La mort s’invite à Pemberley, l’adaptation BBC

La mort s’invite à Pemberley, l’adaptation BBC

Koba a eu la bonne idée d’éditer le dvd de la mini-série BBC adaptée du roman policier La mort s’inviPemberleyte à Pemberley. De quoi ravir les fans de Jane Austen parce qu’il s’agit d’une suite d’Orgueil et Préjugés mise en scène avec beaucoup de modernité et de panache par la BBC, qui nous propose (cela devient une habitude !) une production en costumes de qualité !
J’ai trouvé l’adaptation meilleure que le roman, les enjeux m’ont semblée mieux dessinés, les personnages mieux incarnés (le casting y est clairement pour quelque chose  ) et l’ensemble plus palpitant. La mise en scène est élégante et le suspens bien dosé (le format de 3 épisodes est idéal). Et j’ai trouvé les petites doses d’humour bienvenues. Quelle bonne idée d’avoir fait venir Mr et Mrs Bennet à Pemberley !
Comme j’ai pas mal de choses à dire au sujet de cette mini-série, je vais procéder par ordre et commencer par aborder les points négatifs (qui sont peu nombreux) :
– Je n’aime pas tellement ce qu’ils (les scénaristes, et PD James avant eux) ont fait du Colonel Fitzwilliam. Le personnage a été complètement dénaturé pour servir l’intrigue. Le personnage de Jane Austen est solaire, jovial, d’un bon tempérament et d’un abord facile. Ici, il est grave, sérieux, calculateur, secret et même un peu torturé. Je veux bien croire que tous les personnages -même les plus sympathiques – puissent avoir une part d’ombre mais là, je trouve que ça ne colle pas … L’acteur, Tom Ward, est très bon par contre.
– Je chipote peut-être mais Lizzy, ici, ne fait pas assez maîtresse de Pemberley pour moi. Je n’ai rien à redire au sujet de la prestation d’Anna Maxwell Martin, mais j’aurais aimé la voir un peu mieux habillée et coiffée. Les autres héroïnes (Georgiana et Lydia) sont très élégantes, je n’arrive pas à comprendre pourquoi Elizabeth arbore la même robe turquoise du début à la fin (ou presque, il me semble qu’elle change de tenue pour recevoir Lady
Catherine   ). Ce n’est qu’un détail physique mais je trouve ça assez impardonnable dans la mesure où le reste de la production (costumes, décors …) est extrêmement soigné.
– les flash backs : enfin, un seul m’a tout particulièrement dérangé. Je ne suis pas contre l’idée de voir Lizzy se rappeler la première demande en mariage de Darcy. C’est un moment clef de sa vie et au regard de ce qui se passe dans son mariage, il semble assez naturel qu’elle se replonge dans ce souvenir mais pourquoi l’avoir mis en scène de cette façon ? Il ne me semble pas qu’Elizabeth et Darcy se promenaient lorsque celui-ci a fait sa demande et pourquoi avoir écourté la scène de cette manière ?   C’est une scène qui est resté dans les esprits, pourquoi la dénaturer de cette façon ? Ca sonne tellement faux …
– une autre petite incohérence que j’aimerais souligner : la gouvernante Mrs Reynolds m’a semblée bien trop jeune. Il s’agit de la même qui a vu grandir Darcy ? J’ai un peu de mal à le croire …

Je vais maintenant passer aux aspects positifs. Comme vous pourrez le constater, un certain nombre de choses m’ont charmée dans cette production :

– le Darcy de Matthew Rhys : il y a encore quelques jours, je ne pensais pas écrire une chose pareille ! Je n’ai pas été au bout de mes surprises avec cette mini-série ! J’ai trouvé l’acteur excellent et plutôt charismatique. Pour moi, il a presque toutes les caractéristiques d’un Darcy. Il est fier et autoritaire (même s’il lui arrive de forcer un peu trop la voix, parfois   ), je l’ai trouvé très crédible en Maître de Pemberley. On sent qu’en tant que propriétaire de terres et d’un domaine, beaucoup de responsabilités reposent sur ses épaules. Lorsque des failles apparaissent dans sa relation avec Elizabeth, on retrouve le Darcy qui manque d’assurance et de confiance en lui et qui se referme dans sa coquille. Je trouve son comportement très crédible. L’acteur joue très bien le malaise qui s’est emparé de son personnage. Darcy a peur du scandale mais craint aussi de ne pas être à la hauteur. Revoir Wickham réapparaître dans sa vie le trouble et fait resurgir de vieilles rancoeurs …
Si j’ai beaucoup apprécié son Darcy dans cette adaptation, je n’irai pas forcément jusqu’à dire que j’aimerais le voir dans une vraie adaptation du roman de Jane Austen. Comme l’a dit Matthew Rhys dans une interview – de manière très honnête d’ailleurs, son Darcy n’est pas tout à fait le même que celui que nous connaissons.
En tous cas, j’aime beaucoup la voix et le sourire de l’acteur
– l’alchimie entre Darcy et Lizzy : l’un des aspects les plus réussis de cette mini-série pour moi. Le choix des acteurs ne plaira pas à tout le monde, c’est certain mais personnellement, j’ai trouvé leur couple crédible et touchant.

