Fenny de Lettice Cooper

Fenny de Lettice Cooper

fennyDans les années 30, la jeune gouvernante Ellen Fenwick quitte son Yorkshire natal pour les hauteurs de Florence, où elle doit s’occuper de la petite-fille d’une grande actrice anglaise. Voilà un projet exaltant pour cette héroïne de roman en devenir. Sous le soleil toscan, au milieu des vignes et des oliviers, Ellen rêve et entrevoit une nouvelle vie, moins solitaire, plus romantique, plus sophistiquée aussi … Au cours de son premier été passé à la villa Meridiana, Ellen découvre le plaisir de la promenade, se livre aux douceurs de la farniente, boit son premier cocktail, se fait des amis et tombe amoureuse pour la première fois. Mais au sein de cette communauté d’expatriés privilégiés, elle découvre aussi que les apparences, de même que les relations, peuvent être trompeuses. Et alors que son cœur et sa vision du monde sont mis en péril, le fascisme menace l’Italie, ce pays qu’elle aime maintenant passionnément. Pendant que l’Histoire se met en marche et que le danger rôde, elle doit composer avec ses sentiments, ses désillusions mais aussi avec son appétit pour la vie.

Fenny est un roman dont la force narrative n’a d’égal que la richesse et la subtilité de ses portraits. C’est un petit trésor méconnu qui mérite d’être redécouvert, pour son héroïne, sa maîtrise formelle mais surtout pour la formidable délicatesse et l’authenticité de ses descriptions psychologiques.

Je me réjouis de découvrir les autres écrits de cette romancière injustement oubliée qui a signé ici un roman résolument anglais, dénué de toute mièvrerie, doux amer et aussi étrangement idéaliste et optimiste. Une Journée avec Rhoda, publié également chez Rivages il y a quelques années, est déjà dans ma PAL !

(c) Beverley Art Gallery; Supplied by The Public Catalogue Foundation

 

Mères filles, sept générations de Juliet Nicolson

Mères filles, sept générations de Juliet Nicolson

Juliet Nicolson vient d’une famille dans laquelle écrire son histoire est, depuis toujours, une tradition. Appartenant à l’aristocratie anglaise éclairée, son arrière-grand-mère, Victoria Sackville-West, a laissé derrière elle une grande quantité de journaux intimes. Sa grand-mère, Vita Sackville-West a publié de nombreux livres sur la famille, et son père, Nigel Nicolson, est l’auteur de Portrait d’un mariage. S’inspirant de la tradition familiale, c’est sous un angle nouveau et original que Juliet Nicolson aborde le thème de la filiation, se concentrant sur sept générations de femmes.

Juliet Nicolson, petite-fille de Vita Sackville West, dresse le portrait tendre et lucide des femmes de sa famille. Un voyage riche et fascinant dans les usages passés, l’aristocratie anglaise, l’émancipation féminine, la filiation, le pouvoir de l’écriture. C’est un récit puissant, traversé par des portraits vibrants de femmes dont le désir d’exister se heurte au rôle social qui leur a été assigné.
Le style, superbe et évocateur, donne vie à des figures et des époques avec sensibilité et une émotion dénuée de toute mièvrerie (qui semble d’ailleurs faire horreur à l’auteur). Des spectacles de flamenco, au Washington du Gilded Age, en passant par le jardin enchanté de Vita et les couloirs d’Oxford, c’est un long périple de plusieurs décennies qui se déploie entre ces pages.
Ce récit très personnel plaira à mon avis plus particulièrement aux admirateurs de l’anticonformiste et indépendante Vita mais aussi à tous ceux qui s’intéressent à la culture et à l’Histoire britanniques ainsi qu’à la place de la femme dans la société. Le récit a aussi une très belle résonance littéraire, on le sent habité par une vraie tradition des lettres anglaises. De nombreux écrivains – et pas des moindres, y font une ou plusieurs apparitions.

A little love song de Michelle Magorian

A little love song de Michelle Magorian

A chaque fois que je lis un roman de Michelle Magorian, c’est un coup de cœur et c’est encore le cas ici. Il s’agit cette fois d’un roman Young Adult. Les deux héroïnes ne sont plus des enfants. Rose va sur ses 18 ans et Diana, sa sœur, a 21 ans.

