La mort s’invite à Pemberley, l’adaptation BBC

La mort s’invite à Pemberley, l’adaptation BBC

Koba a eu la bonne idée d’éditer le dvd de la mini-série BBC adaptée du roman policier La mort s’inviPemberleyte à Pemberley. De quoi ravir les fans de Jane Austen parce qu’il s’agit d’une suite d’Orgueil et Préjugés mise en scène avec beaucoup de modernité et de panache par la BBC, qui nous propose (cela devient une habitude !) une production en costumes de qualité !
J’ai trouvé l’adaptation meilleure que le roman, les enjeux m’ont semblée mieux dessinés, les personnages mieux incarnés (le casting y est clairement pour quelque chose  ) et l’ensemble plus palpitant. La mise en scène est élégante et le suspens bien dosé (le format de 3 épisodes est idéal). Et j’ai trouvé les petites doses d’humour bienvenues. Quelle bonne idée d’avoir fait venir Mr et Mrs Bennet à Pemberley !
Comme j’ai pas mal de choses à dire au sujet de cette mini-série, je vais procéder par ordre et commencer par aborder les points négatifs (qui sont peu nombreux) :
– Je n’aime pas tellement ce qu’ils (les scénaristes, et PD James avant eux) ont fait du Colonel Fitzwilliam. Le personnage a été complètement dénaturé pour servir l’intrigue. Le personnage de Jane Austen est solaire, jovial, d’un bon tempérament et d’un abord facile. Ici, il est grave, sérieux, calculateur, secret et même un peu torturé. Je veux bien croire que tous les personnages -même les plus sympathiques – puissent avoir une part d’ombre mais là, je trouve que ça ne colle pas … L’acteur, Tom Ward, est très bon par contre.
– Je chipote peut-être mais Lizzy, ici, ne fait pas assez maîtresse de Pemberley pour moi. Je n’ai rien à redire au sujet de la prestation d’Anna Maxwell Martin, mais j’aurais aimé la voir un peu mieux habillée et coiffée. Les autres héroïnes (Georgiana et Lydia) sont très élégantes, je n’arrive pas à comprendre pourquoi Elizabeth arbore la même robe turquoise du début à la fin (ou presque, il me semble qu’elle change de tenue pour recevoir Lady
Catherine   ). Ce n’est qu’un détail physique mais je trouve ça assez impardonnable dans la mesure où le reste de la production (costumes, décors …) est extrêmement soigné.
– les flash backs : enfin, un seul m’a tout particulièrement dérangé. Je ne suis pas contre l’idée de voir Lizzy se rappeler la première demande en mariage de Darcy. C’est un moment clef de sa vie et au regard de ce qui se passe dans son mariage, il semble assez naturel qu’elle se replonge dans ce souvenir mais pourquoi l’avoir mis en scène de cette façon ? Il ne me semble pas qu’Elizabeth et Darcy se promenaient lorsque celui-ci a fait sa demande et pourquoi avoir écourté la scène de cette manière ?   C’est une scène qui est resté dans les esprits, pourquoi la dénaturer de cette façon ? Ca sonne tellement faux …
– une autre petite incohérence que j’aimerais souligner : la gouvernante Mrs Reynolds m’a semblée bien trop jeune. Il s’agit de la même qui a vu grandir Darcy ? J’ai un peu de mal à le croire …

Je vais maintenant passer aux aspects positifs. Comme vous pourrez le constater, un certain nombre de choses m’ont charmée dans cette production :

– le Darcy de Matthew Rhys : il y a encore quelques jours, je ne pensais pas écrire une chose pareille ! Je n’ai pas été au bout de mes surprises avec cette mini-série ! J’ai trouvé l’acteur excellent et plutôt charismatique. Pour moi, il a presque toutes les caractéristiques d’un Darcy. Il est fier et autoritaire (même s’il lui arrive de forcer un peu trop la voix, parfois   ), je l’ai trouvé très crédible en Maître de Pemberley. On sent qu’en tant que propriétaire de terres et d’un domaine, beaucoup de responsabilités reposent sur ses épaules. Lorsque des failles apparaissent dans sa relation avec Elizabeth, on retrouve le Darcy qui manque d’assurance et de confiance en lui et qui se referme dans sa coquille. Je trouve son comportement très crédible. L’acteur joue très bien le malaise qui s’est emparé de son personnage. Darcy a peur du scandale mais craint aussi de ne pas être à la hauteur. Revoir Wickham réapparaître dans sa vie le trouble et fait resurgir de vieilles rancoeurs …
Si j’ai beaucoup apprécié son Darcy dans cette adaptation, je n’irai pas forcément jusqu’à dire que j’aimerais le voir dans une vraie adaptation du roman de Jane Austen. Comme l’a dit Matthew Rhys dans une interview – de manière très honnête d’ailleurs, son Darcy n’est pas tout à fait le même que celui que nous connaissons.
En tous cas, j’aime beaucoup la voix et le sourire de l’acteur
– l’alchimie entre Darcy et Lizzy : l’un des aspects les plus réussis de cette mini-série pour moi. Le choix des acteurs ne plaira pas à tout le monde, c’est certain mais personnellement, j’ai trouvé leur couple crédible et touchant.

– Jenna Coleman en Lydia : irrésistible de drôlerie et de vanité. La scène où elle confie à Hardcastle que Denny était sans doute amoureux d’elle car il ne lui témoignait jamais d’affection déplacée était très drôle. Et Mrs Bennet qui en rajoute une couche … ces deux là sont vraiment incorrigibles    La scène où Elizabeth se sert d’elle pour faire partir Lady Catherine m’a fait sourire aussi. Et j’ai également beaucoup apprécié celle où Lydia confie à sa sœur qu’elle préfère apprendre que Wickham l’a trompée par les commérages : « No. I’d far rather hear it from the gossips. Then I can pack them away with the contempt they deserve« . Bien dit, Lydia !