– Jenna Coleman en Lydia : irrésistible de drôlerie et de vanité. La scène où elle confie à Hardcastle que Denny était sans doute amoureux d’elle car il ne lui témoignait jamais d’affection déplacée était très drôle. Et Mrs Bennet qui en rajoute une couche … ces deux là sont vraiment incorrigibles    La scène où Elizabeth se sert d’elle pour faire partir Lady Catherine m’a fait sourire aussi. Et j’ai également beaucoup apprécié celle où Lydia confie à sa sœur qu’elle préfère apprendre que Wickham l’a trompée par les commérages : « No. I’d far rather hear it from the gossips. Then I can pack them away with the contempt they deserve« . Bien dit, Lydia !

– Matthew Goode ! Je crois pouvoir dire qu’il a incarné le Wickham le plus séduisant qu’il nous ait été donné de voir !   Ceci dit, même si j’ai trouvé sa prestation fort convaincante, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que c’était un peu du gâchis de voir ce superbe acteur jouer un type aussi minable. Ceci dit, il le fait très bien mais je ne boude pas mon plaisir !

– Mr Bennet ! Alors, là, je suis fan !   Mon petit cœur de Janeite jubilait à chacune de ses apparitions. La scène où il se réfugie dans la bibliothèque de Pemberley alors que sa femme le cherche désespérément est si proche que ce que Jane Austen aurait pu écrire (d’ailleurs, il me semble qu’elle a écrit quelque chose d’analogue dans l’épilogue de Pride & Prejudice, il faudrait que je vérifie …) !

James Fleet est génial. Même si son rôle est assez restreint dans cette adaptation, il incarne Mr Bennet d’une très belle façon. Ses instants de complicité avec Elizabeth font pour moi parti des plus beaux moments de la mini-série.
– Les acteurs secondaires : quelle belle brochette quand même ! Mentions spéciales à Henry Alveston (j’aime bien son personnage de jeune avocat idéaliste – on comprend aisément pourquoi Georgiana le préfère au Colonel   ) et à Hardcastle (cet homme a une poigne de fer !). L’actrice qui joue Lady Catherine est elle aussi tout à fait excellente.
– Les aspects sombres de l’intrigue m’ont semblée très bien traités : que ce soit la scène de la pendaison de l’enfant dans le premier épisode (qui fait terriblement froid dans le dos  ), que celle de la rencontre avec le pseudo-fantôme ou encore celle du procès de Wickham. L’atmosphère inquiétante est très bien rendue.

– l’ensemble de la production (costumes, décors, musique, photographie) : Chatworth / Pemberley est incroyablement bien mis en valeur et remarquablement filmé. Il en va de même pour les abords de la propriété …

Pour moi, cette adaptation est une production de qualité. Quelques petits détails m’ont dérangée mais ce n’est pas grand chose au regard de tout ce qui m’a séduit. Le mystère autour du crime du capitaine Denny et de la dame en violet était très bien orchestré mais le plaisir réside avant tout dans les retrouvailles avec des personnages et un univers qui me sont chers.

A noter également que certains jeunes acteurs très en vogue en ce moment apparaissent dans cette production : Jenna Coleman bien sûr (vue dans Doctor Who et plus récemment dans la série Victoria), Eleanor Tomlinson (qui a vu sa côte de popularité monter depuis le succès de Poldark) ou encore le toujours excellent James Norton (Grantchester, Happy Valley, War & Peace).

Le coffret DVD est sorti le 12 octobre, n’hésitez pas à vous l’offrir ou l’offrir aux janeites de votre entourage ! Il a tout à fait sa place dans une austenthèque qui se respecte !

Je vous laisse avec la bande-annonce de Koba :

Lady Chatterley BBC 2015

Lady Chatterley BBC 2015

chCe téléfilm diffusé l’année dernière sur la BBC est une adaptation de L’Amant de Lady Chatterley, la première version de l’œuvre de D.H Lawrence. Le point de vue qu’elle propose, novateur et forcément controversé, ne plaira sans aucun doute pas à tout le monde.
Elle est très différente de la version avec Sean Bean (que je n’avais pas aimée) et du film de Pascale Ferran, mais ce n’est pas pour me déplaire car on peut considérer cette adaptation complémentaire à ce qui a déjà été proposé.
Jed Mercurio , le réalisateur, a fait le choix, forcément discutable, de ne pas se centrer sur l’épanouissement sexuel et l’éveil à la sensualité de son héroïne mais de traiter davantage de choix amoureux et de lutte entre les classes sociales au lendemain de la 1ère guerre mondiale.
La plus grande réserve que j’ai à formuler porte sur le format du téléfilm. 90 min, c’est forcément très court pour adapter un roman de 400 pages, le rythme est un peu trop accéléré et l’évolution des sentiments de Lady Chatterley peut peut-être paraître un peu forcée et artificielle …chhj

Certains éléments de l’intrigue ont aussi été modifiés. La scène d’ouverture avec l’explosion de la mine des Chatterley était un ajout risqué mais qui m’a plutôt convaincue.
Holliday Grainger campe une Constance sensible et ambivalente et Richard Madden livre à mon sens une prestation honnête et solide même si je ne suis pas sûre qu’elle restera dans les annales. Comme l’ont bien souligné Jed Mercurio et les critiques presse, cette version est aussi celle de Clifford Chatterley. James Norton ne joue pas là un rôle secondaire, il est au centre du récit et c’est une bonne chose car il est absolument formidable. A vrai dire, je n’ai pas autant été impressionnée par une de ses prestations depuis Happy Valley. Tour à tour déterminé, torturé, instable et pathétique (dans tous les sens du terme), son comportement révolte et émeut à la fois. Il est juste de bout en bout et ce n’est pas chose facile puisqu’il incarne là le rôle le plus difficile du téléfilm. Certains ont dit « he stole the show » et ce n’est certainement pas moi qui vais les contredire !