Lorsque le roman s’ouvre, les deux soeurs ont quitté Londres pour s’installer dans un cottage à Salmouth, un petit village au bord de la mer (on dirait presque le début de Raison & Sentiments). C’est l’été 1943, la guerre fait rage, leur père est mort au combat il y a un an et leur mère, comédienne, est partie remonter le moral des troupes à l’étranger. Rose et Diana ont été confiées aux bons soins d’un chaperon qui leur a fait faux bond. L’aventureuse Rose parvient à convaincre sa sœur, plus sérieuse, de le cacher à leur mère. Pour Rose, elles sont tout à fait capables de s’occuper d’elles-mêmes !
Pour Rose et Diana, il est venu le temps de l’indépendance et de l’émancipation. Elles se rapprochent, s’affirment, gagnent en confiance, découvrent les joies de la domesticité (elles n’ont jamais cuisiné ni lavé leur linge), trouvent un emploi. Elles se font aussi des amies et tombent amoureuses.
En outre, la curieuse Rose découvre les écrits de « Mad Hilda », l’étrange et mystérieuse précédente occupante du cottage, et à travers eux, le destin tragique et poignant d’une femme en avance sur son temps.
Rose est une jeune fille romantique, intelligente, déterminée et attachante qui ambitionne de devenir écrivain. Mais elle s’interroge sur ses capacités car elle n’est pas sûre de sortir diplômée de son école d’élite … Heureusement, Alec, le jeune libraire du village, soldat démobilisé, lui apportera son aide et son amitié et deviendra son fournisseur officiel de livres. Cet été, elle lira grâce à lui Jane Eyre mais aussi la poésie sulfureuse de DH Lawrence.
Elle fera aussi la connaissance du cousin d’Alec, un jeune garçon entreprenant qui l’emmènera faire des tours en bateau.
La prose de Michele Magorian est très douce, sobre, mais révèle des trésors de sensibilité, d’humour et de mélancolie. Le récit, porté par une galerie de très beaux personnages, est mené avec beaucoup d’adresse. Il est très romanesque, mais dans le bon sens du terme. Il a aussi l’excellent mérite de traiter de thèmes très forts et ce, avec beaucoup de pudeur, tels que la sexualité, la dépression post traumatique et l’émancipation féminine hors mariage.
A Little love song se lit comme un récit d’apprentissage poignant, moderne et très féministe. Et pour ne rien gâcher, la romance est absolument savoureuse.

Le Fantôme et Mrs Muir de R.A. Dick

Le Fantôme et Mrs Muir de R.A. Dick

Le Fantôme et Mrs Muir - Au début des années 1900, en Angleterre, une jeune et belle veuve, Lucy Muir, décide de louer un cottage dans la station balnéaire de Whitecliff où elle s’installe avec fils, sa fille et sa fidèle servante, Martha, afin d’échapper à sa belle-famille.

Dès le premier soir, elle surprend l’apparition du fantôme de l’ancien propriétaire, un capitaine de marine du nom de Daniel Gregg. Se noue alors entre eux une relation d’abord amicale, à peine troublée par quelques bouderies…

Ce roman a un petit charme suranné mais est aussi étonnamment moderne. Mrs Muir voit sa vie, et celle de ses deux jeunes enfants, bouleversées à la suite du décès prématuré de son mari. Cette rupture dans son existence remet les pendules à l’heure pour elle. Notre héroïne compte devenir indépendante et s’affranchir de l’influence de sa belle famille et surtout de sa belle sœur qui a une fâcheuse tendance à la sous estimer et s’est toujours mêlée de sa vie. Elle décide de s’éloigner de Londres et de s’installer, à la surprise de tous, dans une villa au bord de la mer. S’ensuit une rencontre inattendue avec le fantôme de l’ancien propriétaire, un vieux briscard grognon et caractériel avec qui elle tissera, au fil des années, une très forte amitié et une entente formidable.
Il est étonnant qu’un roman publié en 1945 puisse mettre en scène une telle relation entre un homme et une femme. Ils sont sur un pied d’égalité. Mrs Muir ne se soumet jamais au désirs et caprices du capitaine, leur amitié et leur affection reposent sur des compromis mais aussi sur une précieuse empathie et un soutien indéfectible. Plus qu’un roman fantastique, Le Fantôme et Mrs Muir nous offre le portrait d’une femme courageuse et indépendante ainsi qu’un récit familial riche et nuancé.
Et pour ajouter à son charme, le roman, plein d’humour, porte un regard acéré et malicieux sur ses personnages.
Une lecture savoureuse qui m’a donnée très envie de me replonger dans le magnifique film de Mankiewicz.

