indépendante d’esprit doit la rencontrer pour essayer de percer le mystère qui l’entoure.

Le roman repose donc sur trois intrigues imbriquées. Le récit autour du bateau fantôme et de la famille de navigateurs frappée par la tragédie de génération en génération est le point de départ et donne naissance à deux autres narrations. La première concerne Arthur Conan Doyle, qui s’apprête à devenir l’un des auteurs les plus célèbres et adulés de son temps et la seconde concerne la figure de Violet Petra, une femme insaisissable, et avec elle, la montée en puissance d’une toute nouvelle ferveur religieuse, qui fascinera d’ailleurs grandement le créateur de Sherlock Holmes.

A travers des extraits de journaux, des lettres, une narration éclatée mais structurée et un voyage maritime et temporel, ces trois intrigues convergent pour former un récit ample, portant sur des thèmes aussi variés que l’obsession de la mort et de l’au delà, les légendes, les esprits, le deuil, la vie en mer et le statut de la femme.

Les lecteurs qui s’attendent à un récit spéculatif sur le mystère de la Mary Céleste ou à un thriller seront sans doute déçus. Contrairement à ce que laisse présager son titre, ce roman ne porte pas, à proprement parler en tous cas, sur le mystère du fantôme de la Mary Céleste, et pourtant, celui-ci hante chacune de ses pages. Il se consacre bien davantage aux conséquences de la tragédie et à l’affect de ses personnages. C’est un récit de mer bien sûr mais aussi un roman historique et social, qui explore, de manière assez captivante, le XIXème siècle victorien, entre les Etats-Unis et l’Angleterre.

Quelques années après Mary Reilly, Valerie Martin livre une fois encore un roman où l’amour de la littérature transparaît de manière très forte. Elle cite d’ailleurs, entre bien d’autres auteurs, Mrs Gaskell et Mrs Oliphant, deux des figures féminines les plus éminentes de la littérature victorienne.

Derniers feux sur Sunset de Stewart O’Nan

Derniers feux sur Sunset de Stewart O’Nan

Hollywood, 1937. Francis Scott Fitzgerald devient scénariste pour la Metro Goldwyn Mayer. Il fréquente Dorothy Parker, Humphrey Bogart et Greta Garbo mais se sent perdu loin de sa femme Zelda, internée, et de sa fille Scottie. Il tombe amoureux d’une journaliste mondaine, Sheilah Graham, et tente de lutter contre ses vieux démons : l’alcoolisme, la dépression et le peu d’estime de lui-même.

