Our Zoo BBC 2014

Our Zoo BBC 2014

Our Zoo est une série de 6 épisodes diffusée sur la BBC en 2014. Ce period drama s’inspire de l’histoire de la famille Motterheard qui, malgré une opposition farouche et de grands sacrifices personnels, a fondé le Zoo de Chester à la fin des années 20. Le scénariste de la série est Matt Charman, un dramaturge acclamé.
Intriguée par les très bonnes critiques que la série a obtenues de la part du public et de la critique (la presse a été très élogieuse à son sujet), je me suis lancée dans cette nouvelle série, sans forcément être une grande passionnée ni connaisseuse du sujet. J’ai regardé les 6 épisodes en très peu de temps, séduite par le scénario (extrêmement soigné, intelligent et efficace), les acteurs et le ton de l’ensemble, qui rappelle les meilleurs productions de la chaîne.

George Mottershead vit dans un appartement au-dessus de l’épicerie de son père Albert, avec sa femme Lizzie et leurs deux filles Muriel et June. Il souffre de stress post-traumatique suite à son service dans l’armée durant la Première Guerre Mondiale, mais sa mère, la caractérielle Lucy est frustrée que son fils vive encore chez eux et veut que sa famille et lui déménagent. Sa famille commence à s’inquiéter de sa santée mentale lorsqu’elle apprend que George s’est rendu sur les docks et qu’il y a acheté un petit singe et un perroquet qui étaientsur le point d’être euthanasiés. George leur promet de vendre les animaux à un cirque mais finit par acquérir un chameau du nom de Sidney que les propriétaires du cirque étaient sur le point d’abattre.
Les trois animaux sont gardés dans la petite arrière cours de la famille. Mais pendant que certains voisins paient bien volontiers pour leur rendre une petite visite, l’épicerie, elle, perd ses clients …
En traversant le petit village d’Upton pour se rendre à Chester pour une réunion de l’armée, George tombe sur un beau manoir du nom d’Oakfield, qui est mis aux enchères. Pris d’une inspiration soudaine, il projette de convertir ce domaine en un zoo où les animaux ne seraient pas emprisonnés. Bien que sa famille se montre sceptique et que Lucy refuse catégoriquement l’idée, George obtient un prêt de 3000 £ à la banque. A la vente aux enchères, les Motterhead remportent le manoir d’Oakfield pour 3500 £ mais Albert doit vendre son épicerie et l’appartement… Poussés par l’enthousiasme et la passion de George, chacun commence peu à peu à croire à son rêve …
La famille s’installe bientôt à Upton mais décide de garder secret son projet aux habitants, du moins pendant les tout premiers mois. Malheureusement, le singe (que June a appelé Mortimer) s’échappe de sa cage et entre dans une boutique du village, causant la frayeur de la commerçante et par la même occasion, la méfiance et la rancoeur de certains habitants du village …
Our Zoo nous montre un autre visage de l’Angleterre des années 20, bien différent de celui de Downton Abbey ou Peaky Blinders mais tout aussi fascinant.
C’est une série familiale mais qui surprend par la qualité et la richesse de son script. On pense à Call the Midwife mais aussi un peu à Cranford avec cette petite communauté villageoise repliée sur elle-même, en proie à de terribles interrogations face au progrès et au changement. Cette série, ce n’est pas seulement le récit de la création d’un zoo, c’est aussi et peut-être avant tout l’histoire d’un homme qui réapprend à vivre. George Motterhead est un homme profondément blessé, traumatisé par la guerre mais qui retrouve un sens à son existence grâce aux animaux et à son désir profond de préserver la vie.
C’est très émouvant de voir de quelle manière, grâce à sa persévérance, son courage et son énergie, il entraînera toute sa famille – même les membres plus sceptiques  – dans son incroyable aventure. En souhaitant reprendre le modèle du zoo sans barrières de Hambourg, George est une sorte de révolutionnaire. Il se mettra alors à dos presque tous les habitants du village d’Upton, convaincus que son projet mettra en danger leur tranquillité et surtout leurs valeurs.
Comme toute bonne série-chorale qui se respecte, Our Zoo est portée par une galerie de personnages attachants et passionnants qu’on prend beaucoup de plaisir à suivre d’épisode en épisode.