 

L’histoire de Miss Kitty de Beatrix Potter et Quentin Blake

L’histoire de Miss Kitty de Beatrix Potter et Quentin Blake

« Frank l’Efflanqué surgit soudain d’un terrier, poursuivi par un robuste lapin d’âge mûr en veste bleue. Ce dernier lui enfonçait violemment et douloureusement un parapluie dans le dos. » La découverte d’un conte inconnu de Beatrix Potter, au comique tonique et malicieux, qui n’attendait que Quentin Blake pour être illustré ! La rencontre idéale de deux génies.

L’Histoire de Miss Kitty est sortie le 3 octobre chez Gallimard jeunesse dans une édition « de luxe ». J’ai découvert cette histoire inédite de Beatrix Potter illustrée par le grand Quentin Blake avec beaucoup de plaisir. Je le conseillerais à ceux qui ne connaissent pas encore Beatrix Potter mais peut-être encore plus aux lecteurs qui affectionnent son travail. On retrouve bien dans ce conte facétieux tout ce qui fait son univers : un savoureux mélange d’humour et de tendresse, de la dérision toute british et en prime, quelques uns de ses personnages les plus emblématiques font des apparitions remarquées au cours du récit : l’élégant Pierre Lapin et sa veste bleue (un Pierre plus âgé et au ventre bien rebondi), Mme Piquedru, la gentille lingère et le redoutable Mr Tod, le renard.

L’héroïne de cette histoire est Miss Kitty (ou plutôt Miss Catherine St Quintin), une petite chatte noire intrépide qui mène une double vie. Quand elle n’est pas la petite chatte sérieuse et bien élevée d’une affectueuse vieille dame, Kitty part à la chasse armée de sa carabine et habillée comme un gentleman, et se sert d’un de ses amies comme couverture ! Le problème, c’est que malgré son enthousiasme, Kitty connaîtra quelques déboires et fera de mauvaises rencontres dans la forêt.

Beatrix Potter a écrit ce récit à la veille de la première guerre mondiale mais n’a jamais pu le retravailler. Et une seule illustration subsiste. Quentin Blake, l’un de ses plus grands admirateurs, a repris le flambeau. Le décalage entre le conte et le style de Blake est intéressant. Leurs pattes sont différentes et pourtant, on y retrouve la même malice et la même poésie. On sent tout l’amour et le respect que l’illustrateur voue à Beatrix Potter dans chacun de ses dessins mais aussi dans l’introduction très émouvante qu’il a rédigée. Quand deux génies de la littérature se croisent, ça donne une petite gourmandise savoureuse, à offrir et à partager.

Le Parfum des fraises sauvages (Wild Strawberries) d’Angela Thirkell

Le Parfum des fraises sauvages (Wild Strawberries) d’Angela Thirkell

Le parfum des fraises sauvages De Angela Thirkell - Éditions Charleston

Mary Preston, jolie jeune fille sans fortune, est invitée par sa tante Agnès à Rushwater, le magnifique et ancestral domaine de sa famille. Elle y fait la connaissance des nombreux Leslie : le grand-père, cynique, passionné de bridge et d’élevage de taureaux, la grand-mère, Lady Emily, une vieille dame aimée de tous malgré ses petites manies et son étourderie, et leurs enfants, John, l’aîné, veuf depuis quelques années, un homme discret et charmant, Agnès, une mère de famille attachante quoiqu’un peu écervelée, et le séduisant David, à qui personne ne résiste. Et il ne faut pas non plus oublier Martin, 17 ans, l’aîné de leurs petits enfants, et le fils unique de leur fils aîné, mort quelques années plus tôt pendant la grande guerre.

