A little love song de Michelle Magorian

A little love song de Michelle Magorian

A chaque fois que je lis un roman de Michelle Magorian, c’est un coup de cœur et c’est encore le cas ici. Il s’agit cette fois d’un roman Young Adult. Les deux héroïnes ne sont plus des enfants. Rose va sur ses 18 ans et Diana, sa sœur, a 21 ans.

Lorsque le roman s’ouvre, les deux soeurs ont quitté Londres pour s’installer dans un cottage à Salmouth, un petit village au bord de la mer (on dirait presque le début de Raison & Sentiments). C’est l’été 1943, la guerre fait rage, leur père est mort au combat il y a un an et leur mère, comédienne, est partie remonter le moral des troupes à l’étranger. Rose et Diana ont été confiées aux bons soins d’un chaperon qui leur a fait faux bond. L’aventureuse Rose parvient à convaincre sa sœur, plus sérieuse, de le cacher à leur mère. Pour Rose, elles sont tout à fait capables de s’occuper d’elles-mêmes !
Pour Rose et Diana, il est venu le temps de l’indépendance et de l’émancipation. Elles se rapprochent, s’affirment, gagnent en confiance, découvrent les joies de la domesticité (elles n’ont jamais cuisiné ni lavé leur linge), trouvent un emploi. Elles se font aussi des amies et tombent amoureuses.
En outre, la curieuse Rose découvre les écrits de « Mad Hilda », l’étrange et mystérieuse précédente occupante du cottage, et à travers eux, le destin tragique et poignant d’une femme en avance sur son temps.
Rose est une jeune fille romantique, intelligente, déterminée et attachante qui ambitionne de devenir écrivain. Mais elle s’interroge sur ses capacités car elle n’est pas sûre de sortir diplômée de son école d’élite … Heureusement, Alec, le jeune libraire du village, soldat démobilisé, lui apportera son aide et son amitié et deviendra son fournisseur officiel de livres. Cet été, elle lira grâce à lui Jane Eyre mais aussi la poésie sulfureuse de DH Lawrence.
Elle fera aussi la connaissance du cousin d’Alec, un jeune garçon entreprenant qui l’emmènera faire des tours en bateau.
La prose de Michele Magorian est très douce, sobre, mais révèle des trésors de sensibilité, d’humour et de mélancolie. Le récit, porté par une galerie de très beaux personnages, est mené avec beaucoup d’adresse. Il est très romanesque, mais dans le bon sens du terme. Il a aussi l’excellent mérite de traiter de thèmes très forts et ce, avec beaucoup de pudeur, tels que la sexualité, la dépression post traumatique et l’émancipation féminine hors mariage.
A Little love song se lit comme un récit d’apprentissage poignant, moderne et très féministe. Et pour ne rien gâcher, la romance est absolument savoureuse.

Lucille, à l’heure gourmande de Gwenaële Barussaud

Lucille, à l’heure gourmande de Gwenaële Barussaud

Dans le Paris de Napoléon III, les aventures de Lucille, arrivée dans la capitale avec sa soeur, l’héroïne de Pauline : demoiselle des grands magasins.

