Capucine de Blaise Hofmann

Capucine de Blaise Hofmann

Qui se souvient encore de Capucine ?

Elle était l’un des modèles parisiens incontournables des années cinquante, et l’une des égéries d’Ubert de Givenchy, puis l’actrice de Jean Cocteau, Federico Fellini, Georges Cukor, Blake Edward, Joseph Mankiewicz. Elle a joué avec John Wayne, Woody Allen, Jane Fonda, Romy Schneider, Claudia Cardinale, William Holden, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon… Elle était aussi la meilleure amie d’Audrey Hepburn …
Qui se souvient encore de Capucine ?
Blaise Hofmann part sur ses traces. À Saumur, sous les bombes de la Deuxième Guerre. À Paris, sur les podiums de haute couture et dans les caves à jazz de Saint- Germain-des-Prés. À Los Angeles, dans les fabriques de stars hollywoodiennes, puis à Lausanne, au bord du lac Léman …

Le roman biographique est un genre romanesque en plein essor depuis quelques années. L’écrivain y raconte la vie de son sujet (souvent un artiste) à partir de notes, de documents plus ou moins officiels et de bribes d’informations mais invoque aussi toute une part d’imaginaire en fantasmant une majeure partie de son histoire. L’exercice est complexe et particulièrement périlleux. Ce roman qui vient de sortir aux éditions Zoé est à mon avis un très bel exemple de ce que le genre peut offrir de meilleur.
L’écriture de Blaise Hofmann est délicate et d’une élégance sobre et émouvante, ce qui sied à merveille à la douce mélancolie qui baigne l’ensemble de son récit.

A travers ces pages, se dessine une sorte de conte cruel dans lequel la figure évanescente de son héroïne nous apparaît tour à tour froide, insaisissable, attachante et touchante.
L’auteur livre ici un véritable travail de mémoire. Son récit est une enquête mais aussi un roman captivant sur le cinéma hollywoodien des années 50 et ses codes. On y croise une foule de personnages bien connus, des acteurs, des metteurs en scène, des agents, des couturiers …
L’auteur explore avec finesse le sentiment d’exil, de solitude et de passion de cette jeune parisienne ambitieuse qui connut quelques années de gloire éphémère à Hollywood avant de tomber dans l’oubli.
Il explore le destin hors normes d’une actrice sensible et intelligente, qui n’a jamais vraiment réussi à s’adapter au système hollywoodien, refusant les compromis et jouant aussi parfois de malchance en ne correspondant pas aux diktats de l’époque. Capucine était attachée à son apparence et à la notion de paraître mais intériorisait aussi beaucoup en se délectant de nombreuses lectures. Elle se passionnait pour Virginia Woolf, Stefan Zweig qui selon elle était l’écrivain de la femme par excellence, ou encore pour les soeurs Brontë à qui elle vouait un véritable culte. Elle s’était même attelée à l’écriture de leur biographie …

Blaise Hofmann rend hommage à cette actrice singulière avec un vrai talent d’écriture et surtout un don certain pour la narration et la mise en scène. C’est sans doute un grand amoureux du cinéma qui a écrit ce livre, et aussi un homme de lettres adepte des belles formules et des belles images.
Le roman célèbre et rend hommage à cette figure féminine en évoquant avec acuité son univers et son entourage, sans user d’artifices ni d’emphases. Le portrait n’en est alors que plus saisissant et la description du monde du cinéma qu’elle a côtoyé d’autant plus captivant.

Capucine s’est révélé pour moi un exercice de style en tous points réussi, je le conseille très volontiers aux cinéphiles (mais pas que ! ).

 

Mon avis :

luke4