Angela Thirkell met en scène des situations rocambolesques pour dépeindre le caractère pour le moins excentrique de cette famille. L’arrivée de Lady Emily accompagnée de toute sa clique à la messe du dimanche, au tout début du roman, vaut son pesant d’or et donne le ton. Chaque personnage est décrit avec un ton empreint de drôlerie et de tendresse, que ce soit les nombreux membres de la famille Leslie que les domestiques (l’introduction de Gudgeon, le majordome, est une scène d’anthologie à elle seule).
Le roman est aussi une comédie sentimentale. Mary tombe rapidement sous le charme du fringant et charismatique David, mais c’est sans compter l’espoir d’Agnès et de sa mère de voir un jour John se remarier…
A la fête d’anniversaire de Martin, un bal est organisé, l’occasion peut-être pour Mary et ses courtisans de dévoiler leurs sentiments …
Le Goût des fraises sauvages, paru en 1934, s’inscrit à merveille dans la tradition des comédies de mœurs de l’entre-deux-guerres. Avec son ton délicieusement ironique, son ambiance vaudevillesque, ses personnages attachants et plein d’esprit, sa romance amusante et jamais mielleuse, il m’a fait sourire et émue à de nombreuses reprises. Les passages qui décrivent la mélancolie qui s’empare de Lord et Lady Leslie lors des préparatifs de la fête d’anniversaire de leur petit fils, Martin, sont écrits avec pudeur et émotion. Ils sont heureux de le voir grandir mais ne peuvent s’empêcher de voir en lui leur fils, tombé au combat. Même si le ton reste globalement très drôle, il se fait aussi parfois doux-amer.
Angela Thirkell a été un auteur extrêmement prolifique, il me tarde de découvrir ses autres écrits.

Le roman est édité pour la première fois en français chez Charleston.

Le Vent dans les Saules de Kenneth Grahame

Le Vent dans les Saules de Kenneth Grahame

Mr Taupe a quitté sa maison au printemps sur un coup de folie et rencontre près de la rivière Mr Rat qui devient un compagnon indéfectible. Il fait connaissance avec Mr Blaireau solitaire au grand coeur et avec l’extravagant Mr Crapaud dont la dernière lubie : l’automobile va l’amener dans des aventures invraisemblables.

Ce grand classique de la littérature pour enfants a été écrit au début du siècle par Kenneth Grahame en guise de cadeau pour son petit garçon.
C’est un roman qui fait la part belle à l’harmonie, dans presque tous les sens du terme. Il fait l’éloge de l’amitié, de la vie simple de tous les jours ainsi que la multitude des bienfaits de la nature.
Ce livre plutôt naïf d’apparence est empreint d’un charme particulier.
Si on recherche une intrigue et du suspens, on sera sans doute un peu déçu. Comme j’étais déjà prévenue, le livre a su me plaire. J’ai aimé le côté si joliment buccolique de l’ensemble. Parfois j’avais l’impression de lire des petits poèmes en prose mis bout à bout tant les descriptions de la nature, de l’univers dans lequel évoluent Mr Taupe et ses amis, sont merveilleuses. Le récit est à la fois simple et enchanteur, lyrique et délicat.
Le lecteur suit les aventures invraisemblables et rocambolesques de Mr Taupe et ses amis, petits animaux on ne peut plus sympathiques qui affectionnent aussi bien leur confort douillet que les folles équipées.
Un roman à déguster avec un chocolat chaud ou une bonne tasse de thé !

L’Extraordinaire voyage de Sabrina (I go by sea, I go by land) de PL Travers

L’Extraordinaire voyage de Sabrina (I go by sea, I go by land) de PL Travers

Tiré d’une histoire vraie, publié pour la première fois en 1941, ce classique de la littérature jeunesse, va entraîner les lecteurs dans une grande aventure…
Voici l’histoire de Sabrina Lind, 11 ans. Lorsque la Seconde Guerre mondiale atteint son petit village paisible du Sussex, Sabrina et son jeune frère sont envoyés par leurs parents chez une tante en Amérique. Débute alors pour eux un long voyage, pendant lequel Sabrina tiendra un journal.
« Maintenant je vais me mettre à écrire mon journal, car nous partons en Amérique à cause de la guerre. Ça vient juste d’être décidé. J’écrirai tout ce que je peux, parce que je sais que comme je serai bien plus grande lorsque je rentrerai à la maison, j’ai peur de ne pas me souvenir de tout. Donc voilà, je commence. Par pitié, faites que nous puissions rentrer à la maison très vite. »
Avec des illustrations au trait de Gertrude Hermes, ce roman traite du sujet difficile de l’enfance en temps de guerre.

C’est le 3ème texte de PL Travers que je découvre (après Mary Poppins et ses Christmas Stories) et je crois que cet auteur est en passe de devenir l’un de mes préférés.