Il y a quelque chose de magique dans ce roman. Stewart O’Nan installe une proximité aussi intrigante que troublante avec Francis Scott Fitzgerald. Tout au long de ce captivant récit de près de 400 pages, l’auteur sonde l’intimité et l’esprit d’un des auteurs les plus fascinants et brillants du XXème siècle.
Le tourbillon et l’exubérance des années folles que Fitzgerald a si bien connues sont loin. Le glamour de ses années européennes est aussi derrière lui et l’éclat de son renom est atténué. On est en 1937, Fitzgerald a alors une petite quarantaine d’années et est ruiné. Zelda, qui souffre de dépression depuis des années, est internée dans une clinique spécialisée et Scottie, sa fille unique, alors adolescente, vit à des kilomètres de lui et suit de brillantes études dans le but d’intégrer un jour Vassar. Sa famille est éclatée mais il doit la faire vivre.
Il quitte la Caroline du Nord et s’installe alors à Hollywood pour travailler comme scénariste pour la Metro Goldwyn Mayer. Il y retrouve ses amis Dorothy Parker (à la gouaille et à l’esprit toujours aussi irrésistibles) et Alan Campbell, et deviendra leur collègue de bureau.
Fitzgerald a du mal à s’acclimater au soleil cru de Los Angeles et surtout au travail des Studios. L’écrivain semble ici jouer sa dernière carte. Il n’a pas publié de roman depuis des années et les nouvelles qu’il écrit pour les journaux ne lui rapportent pas grand chose. Difficile de croire qu’un homme de lettres tel que lui puisse se retrouver ainsi au pied du mur. L’écrivain peine à trouver sa place dans cette industrie. Il n’a de cesse de se remettre en question, et davantage encore lorsqu’il recroise le chemin de Hemingway qu’il n’a pas revu depuis années. Son ancien ami et comparse, bien que diminué, écrit toujours, voyage et est même devenu journaliste reporter dans la guerre d’Espagne.
Mais l’Amérique décrite ici avec une richesse de style et une acuité saisissantes semble être une Amérique en perdition. Fitzgerald évoque Los Angeles dans une lettre à Zelda comme « a bright, forsaken place« . La guerre s’apprête à éclater et est même aux portes de Hollywood (le régime nazi compte bien agir comme un censeur impitoyable). Hollywood ne vend pas que du rêve, loin de là. C’est un âpre voyage au cœur du mirage hollywoodien que Stewart O’Nan met en scène ici.
Le changement et l’usure du temps sont également au cœur de ce récit. Dans cet univers, personne n’est ce qu’il semble être réellement. Les stars du cinéma paraissent plus vieilles qu’à l’écran, Scott aussi a vieilli et Zelda, elle, plus instable que jamais, semble différente à chaque fois qu’il la retrouve. Elle n’est plus que le fantôme de la femme qu’elle a été. Scottie, elle, grandit et mûrit loin de lui… Comment Fitzgerald peut-il continuer à vivre et surtout faire entendre sa voix dans un monde qui s’effrite et qu’il semble bien en peine d’appréhender ?
Les scripts de l’écrivain ont une vie bien éphémère. Il travaille diligemment mais ses projets sont constamment écourtés. Il est obligé de se disperser et ne parvient jamais vraiment à finir ce qu’il a commencé. Son inspiration est sans cesse frustrée. Il en est même parfois réduit à réécrire de mauvais scénarios. Les grands pontes du cinéma le saluent du bout des lèvres et il doit souvent mettre sa fierté de côté pour garder sa place, même s’il sait pertinemment qu’il joue souvent un rôle peu glorieux, celui du correcteur. Il écrit, inlassablement, comme pour se prouver à lui-même qu’il est toujours capable d’écrire. Mais son « vieux démon », l’alcool, le talonne, et accompagné par l’incertitude et la mélancolie, peut lui faire beaucoup de mal …
Mais entre temps, du côté de Sunset Boulevard, il festoie avec Humphrey Bogart et Marlene Dietrich (à la beauté fanée) et tombe passionnément amoureux de Sheila Graham, une femme pleine de mystères, journaliste mondaine à succès.
Derniers feux sur Sunset n’est pas un roman de plus sur Fitzgerald, c’est un grand roman qu’on pourrait qualifier de chant du cygne et d’hommage terrible et émouvant à ce grand écrivain. Grâce au soin apporté aux plus petits détails et à la richesse du style, le décor planté par Stewart O’Nan – le Hollywood de l’Age d’Or – est superbe et plein d’ambivalences. Le portrait de Fitzgerald qu’il dresse est, quant à lui, vibrant et de la première à la dernière page. L’auteur y restitue avec une empathie poignante les tourments, les contradictions, la grâce et la fragilité d’un des auteurs les plus attachants qui soient.
Love & Friendship, le livre de Whit Stillman

Love & Friendship, le livre de Whit Stillman

With a pitch-perfect Austenian sensibility and wry social commentary, filmmaker and writer Whit Stillman cleverly re-imagines and completes one of our greatest writers’ unfinished works. Love & Friendship is a sharp comedy of manners, and a fiendishly funny treat for Austen and Stillman fans alike.

Whit Stillman ne propose donc pas ici le scénario du film à proprement parler mais une œuvre dérivée de Lady Susan, et donc une « austenerie », et à vrai dire d’une des meilleures et plus intéressantes que j’ai lues jusqu’ici (et j’en ai lues un certain nombre).