J’ai aussi beaucoup apprécié le jeu de l’actrice qui incarne Ivy Bolton, la jeune domestique qui est toujours aux petits soins de Clifford. Sa scène de règlement de comptes avec son maître offre un des meilleurs moments de l’adaptation pour moi.chhhh
Dans l’ensemble, ce sont les scènes qui évoquent les différences sociales et les tabous qu’elles entraînent qui m’ont le plus intéressée. Je pense à la scène où Constance se confie à sa sœur (il est légitime d’avoir un amant mais il faut qu’il appartienne à la même classe sociale) et à toutes celles entre Sir Clifford et Mellors …). On pourra regretter le manque d’intérêt apporté aux scènes de sexe amoureuses (surtout pour une adaptation de ce roman en particulier) mais à mon sens, ce téléfilm a bien d’autres choses à offrir, notamment des personnages riches et ambivalents. Le téléfilm a été très décrié, on lui a reproché son côté trop « sage » et pas assez scandaleux. Pour moi, ses enjeux sont ailleurs. Les précédentes adaptations étaient déjà très centrées sur la sexualité de l’héroïne, il était temps à mon avis de proposer quelque chose d’un peu différent.

Doctor Thorne ITV 2016

Doctor Thorne ITV 2016

Etrangement, même si Anthony Trollope a été un auteur très prolifique et populaire, ses romans ont été assez peu adaptés à l’écran. Quelques productions sont toutefois à retenir : The Bachester Chronicles avec Alan Rickman, The Way we live now et He knew he was right (dont j’ai déjà parlé sur ce blog).

Lorsque j’ai entendu qu’un nouveau projet d’adaptation allait voir le jour, j’étais plus qu’enthousiaste. Et mon enthousiasme n’a fait que grandir après la lecture du roman qui m’a complètement séduite. J’attendais donc avec impatience cette mini-série de 3 épisodes qui sur le papier en tous cas, avait presque tout pour me plaire. Sans compter que les derniers period dramas diffusés à la télé anglaise m’ont, dans la grande majorité, ravie. Au final, ma déception a été cuisante…

La mini-série est assez plaisante à regarder mais elle ne restera pas dans les annales de la télévision. Le couple principal est mignon et l’ensemble des acteurs très bon (en particulier Tom Hollander qui me convainc complètement dans le rôle du Docteur Thorne) mais je crois malheureusement que ça s’arrête là.

Mises à part quelques scènes par ci par là, le scénario de Julian Fellowes a  selon moi travesti le roman et surtout lui a enlevé une bonne partie de ce qui faisait son charme : sa modernité et ses nuances. L’humour est parfois un peu forcé et le script joue trop la carte de la surenchère.
Quelle idée par exemple de mettre en scène l’arrivée d’un personnage gros (Mr Moffat en l’occurrence) au son du basson ? Je ne pensais pas qu’on verrai encore ce genre de choses en 2016 …  Même s’il n’est pas dénué de ridicule, Moffat n’est pas décrit de manière aussi grotesque dans le roman. Trollope nuance les portraits de ses personnages, je ne comprends pas ce qui a pris à Julian Fellowes de le réinventer de cette façon.
La musique m’a semblée aussi un peu trop appuyée par moments, voire envahissante. Je suppose que c’est pour mettre l’emphase sur le ridicule de certains personnages et situations mais je ne trouve pas que ça fonctionne très bien.

L’ensemble manque vraiment de subtilité et de modernité. Même si sans surprise, la série est formidablement  interprétée,  Tom Hollander et les 2 jeunes héros ne sont pas aussi bien mis en valeur qu’ils le devraient.

Je n’ai pas été déçue par les rôles secondaires. J’ai beaucoup apprécié la Miss Dunstable (incarnée par la charmante Alison Brie, une actrice américaine qu’on a pu voir dans Community), qui a autant d’esprit que l’héroïne décrite par Trollope. Ian McShane est parfait dans le rôle de Scatcherd et Lady Scatcherd (formidable Janine Duvitski) me plaît autant que dans le roman.

Le problème ne vient donc pas des interprètes mais principalement de sa mise en scène, qui est en fait digne des séries BBC d’il y a 20 ans. Si l’adaptation avait été diffusée dans les années 90, le résultat aurait été acceptable mais là, le résultat se révèle vieillot et un peu ringard aussi, je dois bien l’admettre. Certains effets de mise en scène sont éculés au possible (je ne savais pas qu’on pouvait encore filmer les scènes de baiser de cette façon) et l’image pas très belle non plus (le jaune de la police de caractères est ignoble).