Lorsque les bombes allemandes commencent à tomber sur l’Angleterre, en 1940, Sabrina Lind, et son petit frère James, doivent quitter leur maison (un beau domaine du nom de Thornfield, niché dans la campagne) et leurs parents pour s’installer, tant que la guerre durera, chez des proches amis de la famille, aux Etats-Unis. Sabrina tient un journal intime dans lequel elle consigne ce qu’elle ressent et ce qu’elle vit, la traversée de l’Atlantique, le douloureux sentiment de l’exil et de la séparation, et bien sûr sa nouvelle existence en Amérique. Notre héroïne y sera chaleureusement accueillie et vivra des expériences excitantes (son premier Coca-Cola, sa visite de l’Exposition Universelle et bien d’autres choses encore), qui l’aideront à lutter contre le mal du pays et sa peur constante de perdre ses proches.

En écrivant ce récit, PL Travers ne semble pas avoir privilégié l’efficacité ou le romanesque. Cette histoire repose davantage sur des portraits, des descriptions, des émotions et sentiments toujours évoqués avec une belle authenticité.
Tout sonne juste car l’auteur est passée par là, elle aussi, en 1940, lorsqu’elle a embarqué pour New York avec son petit garçon, Camillus.

Même si ce texte fait figure d’œuvre mineure, surtout face à la célèbre Mary Poppins, je lui ai trouvé beaucoup de charme. L’écriture de PL Travers me plaît décidément beaucoup, l’auteur parvient avec un vrai talent à restituer les émotions et la naïveté de l’enfance en y apportant une bonne dose d’humour et une jolie forme d’irrévérence.

Cette édition contient les illustrations d’origine, celles de Gertrude Hermes, une artiste avec qui PL Travers a sympathisé lors de sa traversée en bateau.

Merci aux éditions Zéthel pour la découverte !

Finding Audrey de Sophie Kinsella

Finding Audrey de Sophie Kinsella

J’ai dévoré ce roman il y a quelques mois et je l’ai trouvé à l’image exacte de sa petite héroïne : sensible et attachant.
Sophie Kinsella délaisse pour un temps la superficialité et la drôlerie (certains diront le ridicule) de sa célèbre série L’accro du shopping pour donner vie à une ado située aux antipodes de la flamboyante Becky Bloomwood et de ses autres héroïnes. Audrey est une jeune fille qui souffre de troubles anxieux depuis plusieurs mois. Elle reste assez discrète sur les raisons de son mal-être. On comprend toutefois rapidement qu’elle a souffert de harcèlement scolaire. Les choses ont du aller loin car les trois jeunes filles responsables ont été renvoyées de leur établissement. Depuis les terribles évènements, Audrey vit recluse et ne quitte jamais sa paire de lunettes noires. Elle ne supporte pas le contact avec les autres, en particulier le contact visuel qu’elle trouve particulièrement oppressant. Elle vit en compagnie de sa mère (poule) et de son père (qui cultive une flegme et une force tranquille qui n’auraient, à mon avis, rien à envier à celles de Mr Bennet), de son frère aîné Frank, accro au jeux vidéos en ligne mais qui est aussi un garçon drôle et intelligent, et de son petit frère de 4 ans, Felix, une petite boule de nerfs rigolote, qui est le seul avec qui Audrey communique avec une parfaite aisance.
Audrey interagit comme elle peut avec les membres de sa famille mais peine à vivre normalement avec son manque de confiance en elle et un sentiment ce culpabilité qui ne la quitte jamais (sa mère a arrêté de travailler pour rester avec elle). La personnalité généreuse, passionnée et un peu angoissée de celle-ci fait parfois des étincelles, surtout lorsqu’elle décide d’interdire à son fils Frank l’accès à son ordinateur. Frank n’a de cesse d’user de toutes sortes de stratagèmes pour tromper son petit monde, au grand désarroi de sa mère mais pour le plus grand plaisir du lecteur qui rit de ses facéties. On s’amuse des petites frasques de cette famille haute en couleurs, qui fait preuve parfois de maladresse mais aussi de beaucoup de tendresse pour venir en aide à Audrey.
Et il y aussi Linus, « le copain de jeux videos » de Frank, un drôle de garçon qui s’intéressera à Audrey et l’aidera peu à peu à sortir de sa coquille, en lui proposant un nouveau moyen de communication. Linus a interprété Atticus Finch, le héros de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, dans une pièce de théâtre à l’école, et depuis, il a une sorte d’aura qui ne laisse pas Audrey insensible. Leur relation est très joliment décrite, car elle est avant tout faite d’échanges.
Sophie Kinsella livre un récit rythmé, inspiré, et très drôle. Il est empreint d’une certaine gravité bien sûr, mais toujours adoucie ou désamorcée par son style alerte, et la sensibilité et la fantaisie de ses héros. C’est vraiment une jolie réussite
Je rêve d’en voir une adaptation maintenant !