Ce 3ème tome de la saga des Lumières de Paris est encore une fois un excellent cru !  J’ai l’impression de dire ça à chaque fois, à tel point que je serais bien incapable de dire quel est mon tome préféré ou quelle héroïne m’a semblée être la plus attachante. Ici, c’est la jeune Lucille, sœur de Pauline, l’héroïne du 1er tome, qui est mise en vedette. On découvre assez vite et Lucille ne le cache à aucun moment, que la jeune fille est encore plus déterminée et ambitieuse que ne l’est son aînée. Elle est aussi plus spontanée et quoique tout aussi intelligente, moins réfléchie et plus prompte à prendre des décisions qui peuvent lui porter préjudice. Dans la première partie du récit, on apprend qu’elle s’est amourachée, à Dinard, d’un homme qui a trompé sa confiance. Impulsive et passionnée, Lucille risque de se brûler les ailes et de voir ses rêves de travailler un jour à son compte partir en fumée à cause d’une erreur de jugement et d’un égarement sentimental. Lucille est indéniablement une héroïne tout feu tout flamme.
Domestique puis femme de chambre d’une demoiselle de bonne famille, Lucille trouve bientôt un emploi dans un grand hôtel parisien. Elle a largement exagéré ses dons en anglais pour pouvoir y travailler et lorsqu’on lui confie le service d’une très riche cliente américaine, elle se mord les doigts à l’idée d’être démasquée. Heureusement, Lucille est pleine de bonnes intentions et extrêmement travailleuse, son courage et sa détermination finiront par payer.
Ce roman traite de la prise d’initiatives des femmes sous le Second Empire avec crédibilité et un vrai goût du romanesque. Le lecteur a envie de voir Lucilleaccomplir son rêve en montant sa propre affaire. Une fois de plus, on suit le parcours social et professionnel (car il s’agit avant tout de cela dans cette série) de notre héroïne avec un vrai plaisir, grâce notamment au suspens qui imprègne l’intrigue et les descriptions du Paris haussmanien, plus particulièrement ici du monde de l’hôtellerie.
L’histoire de Miss Kitty de Beatrix Potter et Quentin Blake

L’histoire de Miss Kitty de Beatrix Potter et Quentin Blake

« Frank l’Efflanqué surgit soudain d’un terrier, poursuivi par un robuste lapin d’âge mûr en veste bleue. Ce dernier lui enfonçait violemment et douloureusement un parapluie dans le dos. » La découverte d’un conte inconnu de Beatrix Potter, au comique tonique et malicieux, qui n’attendait que Quentin Blake pour être illustré ! La rencontre idéale de deux génies.

L’Histoire de Miss Kitty est sortie le 3 octobre chez Gallimard jeunesse dans une édition « de luxe ». J’ai découvert cette histoire inédite de Beatrix Potter illustrée par le grand Quentin Blake avec beaucoup de plaisir. Je le conseillerais à ceux qui ne connaissent pas encore Beatrix Potter mais peut-être encore plus aux lecteurs qui affectionnent son travail. On retrouve bien dans ce conte facétieux tout ce qui fait son univers : un savoureux mélange d’humour et de tendresse, de la dérision toute british et en prime, quelques uns de ses personnages les plus emblématiques font des apparitions remarquées au cours du récit : l’élégant Pierre Lapin et sa veste bleue (un Pierre plus âgé et au ventre bien rebondi), Mme Piquedru, la gentille lingère et le redoutable Mr Tod, le renard.

L’héroïne de cette histoire est Miss Kitty (ou plutôt Miss Catherine St Quintin), une petite chatte noire intrépide qui mène une double vie. Quand elle n’est pas la petite chatte sérieuse et bien élevée d’une affectueuse vieille dame, Kitty part à la chasse armée de sa carabine et habillée comme un gentleman, et se sert d’un de ses amies comme couverture ! Le problème, c’est que malgré son enthousiasme, Kitty connaîtra quelques déboires et fera de mauvaises rencontres dans la forêt.

Beatrix Potter a écrit ce récit à la veille de la première guerre mondiale mais n’a jamais pu le retravailler. Et une seule illustration subsiste. Quentin Blake, l’un de ses plus grands admirateurs, a repris le flambeau. Le décalage entre le conte et le style de Blake est intéressant. Leurs pattes sont différentes et pourtant, on y retrouve la même malice et la même poésie. On sent tout l’amour et le respect que l’illustrateur voue à Beatrix Potter dans chacun de ses dessins mais aussi dans l’introduction très émouvante qu’il a rédigée. Quand deux génies de la littérature se croisent, ça donne une petite gourmandise savoureuse, à offrir et à partager.

