Bug (avec James Norton & Kate Fleetwood), une pièce hors normes …

Bug (avec James Norton & Kate Fleetwood), une pièce hors normes …

J’ai eu la chance de voir la pièce Bug à Londres la semaine dernière et je l’ai trouvée exceptionnelle.
La pièce de l’américain de Tracy Letts est étrange. Si je devais la décrire, je dirais qu’il s’agit d’un conte très noir et d’un thriller plein de suspens sur la passion et la paranoïa. Le théâtre est le Found 111, qui se trouve au 111, Charing Cross Road, un endroit pour le moins étrange, presque lugubre. On passe à côté sans le remarquer et pourtant, je pense qu’il est en passe de devenir the place to be pour tous les acteurs et metteurs en scène audacieux.
Le bar du théâtre a une atmosphère très particulière, très intime, presque hors du temps. Il faut monter plusieurs volées de marches avant d’atteindre la salle. On a réussi à avoir des places au premier rang. Les acteurs étaient donc à quelques centimètres de nous et c’était une expérience pour le moins inoubliable !
Pendant près de 2h, nous sommes au plus près de l’action, dans une chambre d’hôtel miteuse, dans l’Oklahoma, et plongés dans une atmosphère à la fois claustrophobique et électrique.
Kate Fleetwood est Agnes, une serveuse solitaire et James Norton, Peter, un jeune homme étrange et mystérieux, presque toujours sur ses gardes. Peter est présenté à Agnes par son ami lesbienne RC (Daisy Lewis, vue dans Downton Abbey). Le petit groupe se met à boire et très vite, une connivence très intime s’installe entre Agnes et Peter. En peu de temps, ils deviennent très proches. Ils souffrent tous les deux de solitude. Agnes a perdu son petit garçon il y a des années et vit dans la peur du retour de son ex-mari violent et Peter se montre très vite attachant, par sa vulnérabilité, son étrangeté et sa douceur. Ces deux âmes en perdition semblent s’être trouvées.
Agnes est bouleversée par la présence de Peter, elle est touchée par ce jeune homme tourmenté et perdu, qui a plus que tout besoin d’être protégé et apaisé.
Mais à mesure que leur relation prend forme, un certain sentiment d’effroi, qui semble imprégner chaque coin de la chambre s’intensifie.
Peter, un vétéran de la guerre du Golfe traumatisé, voit des petites bêtes partout. Il se met tout d’abord à retourner toute la literie car il croit que ce sont des punaises de lit.  Mais très bientôt, il voit ces bestioles ramper partout sur lui et est persuadé qu’elles s’infiltrent sous sa peau, dans ses dents … Pour lui, ce ne sont pas des insectes ordinaires mais bien les instruments d’une terrible expérience gouvernementale chargée de l’espionner et de l’analyser. Agnes est désemparée de voir l’homme dont elle est tombée amoureuse souffrir ainsi. Elle l’aide du mieux qu’elle peut mais les théories de Peter s’emparent de son esprit, et les insectes l’attaquent aussi ….
Bug prend tout d’abord la forme d’un drame sur la perte d’un enfant, et le chagrin qui s’ensuit, mais aussi sur la maltraitance et la violence. Malgré sa noirceur, la pièce est teintée d’un humour féroce, qui s’apparente à la comédie noire. On rit de l’absurde de la situation mais aussi de la fragilité et de la terrible humanité des personnages. L’interprétation des acteurs est absolument remarquable. Ils sont tous d’une énergie incroyable, à la fois fébrile et intense. Ils se livrent corps et âme. On est face à de véritables performers (Peter, désespéré, s’agite de tous côtés, est secoué de spasmes jusqu’à l’épuisement, se met à s’arracher une dent avec une pince pendant ce qui semble être plusieurs longues minutes … ) mais en plus d’être très physiques les prestations des acteurs sont extrêmement nuancées. La pièce est d’une grande richesse narrative et il en est de même de la variété des sentiments et émotions qui s’emparent des deux héros pendant ce récit en huit clos.
En prenant la forme du thriller psychologique et d’une histoire d’amour passionnée et étrange, Bug offre aussi une réflexion tout à fait intéressante sur le traumatisme, l’invasion de la sphère privée, la surveillance à outrance, l’impact de la technologique sur notre part d’humanité etc. On sourit, on rit, on s’émeut, on crie et on sort un peu sonné de la représentation, impressionné par la qualité de l’écriture et de la mise en scène mais aussi par la prestation d’acteurs si brillants.
A tous points de vue, la pièce joue sur un équilibre précaire mais à aucun moment, elle ne faiblit. J’ai pris une claque, presque littéralement.
On a eu la chance de rencontrer James Norton à la fin de la représentation, et on a échangé un peu avec lui. Il n’aurait pas pu être plus souriant et chaleureux !