A noter que l’édition anglaise comprend 2 marque-pages : 1 à garder et 1 à partager. Je trouve l’idée plutôt sympa.

The Fair Miss Fortune de DE Stevenson

The Fair Miss Fortune de DE Stevenson

J’ai découvert mon premier DE Stevenson édité chez Greyladies et je n’ai pas été déçue ! The Fair Miss Fortune s’est avéré être une lecture aussi réjouissante que je l’avais espéré, très légère certes mais savoureuse.
The Fair Miss Fortune,  publié pour la première fois il y a 4 ans chez Greyladies mais écrit en 1937, est une comédie romantique touchante et très drôle dénuée de toute mièvrerie. Les personnages sont campés avec beaucoup d’humour et l’ensemble rappelle un peu certaines comédies de l’âge d’or hollywoodien avec son lot de faux semblants, ses rebondissements à la pelle et ses histoires d’amour pleines de panache.
C’est un roman très léger mais aussi très pétillant qui se dévore plus qu’il ne se lit. J’ai été séduite par le rythme de l’intrigue, les dialogues, la galerie de personnages secondaires (presque dignes de Cranford) et la facilité avec laquelle D.E. Stevenson noue ses intrigues amoureuses et installe une ambiance chaleureuse.

Lorsque le Capitaine Charles Weatherby revient chez lui, dans le petit village anglais de Dingleford, il ne sait pas combien sa vie est sur le point d’être bouleversée. Il est heureux de retrouver sa chère et douce mère mais l’est nettement moins lorsque celle-ci le convainc de passer la soirée chez Mrs Prescott, qui vient d’emménager dans une nouvelle maison. Selon elle, Charles a besoin de de retrouver une vie sociale. Les habitants de Dingleford sont ravis de le retrouver et la cancanière Mrs Prescott insiste tout particulièrement pour lui livrer tous les derniers ragots.
La fête s’avère aussi monotone et inintéressante que l’avait prévu Charles, excepté pour 2 choses : il y retrouve son ami Harold Prescott (le malheureux vit sous le coupe de sa mère) et apprend qu’une certaine Jane Fortune vient de s’installer dans le village et compte y ouvrir un salon de thé. C’est une nouvelle enthousiasmante qui ne manque pas d’éveiller l’intérêt des villageois.

Rapidement, Charles, homme d’action s’il en est, fait la connaissance de Miss Fortune et se lie d’amitié avec elle. Plus rapidement encore, il en tombe amoureux. La jeune femme semble être également tombée sous son charme, jusqu’au moment, où sans explication, elle répond vaguement à son bonjour, agit froidement et pire encore : monte dans la voiture d’un séduisant inconnu !
Mais Jane n’agit pas comme elle-même parce qu’elle n’est pas elle-même. Joan, sa sœur jumelle vient de débarquer à Dingleford, fuyant alors les avances d’un ancien employeur trop insistant. Afin de rester discrète, elle décide de ne pas annoncer sa présence aux habitants du village et propose de se faire passer pour Jane si les circonstances l’exigent. Jane commence à désapprouver le plan de sa sœur mais finit bientôt par s’y faire, et même par s’en amuser. Il faut dire qu’il est difficile de résister à Joan.
Les 2 sœurs essaient de ne pas sortir et être vues en même temps mais leurs personnalités parfois opposées et leurs inclinations amoureuses bien différentes créent bientôt un véritable méli mélo, qui risque de les mettre toutes deux dans un sacré guêpier, elles mais aussi leurs prétendants !

Bien entendu, l’histoire finira bien mais ce qui importe ici, comme dans toutes bonnes comédies qui se respectent, c’est la manière dont l’auteur entraîne ses héros et héroïnes dans cette délicieuse mascarade. Et ici, elle le fait avec une certaine allure !
En voilà un petit roman qui met irrésistiblement de bonne humeur !

Il me reste plusieurs dizaines de romans de l’écossaise D.E. Stevenson à découvrir et c’est une chance car chacun de ses livres m’ont charmée jusqu’ici.