L’opposition est incarnée par Mrs Radler, l’épicière revêche et par le révérent Aaron Webb (remarquablement incarné par Stephen Campbell Moore, comme toujours), une sorte de force tranquille mais qui n’en est pas moins hostile et menaçante.
Lee Ingleby, qui incarne le héros, est excellent et incarne avec fougue et une touchante vulnérabilité ce personnage passionné et idéaliste. Je ne connaissais pas cet acteur, pour moi c’est une vraie révélation.
Ravie aussi de retrouver d’autres acteurs bien connus du petit écran anglais à ses côtés (Peter Wight, Anne Reid et Liz White, repérée dans Life on mars).
Les filles Motterhead sont quant à elles interprétées par 2 jeunes actrices qui crèvent l’écran (et qu’il faudra suivre, à mon avis).
Sophia Myles campe quant à elle un superbe personnage de jeune aristocrate, qui vit recluse pour dissimuler un mystérieux passé. Notons aussi la présence d’un beau-frère volontaire et espiègle, d’un charmant petit facteur, d’un jeune médecin intègre (qui s’improvisera vétérinaire !) et d’une attachante réceptionniste.
Our Zoo offre de très belles scènes avec les animaux mais ne néglige pas pour autant l’aspect psychologique de ses personnages. C’est l’histoire d’un homme, qui se reconstruit grâce au soutien de sa famille mais aussi grâce à sa passion et à ses idéaux et des êtres qui gravitent autour de lui.
Même si la série se veut chaleureuse et optimiste, elle ne tombe pas dans le sentimentalisme. Le ton de l’ensemble m’a rappellée un peu les livres de Gerald Durell. On y retrouve un peu la même verve et le même humanisme.
Encore une excellente production signée par la BBC, une de plus !

Happy Valley, un conte made in Yorkshire (BBC 2014)

Happy Valley, un conte made in Yorkshire (BBC 2014)

Dans une petite bourgade au milieu des vallées du Yorkshire, un enlèvement tourne mal. Le lieutenant Catherine Cawood est en charge de cette affaire qui coïncide avec la sortie de prison et le retour en ville de l’homme qu’elle juge responsable du suicide de sa fille 8 ans plus tôt… Cette enquête la replonge dans un passé très sombre, et devient rapidement une affaire personnelle.

Retour en 2014 … Intriguée par les bonnes critiques qu’elle a reçues, j’ai eu envie de me plonger dans cette série policière scénarisée par la talentueuse Sally Wainwright. J’ai bien fait car elle s’est rapidement imposée à moi comme l’une des meilleures séries anglaises que j’ai vues ces dernières années.

est bien connue des téléspectateurs anglais puisqu’on lui doit 2 récents gros succès, la série policière et le drama familial Last Tango in Halifax. Je l’avais découverte pour ma part quelques années plus tôt avec Sparkhouse, une série qui proposait une relecture moderne des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë (un auteur qui lui est très cher) et surtout avec un autre thriller, le superbe Unforgiven, avec la brillante Suranne Jones, en 2009.
Afficher l'image d'origineJ’ai trouvé Happy Valley palpitante de bout en bout. La narration de la série est puissante.  Lorsqu’on suit le parcours de notre héroïne, on a l’impression qu’on est en train de nous raconter un conte terrible, comme ceux des frères Grimm. L’intrigue commence un peu comme le Fargo des frères Cohen (d’ailleurs, la chevelure blonde peroxydée de Tommy Lee Royce – le némésis de l’héroïne incarné par James Norton – est une référence assez explicite à ce film) mais se révèle finalement bien différent et résolument plus anglais.
La série prend la forme d’un conte cruel et très noir, celui de la monstruosité mais aussi du crime ordinaire. Elle est construite comme un dédale, d’où l’héroïne (pleine de larmes et de fureur mais aussi de force) doit sortir. Chacun des personnages (même minime) a un rôle à jouer dans le récit et participe, chacun à sa manière, au déroulé de l’intrigue.
Le décor fait partie intégrante du récit. Il y a vraiment quelque chose d’unique dans la région du Yorkshire et la série la met très bien en valeur.

