Muse de Joseph O’Connor

Muse de Joseph O’Connor

J’ai terminé ce roman irlandais le week-end dernier et je ne peux que vous le recommander. Ca a été une lecture fabuleuse.


Joseph O’connor le dit lui même dans la postface de son roman. Muse est une œuvre de fiction qui prend souvent d’immenses libertés avec la réalité. L’auteur s’inspire de l’histoire d’amour entre l’actrice Molly Allgood et le grand dramaturge irlandais John Millington Synge pour construire un récit d’une grand force dramatique et narrative.
A Dublin, en 1907, une jeune actrice irlandaise entretient une relation amoureuse tumultueuse avec le célèbre dramaturge Synge. Dans les années 50, une vieille dame, pauvre, arpente les rues de Londres, se remémorant les instants d’une époque plus glorieuse.
Muse est une lecture exigeante, qui s’apparenterait presque à celle d’un poème en prose. L’auteur joue constamment avec la temporalité. Les ruptures de construction, le style lyrique, le langage riche en symboles et en images, la tonalité onirique du récit font de ce roman un texte d’une belle singularité. L’auteur s’affranchit assez largement des codes de la biographie romancée et livre une œuvre sur le fantasme amoureux, la beauté du théâtre et de la comédie mais aussi un hommage vibrant à l’Irlande et à deux de ses plus grands hommes de lettres : Synge bien sûr mais aussi Yeats qui dégage une aura assez incroyable dans le récit.
Le roman, bien que déconstruit et fragmenté, est aussi d’une belle fluidité. Une fois plongé dans l’intimité et l’esprit de son héroïne, on peut facilement se laisser guider et envelopper par le style de Joseph O’connor.
Molly est au cœur d’un récit foisonnant qui reprend la technique du Stream of consciousness. Elle y évoque ses plus beaux souvenirs, des endroits les plus reculés d’Irlande à Dublin, en passant par Londres et New York, sa correspondance avec un homme qu’elle a aimé toute sa vie, son travail d’actrice, sa lutte constante avec les conventions avilissantes de la société.
A travers une journée dans la vie de la vieille Molly Allgood (une temporalité qui doit, encore une fois, beaucoup au théâtre), les souvenirs d’une histoire d’amour ressurgissent.
En prenant ses distances avec la réalité, l’auteur ressuscite la passion qui les a liés pour en tirer une vérité plus grave, plus profonde et aussi sans doute plus universelle. J’ai noté quelques pépites dans un carnet au fur et à mesure de ma lecture, et je pense que je me replongerai dans ce roman à l’occasion. Muse ne se livre pas facilement et pas entièrement dès la première lecture mais quel superbe morceau de littérature !

Le roman est disponible chez Phébus mais aussi en poche chez 10/18.