Love, Lies & Spies de Cindy Anstey

Love, Lies & Spies de Cindy Anstey

Love, Lies and Spies

Love, Lies and Spies est le 2ème roman de la collection Swoon Reads que je découvre et une fois encore, j’ai été séduite. Il s’agit cette fois d’un roman d’aventure qui se passe sous la Régence. J’ai passé un très agréable moment de lecture. Le roman n’a rien de proprement original, il sent l’hommage à plein nez mais il fonctionne très bien et offre une intrigue rondement menée, des héros attachants, une romance attrayante et surtout de l’humour à revendre.

Juliana Telford est notre héroïne. Agée de 18 ans, elle s’apprête à faire son entrée dans le monde. Elle a quitté son cher père et le domaine familial pour s’installer un temps à Londres, chez son oncle et sa tante. Elle s’entend très bien avec leur fille, Carrie mais les relations sont plus difficiles avec sa tante qui la rabroue sans cesse et déplore son manque d’élégance et de manières. Il faut dire que Juliana s’intéresse bien davantage à l’étude des insectes qu’au mariage, aux bals et à la mode. C’est une jeune fille très indépendante d’esprit qui ne compte pas se laisser entraîner dans un mariage de raison. Si elle a accepté ce séjour à Londres, c’est pour publier en secret ses recherches et ainsi faire la joie et la fierté de son père, lui aussi naturaliste à ses heures perdues.

Spencer Northam, notre héros, n’est pas non plus un gentleman ordinaire. Il travaille comme espion pour le War Office et est bien trop occupé par ses missions pour jouer le joli cœur… Mais bien entendu, sa rencontre avec Juliana, ainsi que ses doutes concernant les activités possiblement illicites des proches de la jeune fille, risquent de venir tout bouleverser…

Même si l’hommage à Jane Austen est évident, le roman emprunte surtout beaucoup à Georgette Heyer. L’intrigue amoureuse est pleine de péripéties et repose aussi bien sur des scènes de pure marivaudage que d’espionnage. Même s’il s’agit d’un roman YA, le récit nous réserve quelques surprises et un lot de rebondissements que je n’avais pas vu venir. Le récit est bien écrit, émaillé de dialogues savoureux. Love, Lies & Spies est tout à la fois une romance, un roman d’espionnage, un roman d’aventures et une « comedy of manners ». Le mélange des genres est bien dosé et le récit très rythmé.
Et on retrouve avec grand plaisir des types de personnages propres à ce type de comédies : la jeune fille spirituelle et indépendante, le héros aventurier, le séducteur sans scrupules, la tante autoritaire et snob, le papa affectueux …
Ce sont des codes qu’on connaît bien mais l’auteur les utilise avec un vrai talent de mise en scène.
Cindy Anstey publiera un autre roman Régence dans quelques mois, toujours chez Swoon Reads, je le lirai sans aucun doute !

Le Vent dans les Saules de Kenneth Grahame

Le Vent dans les Saules de Kenneth Grahame

Mr Taupe a quitté sa maison au printemps sur un coup de folie et rencontre près de la rivière Mr Rat qui devient un compagnon indéfectible. Il fait connaissance avec Mr Blaireau solitaire au grand coeur et avec l’extravagant Mr Crapaud dont la dernière lubie : l’automobile va l’amener dans des aventures invraisemblables.