La réalisation fait très datée. On est très très loin de Life in Squares ou de War & Peace au niveau de la modernité. Il n’y a aucune proposition de mise en scène et le tout est filmé sans relief et sans recherche.
J’espère que Julian Fellowes se tiendra, à l’avenir, bien loin de mes classiques anglais préférés. Je ne suis décidément pas très fan de son travail, c’était déjà le cas avec Downton Abbey et ça se confirme encore une fois ici.

 

 

Our Zoo BBC 2014

Our Zoo BBC 2014

Our Zoo est une série de 6 épisodes diffusée sur la BBC en 2014. Ce period drama s’inspire de l’histoire de la famille Motterheard qui, malgré une opposition farouche et de grands sacrifices personnels, a fondé le Zoo de Chester à la fin des années 20. Le scénariste de la série est Matt Charman, un dramaturge acclamé.
Intriguée par les très bonnes critiques que la série a obtenues de la part du public et de la critique (la presse a été très élogieuse à son sujet), je me suis lancée dans cette nouvelle série, sans forcément être une grande passionnée ni connaisseuse du sujet. J’ai regardé les 6 épisodes en très peu de temps, séduite par le scénario (extrêmement soigné, intelligent et efficace), les acteurs et le ton de l’ensemble, qui rappelle les meilleurs productions de la chaîne.

George Mottershead vit dans un appartement au-dessus de l’épicerie de son père Albert, avec sa femme Lizzie et leurs deux filles Muriel et June. Il souffre de stress post-traumatique suite à son service dans l’armée durant la Première Guerre Mondiale, mais sa mère, la caractérielle Lucy est frustrée que son fils vive encore chez eux et veut que sa famille et lui déménagent. Sa famille commence à s’inquiéter de sa santée mentale lorsqu’elle apprend que George s’est rendu sur les docks et qu’il y a acheté un petit singe et un perroquet qui étaientsur le point d’être euthanasiés. George leur promet de vendre les animaux à un cirque mais finit par acquérir un chameau du nom de Sidney que les propriétaires du cirque étaient sur le point d’abattre.
Les trois animaux sont gardés dans la petite arrière cours de la famille. Mais pendant que certains voisins paient bien volontiers pour leur rendre une petite visite, l’épicerie, elle, perd ses clients …
En traversant le petit village d’Upton pour se rendre à Chester pour une réunion de l’armée, George tombe sur un beau manoir du nom d’Oakfield, qui est mis aux enchères. Pris d’une inspiration soudaine, il projette de convertir ce domaine en un zoo où les animaux ne seraient pas emprisonnés. Bien que sa famille se montre sceptique et que Lucy refuse catégoriquement l’idée, George obtient un prêt de 3000 £ à la banque. A la vente aux enchères, les Motterhead remportent le manoir d’Oakfield pour 3500 £ mais Albert doit vendre son épicerie et l’appartement… Poussés par l’enthousiasme et la passion de George, chacun commence peu à peu à croire à son rêve …
La famille s’installe bientôt à Upton mais décide de garder secret son projet aux habitants, du moins pendant les tout premiers mois. Malheureusement, le singe (que June a appelé Mortimer) s’échappe de sa cage et entre dans une boutique du village, causant la frayeur de la commerçante et par la même occasion, la méfiance et la rancoeur de certains habitants du village …
Our Zoo nous montre un autre visage de l’Angleterre des années 20, bien différent de celui de Downton Abbey ou Peaky Blinders mais tout aussi fascinant.
C’est une série familiale mais qui surprend par la qualité et la richesse de son script. On pense à Call the Midwife mais aussi un peu à Cranford avec cette petite communauté villageoise repliée sur elle-même, en proie à de terribles interrogations face au progrès et au changement. Cette série, ce n’est pas seulement le récit de la création d’un zoo, c’est aussi et peut-être avant tout l’histoire d’un homme qui réapprend à vivre. George Motterhead est un homme profondément blessé, traumatisé par la guerre mais qui retrouve un sens à son existence grâce aux animaux et à son désir profond de préserver la vie.
C’est très émouvant de voir de quelle manière, grâce à sa persévérance, son courage et son énergie, il entraînera toute sa famille – même les membres plus sceptiques  – dans son incroyable aventure. En souhaitant reprendre le modèle du zoo sans barrières de Hambourg, George est une sorte de révolutionnaire. Il se mettra alors à dos presque tous les habitants du village d’Upton, convaincus que son projet mettra en danger leur tranquillité et surtout leurs valeurs.
Comme toute bonne série-chorale qui se respecte, Our Zoo est portée par une galerie de personnages attachants et passionnants qu’on prend beaucoup de plaisir à suivre d’épisode en épisode.