L’auteur (fictif) de ce texte est un certain Rufus Martin-Colonna de Cesari-Rocca, neveu de Lady Susan herself et dont la flagornerie et la bêtise pourraient rivaliser sans mal avec celles d’un certain Mr Collins. Dans ce récit écrit à la première personne, le gentleman s’évertue, avec une assurance qui forcerait l’admiration si elle n’était pas aussi ridicule, à réhabiliter la réputation de sa tante. Réputation qui, selon ses dires, aurait été injustement et bien malicieusement souillée par les écrits d’une jeune auteur médiocre et vieille fille (selon ses propres dires), Miss Jane Austen.
Rufus a décidé de dédier son ouvrage au Prince Régent lui-même, copiant ainsi outrageusement Jane Austen, mais dans un style pompeux bien différent de celle de notre romancière émérite.
Le parti pris de Whit Stillman est on ne peut plus insolite. Il a décidé par le biais de ce récit évidemment trompeur d’inverser le Bien et le Mal et de faire de Lady Susan une personne de bien et digne de confiance, et non pas la femme vile et manipulatrice que nous connaissons. Tout est ironie de la première à la dernière ligne, l’œuvre fait figure de pendant au film bien sûr mais aussi à l’œuvre de Jane Austen à laquelle l’auteur (le vrai, cette fois) rend hommage avec beaucoup d’esprit et un humour tongue in cheek absolument réjouissant.

L’ajout de Lady Susan, le texte original, en appendice est une excellente idée. On peut ainsi comparer les scènes des deux versions et s’amuser de la faiblesse des arguments de Rufus et de son manque de crédibilité.

J’ai beaucoup ri en lisant cet ouvrage. Whit Stilman sait ce qu’ironie veut dire et en use avec beaucoup de talent et d’inventivité. J’aime à penser que Jane Austen aurait apprécié son impertinence et son irrévérence car il s’en sert pour exprimer toute l’admiration qu’il ressent pour elle.

Un Dernier moment de folie de Richard Yates

Un Dernier moment de folie de Richard Yates

Dans ce recueil composé de 9 nouvelles (et publié à titre posthume), Richard Yates flirte avec le genre du mélodrame sans jamais s’y livrer. L’auteur croque avec nuance et une belle sobriété des situations dramatiques et des personnages en proie à des déconvenues … Richard Yates est l’écrivain de l’amertume, de la frustration, du désoeuvrement mais son écriture est teintée de mélancolie et de tendresse. L’auteur ne juge pas ses personnages, mais porte sur eux un regard plein d’empathie.
Rien d’exaltant, ni de proprement romanesque dans leur existence et pourtant, l’auteur dresse des portraits d’une incroyable richesse et livre des récits plein de souffle. L’auteur adopte une position d’entomologiste, le regard qu’il porte sur ses (anti-)héros est précis, objectif mais jamais dénué de sensibilité ni d’humanité.
Ce sont des histoires de jeunes hommes revenus de la guerre, de desperate housewives, d’employés de bureaux qui essaient tant bien que mal de construire leur vie à partir de leurs idéaux mais qui font face à des rebuffades, des contraintes et l’avilissement de la classe moyenne. On rêve, on s’émeut, on s’éprend et on se passionne mais on n’en fait jamais un drame. L’humour et la lucidité face à l’absurde n’est jamais loin. Il y a quelque chose de profondément désarmant dans chacun des ces récits.
A travers ces 9 magnifiques instantanés, c’est l’Amérique des années 50 qui prend vie au fil de ces pages. Sous la resplendissante allure de l’American Dream, se cachent le désarroi marital, les peines de cœur, les frustrations professionnelles, les traumatismes liés à la guerre – autant de thèmes qui imprègnent toute l’œuvre de Richard Yates. Et le style de l’auteur est brillant, fulgurant.
Richard Yates est un orfèvre de la nouvelle, ce recueil en est la preuve éclatante

Love, Lies & Spies de Cindy Anstey

Love, Lies & Spies de Cindy Anstey

Love, Lies and Spies

Love, Lies and Spies est le 2ème roman de la collection Swoon Reads que je découvre et une fois encore, j’ai été séduite. Il s’agit cette fois d’un roman d’aventure qui se passe sous la Régence. J’ai passé un très agréable moment de lecture. Le roman n’a rien de proprement original, il sent l’hommage à plein nez mais il fonctionne très bien et offre une intrigue rondement menée, des héros attachants, une romance attrayante et surtout de l’humour à revendre.