Afficher l'image d'origineLa tonalité de la série est très sombre mais on y trouve aussi de la lumière et un vrai élan d’espoir, à travers cette figure de femme lieutenant engagée et déterminée à faire son métier et à protéger sa famille. Catherine Cawood est une femme de tête, une héroïne fière, altière et audacieuse mais qui connaît aussi des instants de vulnérabilité absolument désarmants.

Elle se retrouve souvent en conflit avec sa hiérarchie qui est assez largement dépassée par la situation. Il faut dire que c’est elle qui est au cœur de la vallée, sur le terrain,  confrontée aux  trafics de drogue à petite ou grande échelle et qui est plus à même de voir ce qui se trame.

Elle forme un duo très solide avec sa sœur, Clare, incarnée par la non moins formidable Siobhan Finneran (qui a quitté Downton Abbey pour cette série, et ce n’est certainement pas moi qui vais l’en blâmer !). Les scènes qu’elles partagent offrent certains des meilleurs moments de la série. Afficher l'image d'origine

Sarah Lancashire et James Norton ont bien mérité leurs nominations aux BAFTA pour leurs superbes interprétations. L’actrice principale s’est emparée de son personnage avec une force et une implication qui forcent l’admiration. Je l’ai aimée dans des period dramas (Lark Rise to Candleford, The Paradise …), ici, elle surprend dans un registre on ne peut plus différent.

Dans une interview donnée juste après le début de la diffusion de la série, James Norton déclarait avec humour que depuis son rôle dans cette série, 8 millions d’anglais devaient le détester. Quel terrible personnage l’acteur incarne ici ! Il endosse ce rôle avec une sobriété et une subtilité qui touchent au minimalisme le plus efficace et effroyable. Tour à tour tout puissant, manipulateur, arrogant, vaniteux, pathétique et vulnérable, il se révèle être l’un des méchants les plus terrifiants et fascinants que j’ai pu voir sur le petit écran.

Afficher l'image d'origineAu début, il est surtout vu comme une ombre menaçante, le « big bad » par excellence, le Bogeyman du conte en quelque sorte. Il paraît complètement détraqué et presque hors normes face aux autres « méchants » qu’ils côtoie. Ses « acolytes » sont davantage dépeints comme des personnages médiocres, faibles, qui ont fait les mauvais choix mais qui ne sont certainement pas aussi psychotiques et incontrôlables que lui …
Steve Pemberton  est lui aussi tout à fait excellent, dans un rôle très peu glorieux.

Happy Valley est loin d’être uniquement une série policière. Sally Wainwright a choisi d’inscrire son récit en marge de ce que le genre propose habituellement et de se défaire des codes et des procédés narratifs qui lui sont propres. Elle a réussi à dissocier le suspens inhérent au thriller de toute volonté d’érotisation de la violence à l’encontre des femmes. Le point de vue adopté n’est pas celui du criminel. Ce qu’il fait n’est jamais montré comme quelque chose d’excitant. Le viol n’est pas mis en scène et n’est jamais moteur de l’intrigue, et la violence ne se fait jamais gratuite.

Le suspens et le souffle narratif de la série reposent plutôt sur la psychologie et les relations entre les personnages (dans le cercle familial  ou au travail par exemple), et sur l’évolution et le parcours tortueux de ses héros.

Afficher l'image d'origineLa mise en scène est soignée et efficace et le scénario imbriqué est construit de manière tout à fait magistrale. De par sa forme très maîtrisée et son sujet passionnant (un drame intime et social), Happy Valley s’est révélé pour moi un drama essentiel,  dramatique et troublant mais aussi profondément féministe.

Forte de son succès, la série est revenue cette année pour une 2ème saison. J’ai vu les 2 premiers épisodes (sur les 6) et pour l’instant, je suis conquise une fois encore. Sally Wainwright  a l’air de nous réserver encore bien des surprises …

La bande-annonce de la saison 1 (qui reprend le générique de la série, le Trouble Town de Jake Bugg):

 

Ma note (si j’avais pu ajouter une tasse Luke’s, je l’aurais fait) : luke5