L’opposition est incarnée par Mrs Radler, l’épicière revêche et par le révérent Aaron Webb (remarquablement incarné par Stephen Campbell Moore, comme toujours), une sorte de force tranquille mais qui n’en est pas moins hostile et menaçante.
Lee Ingleby, qui incarne le héros, est excellent et incarne avec fougue et une touchante vulnérabilité ce personnage passionné et idéaliste. Je ne connaissais pas cet acteur, pour moi c’est une vraie révélation.
Ravie aussi de retrouver d’autres acteurs bien connus du petit écran anglais à ses côtés (Peter Wight, Anne Reid et Liz White, repérée dans Life on mars).
Les filles Motterhead sont quant à elles interprétées par 2 jeunes actrices qui crèvent l’écran (et qu’il faudra suivre, à mon avis).
Sophia Myles campe quant à elle un superbe personnage de jeune aristocrate, qui vit recluse pour dissimuler un mystérieux passé. Notons aussi la présence d’un beau-frère volontaire et espiègle, d’un charmant petit facteur, d’un jeune médecin intègre (qui s’improvisera vétérinaire !) et d’une attachante réceptionniste.
Our Zoo offre de très belles scènes avec les animaux mais ne néglige pas pour autant l’aspect psychologique de ses personnages. C’est l’histoire d’un homme, qui se reconstruit grâce au soutien de sa famille mais aussi grâce à sa passion et à ses idéaux et des êtres qui gravitent autour de lui.
Même si la série se veut chaleureuse et optimiste, elle ne tombe pas dans le sentimentalisme. Le ton de l’ensemble m’a rappellée un peu les livres de Gerald Durell. On y retrouve un peu la même verve et le même humanisme.
Encore une excellente production signée par la BBC, une de plus !

War & Peace BBC 2016

War & Peace BBC 2016

Bien avant sa diffusion, cette adaptation alimentait déjà la polémique. Il faut dire qu’ Andrew Davies, le scénariste de Pride & Prejudice 95 et Bleak House (entre bien d’autres) aime, lorsqu’il « s’attaque » à un chef d’œuvre de la littérature,  faire  naître un doux parfum de scandale et de controverse, relayé ensuite allègrement par les médias britanniques. On parlait déjà de sexe de scènes ajoutées, d’inceste et j’en passe. Au final, c’est encore une fois beaucoup de bruit pour rien. Son scénario, et la série dans son ensemble, m’ont semblée de très grande qualité. Cette adaptation BBC se classe désormais parmi mes period dramas préférés, de ceux que je reverrai avec plaisir.

Co-produite par la Weinstein Company, la série a été proposée au public comme l’adaptation d’un grand classique pour une nouvelle génération. Même si on peut lui reprocher un petit côté racoleur, il y a quelque chose de vrai dans cette annonce …

La version télévisée de 2007 (la co-production franco-italo-allemande de Robert Dornhelm, avec Clémence Poesy dans le rôle de Natacha) a à mon avis, vieilli avant l’heure. Sentimentale (pour ne pas dire édulcorée) et réalisée de manière empesée et classique, elle proposait une mise en scène purement illustrative du roman et surtout, sans éclat. La version de la BBC est plus moderne, plus sombre, plus vivante et intense et selon moi, plus proche du roman de Tolstoï.

La qualité de la série doit, comme il se doit, beaucoup à son réalisateur. Tom Harper, âgé de seulement 35 ans, a travaillé sur bon nombre de séries télévisées. On lui doit notamment quelques épisodes de la série Peaky Blinders. Lorsque j’ai appris qu’il avait été choisi pour mettre en scène cet ambitieux projet, je partais naturellement avec un excellent à priori et il ne m’a pas déçue.Voilà un jeune réalisateur capable d’insuffler du rythme et du souffle à son récit et de nous offrir des plans soignés et travaillés. Tom Harper filme avec fluidité et une liberté assez exaltantes. Il y a de la symétrie et une parfaite ordonnance dans ses plans et en même temps, quelque chose de vif, d’animé qui emporte le spectateur. J’ai par exemple adoré les plans d’ouverture de ses épisodes, qui ont une dimension picturale (Napoléon, de dos, surplombant le champ de bataille dans le 1er épisode, ou encore la peinture orthodoxe lors du mariage de Pierre et Helen, dans le 2ème …). On sent que chaque plan est pensé, ordonné, rien n’est laissé au hasard mais cela ne diminue en rien la vivacité et le dynamisme qui imprègnent l’ensemble de sa mise en scène. La photographie est aussi un des grands atouts de cette nouvelle adaptation. z5444

Tom Harper a aussi une manière bien particulière de filmer ses héros. La première apparition de Pierre est mise en scène avec une volonté de le montrer comme un homme maladroit, pas tout à fait à sa place dans la bonne société de St Petersboug. La démarche de Paul Dano est empruntée, son pas lourd. Andrei, lui, est filmé tout d’abord, comme un homme qui observe ses contemporains avec une certaine distance, et un air de détachement qui peut passer pour de l’arrogance. Plus tard, lors de la bataille de Borodino, la caméra s’attardera sur lui pour mettre en valeur son courage, son charisme mais aussi le côté terrible et tragique de son personnage.

Lors de cette fête donnée chez Anna Pavlovna (jouée par Gillian Anderson, qui a plus un rôle de figuration ici que de composition) donnée dans le 1er épisode, le décor est parfaitement planté et les premiers enjeux dessinés. Avec un sens de l’économie et en même temps un certain bon goût esthétique, le réalisateur délivre une scène d’une symétrie parfaite.

Tom Harper se fait plaisir à de nombreuses reprises, en usant de plans larges parfaitement coordonnés (la bataille de Borodino est un vrai moment de bravoure) mais il se montrera tout aussi à l’aise dans les scènes plus intimes ou contemplatives.