Juliana Telford est notre héroïne. Agée de 18 ans, elle s’apprête à faire son entrée dans le monde. Elle a quitté son cher père et le domaine familial pour s’installer un temps à Londres, chez son oncle et sa tante. Elle s’entend très bien avec leur fille, Carrie mais les relations sont plus difficiles avec sa tante qui la rabroue sans cesse et déplore son manque d’élégance et de manières. Il faut dire que Juliana s’intéresse bien davantage à l’étude des insectes qu’au mariage, aux bals et à la mode. C’est une jeune fille très indépendante d’esprit qui ne compte pas se laisser entraîner dans un mariage de raison. Si elle a accepté ce séjour à Londres, c’est pour publier en secret ses recherches et ainsi faire la joie et la fierté de son père, lui aussi naturaliste à ses heures perdues.

Spencer Northam, notre héros, n’est pas non plus un gentleman ordinaire. Il travaille comme espion pour le War Office et est bien trop occupé par ses missions pour jouer le joli cœur… Mais bien entendu, sa rencontre avec Juliana, ainsi que ses doutes concernant les activités possiblement illicites des proches de la jeune fille, risquent de venir tout bouleverser…

Même si l’hommage à Jane Austen est évident, le roman emprunte surtout beaucoup à Georgette Heyer. L’intrigue amoureuse est pleine de péripéties et repose aussi bien sur des scènes de pure marivaudage que d’espionnage. Même s’il s’agit d’un roman YA, le récit nous réserve quelques surprises et un lot de rebondissements que je n’avais pas vu venir. Le récit est bien écrit, émaillé de dialogues savoureux. Love, Lies & Spies est tout à la fois une romance, un roman d’espionnage, un roman d’aventures et une « comedy of manners ». Le mélange des genres est bien dosé et le récit très rythmé.
Et on retrouve avec grand plaisir des types de personnages propres à ce type de comédies : la jeune fille spirituelle et indépendante, le héros aventurier, le séducteur sans scrupules, la tante autoritaire et snob, le papa affectueux …
Ce sont des codes qu’on connaît bien mais l’auteur les utilise avec un vrai talent de mise en scène.
Cindy Anstey publiera un autre roman Régence dans quelques mois, toujours chez Swoon Reads, je le lirai sans aucun doute !

L’Homme du verger d’Amanda Coplin

L’Homme du verger d’Amanda Coplin

30139639 A l’aube du XXe siècle, dans une région reculée le long de la côte pacifique des États-Unis, Talmadge prend soin de ses arbres fruitiers. Depuis près d’un demi-siècle, cet homme mène une existence apaisée, rythmée par les saisons des fruits. Jusqu’au jour où deux jeunes filles farouches et abandonnées font irruption dans son domaine… Leur arrivée bouleversera définitivement la vie de ces personnages, les rappelant à leurs douloureux passés.