Ce grand classique de la littérature pour enfants a été écrit au début du siècle par Kenneth Grahame en guise de cadeau pour son petit garçon.
C’est un roman qui fait la part belle à l’harmonie, dans presque tous les sens du terme. Il fait l’éloge de l’amitié, de la vie simple de tous les jours ainsi que la multitude des bienfaits de la nature.
Ce livre plutôt naïf d’apparence est empreint d’un charme particulier.
Si on recherche une intrigue et du suspens, on sera sans doute un peu déçu. Comme j’étais déjà prévenue, le livre a su me plaire. J’ai aimé le côté si joliment buccolique de l’ensemble. Parfois j’avais l’impression de lire des petits poèmes en prose mis bout à bout tant les descriptions de la nature, de l’univers dans lequel évoluent Mr Taupe et ses amis, sont merveilleuses. Le récit est à la fois simple et enchanteur, lyrique et délicat.
Le lecteur suit les aventures invraisemblables et rocambolesques de Mr Taupe et ses amis, petits animaux on ne peut plus sympathiques qui affectionnent aussi bien leur confort douillet que les folles équipées.
Un roman à déguster avec un chocolat chaud ou une bonne tasse de thé !

L’Extraordinaire voyage de Sabrina (I go by sea, I go by land) de PL Travers

L’Extraordinaire voyage de Sabrina (I go by sea, I go by land) de PL Travers

Tiré d’une histoire vraie, publié pour la première fois en 1941, ce classique de la littérature jeunesse, va entraîner les lecteurs dans une grande aventure…
Voici l’histoire de Sabrina Lind, 11 ans. Lorsque la Seconde Guerre mondiale atteint son petit village paisible du Sussex, Sabrina et son jeune frère sont envoyés par leurs parents chez une tante en Amérique. Débute alors pour eux un long voyage, pendant lequel Sabrina tiendra un journal.
« Maintenant je vais me mettre à écrire mon journal, car nous partons en Amérique à cause de la guerre. Ça vient juste d’être décidé. J’écrirai tout ce que je peux, parce que je sais que comme je serai bien plus grande lorsque je rentrerai à la maison, j’ai peur de ne pas me souvenir de tout. Donc voilà, je commence. Par pitié, faites que nous puissions rentrer à la maison très vite. »
Avec des illustrations au trait de Gertrude Hermes, ce roman traite du sujet difficile de l’enfance en temps de guerre.

C’est le 3ème texte de PL Travers que je découvre (après Mary Poppins et ses Christmas Stories) et je crois que cet auteur est en passe de devenir l’un de mes préférés.

Lorsque les bombes allemandes commencent à tomber sur l’Angleterre, en 1940, Sabrina Lind, et son petit frère James, doivent quitter leur maison (un beau domaine du nom de Thornfield, niché dans la campagne) et leurs parents pour s’installer, tant que la guerre durera, chez des proches amis de la famille, aux Etats-Unis. Sabrina tient un journal intime dans lequel elle consigne ce qu’elle ressent et ce qu’elle vit, la traversée de l’Atlantique, le douloureux sentiment de l’exil et de la séparation, et bien sûr sa nouvelle existence en Amérique. Notre héroïne y sera chaleureusement accueillie et vivra des expériences excitantes (son premier Coca-Cola, sa visite de l’Exposition Universelle et bien d’autres choses encore), qui l’aideront à lutter contre le mal du pays et sa peur constante de perdre ses proches.

En écrivant ce récit, PL Travers ne semble pas avoir privilégié l’efficacité ou le romanesque. Cette histoire repose davantage sur des portraits, des descriptions, des émotions et sentiments toujours évoqués avec une belle authenticité.
Tout sonne juste car l’auteur est passée par là, elle aussi, en 1940, lorsqu’elle a embarqué pour New York avec son petit garçon, Camillus.

Même si ce texte fait figure d’œuvre mineure, surtout face à la célèbre Mary Poppins, je lui ai trouvé beaucoup de charme. L’écriture de PL Travers me plaît décidément beaucoup, l’auteur parvient avec un vrai talent à restituer les émotions et la naïveté de l’enfance en y apportant une bonne dose d’humour et une jolie forme d’irrévérence.

Cette édition contient les illustrations d’origine, celles de Gertrude Hermes, une artiste avec qui PL Travers a sympathisé lors de sa traversée en bateau.

Merci aux éditions Zéthel pour la découverte !