La palme de l’interprétation revient pour moi à Paul Dano, qui livre une performance incroyablement solide. Il n’a pas le physique du Pierre décrit par Tolstoï mais cela ne l’a pas empêché d’avoir parfaitement su capturer l’âme du personnage. Vulnérable, sensible, peu sûr de lui mais aussi généreux et terriblement attachant, il a su restituer l’humanité de Pierre dans toute sa splendeur et fragilité.

z6556Les scènes que l’acteur partage avec James Norton font partie de mes préférées. La force du roman repose sur l’amitié et la dualité qui existent entre ces deux personnages, si radicalement opposés et en même temps si proches, et l’adaptation met en valeur leur relation d’une merveilleuse façon. Leur duo fonctionne parfaitement à l’écran.

James Norton est l’acteur le plus jeune qui ait joué Andréi jusqu’ici. C’est un acteur dont j’admire le travail depuis déjà quelques temps et qui ne cesse de me surprendre. Il offre ici une incarnation d’Andrei assez singulière et en même temps très fidèle à la description de Tolstoï. Sous ses traits, Andrei n’est pas l’aristocrate monolithique qu’on a pu voir dépeint dans les autres adaptations. C’est un homme fier, froid, qui peine à exprimer ses sentiments et surtout, d’un abord très peu aimable (contrairement à son ami Pierre, par exemple, qui se révèle tout de suite nettement plus sympathique). C’est aussi, au début du récit, un homme triste, dépressif même, qui s’ajuste mal à la société qui l’entoure, et qui semble avoir fait un mariage malheureux. Cynique, désenchanté, il observe le monde qui l’entoure dans la moindre illusion ni le moindre optimisme. La gloire militaire – et la mort – semblent constituer alors sa seule échappatoire. Le changement qui s’opère en lui d’épisode en épisode est saisissant. Même s’il exprime des sentiments et fait preuve d’une certaine émotivité, il garde toute la réserve, la dignité et la dureté qui siéent à son personnage.

z5454445Le choix de Lily James pour le rôle de Natacha a été vivement critiqué. Je dois dire, pour ma part, que l’actrice m’a plutôt convaincue. Dans les premiers épisodes de la série, elle incarne une héroïne encore en devenir, fraîche, lumineuse, innocente et très naïve. Elle gagne en maturité et en ambivalence par la suite et a réussi à m’émouvoir à de nombreuses reprises. Ce n’est sans doute pas son interprétation que je retiendrais le plus mais pour autant, je ne dirais pas qu’elle démérite face aux autres acteurs.

La série  n’est bien sûr pas dénuée d’un certain romantisme. Toute la partie où Andrei et Natacha tombent amoureux était comme une parenthèse enchantée, surtout au regard du reste de la série qui  est plus oppressante. J’ai apprécié qu’Andrew Davies et Tom Harper aient accordé aux deux héros des scènes très romantiques sans jamais tomber dans un sentimentalisme inapproprié. Il n’y a rien d’outrancier dans la façon de les filmer. La séquence du bal, forcément très attendue, est belle et sobre.

z5445Le reste de la distribution est tout aussi remarquable.  Je ne pourrais pas tous les citer alors je vais me contenter de trois noms : Jack Lowden (que je ne connaissais pas mais qui est tout à fait convaincant en Nikola Rostov), la merveilleuse Jessie Buckley (qui charme à chacune de ses apparitions) ou encore Tom Burke (l’un de mes chouchous british – encore un !) qui campe, avec le charisme qu’on lui connaît un Dolokhov délicieusement byronien.

J’ai également apprécié que certains des personnages mineurs puissent briller, chacun à sa façon. C’est le cas, notamment, de trois d’entre eux : Lise Bolkonsky, l’épouse esseulée d’Andrei, Tikhon, le valet du Prince Bolkonsky ou encore le formidable Denisof, un personnage solaire que le scénario d’Andrew Davies met bien en valeur.

La musique a été confiée au talentueux compositeur britannique Martin Phipps (dont je suis et adore le travail depuis Persuasion 2007). La bande son joue beaucoup sur le lyrisme et l’aspect sombre et ténébreux du récit, tout en offrant quelques pièces plus enlevées, lumineuses et joyeuses. Certaines des thèmes musicaux ont quelque chose de véritablement envoûtant et entêtant.zzzz

Même si la série s’est donnée les moyens de ses ambitions, le pari était risqué pour la BBC. On pourra bien lui reprocher sa brièveté, certains choix de mise en scène ou de costumes ou encore, comme je l’ai lu trop souvent, son côté résolument trop british  (critique absurde s’il en est) mais pour moi, le plaisir reste entier.

Guerre et Paix dresse des portraits de personnages faillibles, corrompus,  mais aussi pleins d’amour et d’espoir. Au cœur du récit, se trouvent trois jeunes héros de leur temps, avec des aspirations, des forces et des faiblesses qui leur sont propres. Et à travers eux sont évoquées des thématiques aussi riches que la famille, la politique, l’amour, la société, l’obsession de la gloire et de la guerre. La série restitue tout cela de manière très inspirée et rend un hommage vibrant  – et moderne – à ce grand roman russe. Une belle réussite de la part de la BBC, une fois encore !

Titine du blog « Plaisirs à cultiver » a aussi beaucoup aimé, vous pouvez lire son avis ici 🙂

 

He Knew he was right BBC 2004

He Knew he was right BBC 2004

L’œuvre  d’Anthony Trollope a très peu été adaptée à la télévision. Cette mini-série de 3 épisodes diffusée sur la BBC en 2004 a été, si je me souviens bien, ma première incursion dans l’univers de l’auteur.