Les héros de cette histoire sont des êtres abîmés par la vie, une famille complètement recomposée qui essaie tant bien que mal de panser ses plaies. On pense à Thomas Hardy et à sa mélancolie, une mélancolie ici mêlée de tendresse. Talmadge est un merveilleux personnage, à la bienveillance et à l’empathie naturelles. Ermite d’une cinquantaine d’années, son existence douce et solitaire sera à jamais bouleversée par l’irruption soudaine dans sa vie de deux mystérieuses adolescentes, farouches et misérables. Talmadge devra s’armer de patience pour gagner la confiance des jeunes filles et découvrir leur terrible secret.
Le roman pose la question troublante et fascinante des liens du cœur face aux liens du sang. L’homme du verger est un roman multi-genres. A la fois thriller, récit familial, western et récit naturaliste (bercé par les changements de saisons et les récoltes), il repose sur un imaginaire littéraire très fort. Je rêverais de le voir porter à l’écran par un brillant cinéaste car sa lecture évoque des images très fortes. C’est un roman d’une puissance visuelle assez rare.
L’Homme du verger est un roman violent mais poétique, lent mais néanmoins captivant, dont la force réside aussi bien dans la finesse psychologique de ses portraits que dans l’évocation des grands espaces.
Une lecture que je n’oublierai pas de si tôt !

Une Epoque exquise de Dawn Powell

Une Epoque exquise de Dawn Powell

Sous le coup d’un double échec sentimental et professionnel, une jeune femme de l’Ohio, Vicky, part tenter sa chance à New York. Là, elle retrouve une ancienne camarade de classe, Amanda, devenue une figure new-yorkaise grâce à son mariage avec un magnat de la presse, Julian Evans. Amanda offre son aide à Vicky mais en fait se sert d’elle pour cacher sa double vie à son mari.

 J’ai lu Une Epoque exquise avec beaucoup de plaisir. Ce roman fait partie du cycle romanesque new yorkais que l’auteur avait initié avec Tourne, roue magique en 1936.
Paru en 1942, A Time to Be Born est une œuvre qu’on pourrait qualifier de moderniste, dans laquelle Dawn Powell dissèque et brocarde les milieux privilégiés new yorkais. Etourdissante de vivacité, elle livre ici un roman d’un équilibre parfait entre réalisme doux amer et satire joyeuse et cruelle.
Alors que l’Amérique s’apprête à entrer en guerre, certains spécimen particulièrement cyniques de l’intelligentsia new yorkaise ne pensent qu’à parvenir à leurs fins et assouvir leurs désirs et ambitions. Au centre du récit et au nœud de l’intrigue, se trouvent un riche et égocentrique magnat de la presse et sa séduisante épouse, l’écrivain Amanda Peeler, une femme aussi séduisante que manipulatrice. Et il y a aussi Vicky, une jeune femme de l’Ohio et ancienne camarade de classe d’Amanda, venue à New York pour tenter sa chance et se remettre d’une rupture difficile.
Amanda est aussi glamour et sournoise que Vicky est discrète et naïve. A sa grande surprise, Amanda offre son aide et un appartement à Vicky mais ce qui paraît être un geste désintéressé s’avère finalement une terrible tromperie. Elle se servira de son amie pour cacher son amant à son mari. A mesure que le récit avance et que le nœud se resserre, on se demande si Vicky, qui semble tout avoir de la jeune provinciale candide, parviendra à dénoncer les faux semblants et ainsi s’affranchir de la terrible influence d’Amanda.
Le portrait saisissant de cette femme vénéneuse est au cœur du récit, et avec lui, une peinture précise et pleine d’ironie d’un milieu que l’auteur scrute les yeux grands ouverts et observe avec une perspicacité qui ne lui fait jamais défaut.
En la lisant, j’ai pensé un peu à Dorothy Parker pour l’humour et la férocité et à Edith Wharton pour le décor new yorkais désabusé et la valse des illusions et du désenchantement.
J’ai lu quelque part que Dawn Powell était considéré comme one of the best authors you have never read. Maintenant que je l’ai découverte, je ne compte pas m’arrêter en aussi bon chemin !
Une jolie fille comme ça d’Alfred Hayes

Une jolie fille comme ça d’Alfred Hayes

Une jolie fille comme ça d’Alfred Hayes est le premier roman que j’ai lu cette année et je l’ai beaucoup apprécié.
Il s’agit d’un roman noir écrit dans les années 50, d’un conte cruel au charme obscur.
Il n’y a pas ici d’intrigue policière, le roman se concentre sur la relation qui lie un scénariste en vogue et une jeune actrice qui peine à percer à Hollywood.

Le roman s’ouvre sur une scène toute cinématographique. C’est sur une plage que les deux protagonistes font connaissance. Lui, est adossé à une balustrade, elle, un verre à la main, entre dans le Pacifique, alors qu’une fête, derrière eux, bas son plein. Il la voit, court à son secours, l’arrache des flots et la ranime. S’ensuit ensuite une liaison adultère. Alfred Hayes décrira avec une écriture incroyablement ciselée une curieuse relation, faite d’une attirance inexpliquée.
Le narrateur n’a de cesse d’expliquer que cette femme, bien que jolie et attirante, n’est pas son genre. Cette dernière est volubile, lunatique, mystérieuse. Agée de 25 ans, elle s’était installée à Los Angeles pour devenir actrice, pour avoir comme elle le dit « Mon visage sur les murs de la ville – en VO, cela donne :  » My face for the world to see « , le titre original de ce roman aussi sentimental que vénéneux. L’héroïne est humble mais crâne, farouche aussi par moments. « Je me dis qu’elle touchait au nerf même du pathos, d’une certaine façon. Il y avait quelque chose chez elle, un air de femme blessée assez touchant« , décrit l’homme.
Leur relation est analysée au scalpel par Hayes, qui évoque l’ambiguïté du désir et la vanité qui les lie avec une acuité troublante.
Le décor de ce roman est celui du Los Angeles corrompu, son atmosphère celle du Hollywood du film noir, qui oscille entre effervescence et langueur.

Le roman a été traduit par Agnès Desarthe et édité chez Gallimard.

Comme une valse de Dorothy Parker

Comme une valse de Dorothy Parker

J’ai lu plusieurs des écrits de Dorothy Parker, notamment la série de pièces en vers Hymnes à la haine parue chez Phébus et un petit recueil de nouvelles intitulé Comme une Valse édité chez 10/18.

Ces nouvelles et/ou chroniques se lisent avec beaucoup de plaisir. Certaines m’ont plus séduites que d’autres mais globalement, j’ai apprécié leur tonalité, leur rythme et surtout l’humour irrévérencieux dont l’auteur fait preuve dans chacune d’entre elles. On est face à un auteur doué d’une verve incroyable.
Je ne suis pas étonnée qu’Amy Sherman-Palladino, la créatrice de Gilmore Girls se réclame de cet auteur. On a l’impression dès la première nouvelle, Heures blêmes (une de mes préférées), d’entendre parler Lorelai, son héroïne. La narratrice brille instantanément par son intelligence, son élégance et le caractère impétueux et profondément ironique de son langage. Dorothy Parker manie la langue avec une grande agilité.
Dans ce court récit en forme de long monologue, l’auteur se bat contre son insomnie, armée d’un humour particulièrement féroce. « Je suis le seul être vivant réveillé pendant que le reste de l’humanité est en train de dormir « , constate t-elle, désespérée mais n’ignorant pas, néanmoins, l’absurdité de la situation.
D’emblée, l’auteur donne le la : elle se fait la voix de l’ironie et de l’absurde, de l’ivresse et de la neurasthénie aussi. En un petit nombre de pages, elle croque, vaillamment, des situations rocambolesques et des personnages étonnamment réalistes. On n’est pas prêt d’oublier Madge et Annabel, un duo de copines qui jouent à « et si un millionnaire nous léguait un million de dollars ? » ni Lolita, qui porte mal son prénom, ou encore Horace, un domestique dont le bavardage incessant assomme même ses employeurs les plus patients. La nouvelle Mrs Hofstadter, qui habite Josephine Street est un petit bijou d’humour instantané qui m’a ravie de la première à la dernière ligne.

Pour se plonger plus avant dans l’œuvre de Dorothy Parker, je pense qu’il n’y a rien de mieux que cette intégrale parue chez Penguin qui contient ses poèmes, ses nouvelles mais aussi ses critiques journalistiques :

 

 

 

 

 

 

 

 

Ma note :
luke4