Adaptée du roman du même nom (et qui compte pas moins de 900 pages) par le décidément très prolifique Andrew Davies, cette mini-série réunit Oliver Dimsdale (excellent mais trop peu présent sur les écrans à mon goût), Stephen Campbell Moore (un de mes acteurs british chouchous ), Laura Fraser, Christina Cole, Bill Nighy, Matthew Goode ou encore David Tennant. Et oui, rien que ça !

Moins célèbre que d’autres adaptations diffusées sur la chaîne, elle n’en est pas moins une très belle réussite.  Je la classe sans le moindre doute parmi mes period dramas favoris. J’y ai absolument tout aimé : de la mise en scène aux décors, en passant par la photo, la musique, les personnages ou encore le casting, les dialogues et le scénario. Après l’avoir visionnée, Anthony Trollope nous apparaît définitivement comme l’un des meilleurs peintres de la société victorienne.
He Knew He was right est un récit formidablement construit, où on suit les destinées (plutôt sentimentales) de plusieurs personnages. Au premier plan, il y a le jeune et séduisant Louis Trevelyan et son épouse, Emily. Il l’a rencontré lors d’un voyage et est rapidement tombé amoureux de cette jolie jeune femme, sprituelle et intelligente. Il a demandé sa main à son père, alors ambassadeur de Grande-Bretagne, le couple s’est ensuite installé à Londres. Le début nous montre un couple très heureux et amoureux. Mais bien sûr, comme on peut s’y attendre, le tableau de cette petite famille idyllique tend peu à peu à se fissurer. Les visites du Colonel Osborne, le parrain d’Emily et vieil ami de son père (incarné par un formidable Bill Nighy) se font de plus en plus fréquentes et insupportent Louis qui voit d’un très mauvais oeil que ce séducteur notoire s’approche aussi insidieusement de son épouse … Louis est quelqu’un de terriblement passionné et la jalousie le consumme inexorablement … Oliver Dimsdale est absolument remarquable dans le rôle de ce mari torturé. Il m’a beaucoup émue. Sa progression dans la folie est sidérante. On croit à ses tourments et même si on comprend peu à peu qu’il est paranoïaque et qu’on aimerait qu’il arrête de s’entêter de la sorte, on ne peut qu’être touché par son désarroi… Afficher l'image d'origine
Laura Fraser, qui joue son épouse, a été pour moi une révélation également. Son jeu, tout en nuances, est poignant. On ne peut que trembler à ses côtés et souhaiter qu’elle ait assez de force pour résister à l’adversité. Comme souvent chez Trollope, les personnages féminins sont très forts. Emily est une jeune femme entière, passionnée, qui ne peut en aucune façon accepter de compromis. C’est une épouse et une mère qui se voit accuser des pires tords mais qui garde néanmoins la tête haute. Il fallait une actrice talentueuse pour incarner une telle femme et Laura Fraser, en plus d’être magnifique, y parvient parfaitement ! Emily a une soeur cadette qui lui est dévouée, Nora (Christina Cole) et à son image, comme elle nous le prouve par la suite. Fille d’un ambassadeur, elle ne peut qu’épouser un beau parti. Mais elle est amoureuse de Hugh Stanbury (Stephen Campbell Moore), l’un des meilleurs amis de Mr Trevelyan, son beau-frère.
Hugh est un journaliste. Il vit de manière précaire, surtout après avoir appris que, du fait de sa position et de ses convictions sociales et politiques, il n’héritera rien de sa tante, l’acariâtre Jemima Stanbury (Anna Massey, excellente encore une fois). Mrs Stanburry est une riche veuve, capricieuse et caractérielle mais qui s’avèrera beaucoup plus déconcertante et imprévisible (dans le bon sens du terme) qu’on ne l’aurait pensé. Encore une corde à l’arc de Trollope : sa faculté à créer des personnages ambivalents et finalement très attachants. Mrs Stanburry est un personnage franchement inoubliable. Une lady prisonnière d’un carcan victorien mais tout de même capable de douceur et d’empathie.
Et puis, il y a aussi les soeurs de Hugh, les non moins attachantes Priscilla (impressionnante de cynisme) et Dorothy, qui ira vivre auprès de sa tante, Mrs Stanbury, et dont elle gagnera très vite l’affection. Nous faisons aussi la connaissance du révérend Gibson (David Tennant), ridicule s’il en est dans son rôle de briseur de cœurs. Afficher l'image d'origine

He Knew He was right mérite nettement plus d’échos qu’il n’en a reçus. Ses qualités réside dans toute une quantité d’aspects. Un grand soin est apporté à chaque détail. Les images sont lumineuses, la lumière impeccable, les décors savamment choisis (comme celui de la cathédrale du Somerset), les costumes exquis (tout particulièrement les robes d’Emily et de Nora qui sont du plus bel effet )… La mise en scène est tellement réussie que lorsque les personnages s’adressent au spectateur pour leur livrer quelques bribes de leurs pensées, il n’en est pas surpris. Tout se fait naturellement.

Décidément, les adaptations BBC n’ont pas fini de m’enthousiasmer ! He Knew he was right est une pépite qui a sa place dans toutes dvdthèques de period dramas qui se respectent.

Ma note  : luke5

 

 

The House of Eliott (BBC)

The House of Eliott (BBC)

Voici le premier d’une série de billets que je compte consacrer à mes period dramas anglais préférés. Il s’agit cette fois de quelque chose d’un peu ancien et surtout de méconnu 🙂

Je pensais, dans ma grande naïveté, avoir fait à peu près le tour des period dramas made in BBC de qualité et pas trop « poussiéreuses » … avant de découvrir une série absolument délicieuse du nom de The House of Eliott ! Créée par Jean Marsh et l’actrice Eileen Atkins (Cranford, Upstairs Downstairs, entre autres), elle a été diffusée de 1991 à 1994 et compte 3 saisons.

La série a rencontré un vif succès lors de sa diffusion et a marqué un tournant dans l’histoire des period dramas de la BBC, et ce, avant même le phénomène Pride & Prejudice 95.

The House of Eliott suit les aventures de 2 soeurs, Beatrice et Evangeline, à la suite du décès soudain de leur père, une figure aussi froide qu’autoritaire. Celui-ci s’étant considérablement endetté, les deux jeunes femmes se retrouvent à devoir chercher un emploi. Mais c’est une tâche bien difficile car elles n’ont jamais fréquenté la société et n’ont pas de qualifications professionnelles à proprement parler. Beatrice envisage, bien malgré elle, de devenir la dame de compagnie d’une vieille aristocrate et Evangeline projette de travailler comme partenaire de danse dans un salon privé mais se voit vite obligée d’y renoncer à cause de l’interdiction formelle d’Arthur, son cousin et tuteur.
Nous sommes dans les années 20. Un vrai courant féminisme souffle alors sur l’Angleterre, nos deux héroïnes tentent tant bien que mal de s’émanciper. Elles sont courageuses et travailleuses et l’ambition ne leur fait pas défaut. Mais leur tante et surtout leur cousin (qui abuse quelque peu de son pouvoir de chef de famille) ne voient pas les choses de cette manière.
Mais grâce à leurs caractères bien trempés et leurs fortes personnalités, Beatrice et Evangeline parviennent peu à peu à faire leur chemin dans le monde, en commençant par trouver un emploi qui leur convient et à se faire un petit cercle d’amis. Ayant vécu comme des recluses pendant des années dans la demeure familiale, elles n’ont qu’un souhait : s’ouvrir au monde.
Evangeline se fait une amie féministe et très engagée dans le social, Penelope. Celle-ci offre aux deux soeurs la possibilité de travailler comme assistante du photographe renommé, Jack Maddox, son frère …
Ce personnage séduisant et charmeur, à l’humour et au talent artistique reconnu, leur ouvre alors les portes de soirées mondaines auxquelles elles n’étaient guère habituées jusqu’ici. Mais avant de penser à l’amour, Beatrice et Evangeline ont un rêve à réaliser : celui de devenir des couturières professionnelles et peut-être même de travailler à leur compte …

La série est très riche, aussi bien en rebondissements que dans son écriture en elle-même. Les personnages sont formidablement bien incarnés, grâce au talent des acteurs bien sûr, mais aussi à celui des scénaristes qui ont fait un travail remarquable. Bea et Evie ont toutes les deux beaucoup de personnalité et c’est un vrai plaisir de les suivre dans leur chemin personnel et professionnel.

Autour des soeurs Eliott, gravite un groupe de personnages secondaires tout aussi intéressants. Je pense notamment à Penelope, leur amie idéaliste et engagée, à Tilly, la jeune couturière sortie des bas-fonds de Londres, à Daphné, la « bright young thing » dans toute sa splendeur et décadence, à Arthur, le cousin autoritaire, à leur tante Lydia, agaçante mais peu à peu touchante, et bien sûr à Jack Maddox, le photographe qui rêve de faire du cinéma et qui soutiendra les soeurs coûte que coûte, au point de tomber amoureux de l’une d’entre elles. Aucun d’entre eux n’est une caricature et tous peuvent nous réserver des surprises.
La série a réussi à trouver un compromis entre romanesque et réalisme. Le récit est plein d’intrigues et de rebondissements mais ne se révèle jamais comme un « soap en costumes ». La série est glamour tout en restant sobre. Elle est aussi très chaleureuse car on se sent proche des personnages et de leurs préoccupations.
Qu’on soit ou non passionné par la mode, on assiste avec un intérêt grandissant aux aventures des soeurs Eliott. On ne peut qu’admirer leur volonté d’émancipation et leur détermination, être peiné par leurs déconvenues et désillusions et bien sûr se réjouir de leurs réussites professionnelles. Afficher l'image d'origine
Pendant 12 épisodes, on entre dans l’intimité de deux personnages féminins aussi fascinants qu’attachants et par la même occasion, on découvre un peu l’univers de la mode et de la couture et la société anglaise des années 20. Rien que pour ça, cette série vaut le détour ! De plus, un vrai soin a été apporté aux décors et aux costumes mais ce n’est pas une surprise. On parle de la BBC après tout.
Et pour finir, je dirais qu’ une mini-série BBC sur fond de musique fox trot, ce n’est pas si courant !

 

Ma note : luke5