– Matthew Goode ! Je crois pouvoir dire qu’il a incarné le Wickham le plus séduisant qu’il nous ait été donné de voir !   Ceci dit, même si j’ai trouvé sa prestation fort convaincante, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que c’était un peu du gâchis de voir ce superbe acteur jouer un type aussi minable. Ceci dit, il le fait très bien mais je ne boude pas mon plaisir !

– Mr Bennet ! Alors, là, je suis fan !   Mon petit cœur de Janeite jubilait à chacune de ses apparitions. La scène où il se réfugie dans la bibliothèque de Pemberley alors que sa femme le cherche désespérément est si proche que ce que Jane Austen aurait pu écrire (d’ailleurs, il me semble qu’elle a écrit quelque chose d’analogue dans l’épilogue de Pride & Prejudice, il faudrait que je vérifie …) !

James Fleet est génial. Même si son rôle est assez restreint dans cette adaptation, il incarne Mr Bennet d’une très belle façon. Ses instants de complicité avec Elizabeth font pour moi parti des plus beaux moments de la mini-série.
– Les acteurs secondaires : quelle belle brochette quand même ! Mentions spéciales à Henry Alveston (j’aime bien son personnage de jeune avocat idéaliste – on comprend aisément pourquoi Georgiana le préfère au Colonel   ) et à Hardcastle (cet homme a une poigne de fer !). L’actrice qui joue Lady Catherine est elle aussi tout à fait excellente.
– Les aspects sombres de l’intrigue m’ont semblée très bien traités : que ce soit la scène de la pendaison de l’enfant dans le premier épisode (qui fait terriblement froid dans le dos  ), que celle de la rencontre avec le pseudo-fantôme ou encore celle du procès de Wickham. L’atmosphère inquiétante est très bien rendue.

– l’ensemble de la production (costumes, décors, musique, photographie) : Chatworth / Pemberley est incroyablement bien mis en valeur et remarquablement filmé. Il en va de même pour les abords de la propriété …

Pour moi, cette adaptation est une production de qualité. Quelques petits détails m’ont dérangée mais ce n’est pas grand chose au regard de tout ce qui m’a séduit. Le mystère autour du crime du capitaine Denny et de la dame en violet était très bien orchestré mais le plaisir réside avant tout dans les retrouvailles avec des personnages et un univers qui me sont chers.

A noter également que certains jeunes acteurs très en vogue en ce moment apparaissent dans cette production : Jenna Coleman bien sûr (vue dans Doctor Who et plus récemment dans la série Victoria), Eleanor Tomlinson (qui a vu sa côte de popularité monter depuis le succès de Poldark) ou encore le toujours excellent James Norton (Grantchester, Happy Valley, War & Peace).

Le coffret DVD est sorti le 12 octobre, n’hésitez pas à vous l’offrir ou l’offrir aux janeites de votre entourage ! Il a tout à fait sa place dans une austenthèque qui se respecte !

Je vous laisse avec la bande-annonce de Koba :

L’histoire de Miss Kitty de Beatrix Potter et Quentin Blake

L’histoire de Miss Kitty de Beatrix Potter et Quentin Blake

« Frank l’Efflanqué surgit soudain d’un terrier, poursuivi par un robuste lapin d’âge mûr en veste bleue. Ce dernier lui enfonçait violemment et douloureusement un parapluie dans le dos. » La découverte d’un conte inconnu de Beatrix Potter, au comique tonique et malicieux, qui n’attendait que Quentin Blake pour être illustré ! La rencontre idéale de deux génies.

L’Histoire de Miss Kitty est sortie le 3 octobre chez Gallimard jeunesse dans une édition « de luxe ». J’ai découvert cette histoire inédite de Beatrix Potter illustrée par le grand Quentin Blake avec beaucoup de plaisir. Je le conseillerais à ceux qui ne connaissent pas encore Beatrix Potter mais peut-être encore plus aux lecteurs qui affectionnent son travail. On retrouve bien dans ce conte facétieux tout ce qui fait son univers : un savoureux mélange d’humour et de tendresse, de la dérision toute british et en prime, quelques uns de ses personnages les plus emblématiques font des apparitions remarquées au cours du récit : l’élégant Pierre Lapin et sa veste bleue (un Pierre plus âgé et au ventre bien rebondi), Mme Piquedru, la gentille lingère et le redoutable Mr Tod, le renard.

L’héroïne de cette histoire est Miss Kitty (ou plutôt Miss Catherine St Quintin), une petite chatte noire intrépide qui mène une double vie. Quand elle n’est pas la petite chatte sérieuse et bien élevée d’une affectueuse vieille dame, Kitty part à la chasse armée de sa carabine et habillée comme un gentleman, et se sert d’un de ses amies comme couverture ! Le problème, c’est que malgré son enthousiasme, Kitty connaîtra quelques déboires et fera de mauvaises rencontres dans la forêt.

Beatrix Potter a écrit ce récit à la veille de la première guerre mondiale mais n’a jamais pu le retravailler. Et une seule illustration subsiste. Quentin Blake, l’un de ses plus grands admirateurs, a repris le flambeau. Le décalage entre le conte et le style de Blake est intéressant. Leurs pattes sont différentes et pourtant, on y retrouve la même malice et la même poésie. On sent tout l’amour et le respect que l’illustrateur voue à Beatrix Potter dans chacun de ses dessins mais aussi dans l’introduction très émouvante qu’il a rédigée. Quand deux génies de la littérature se croisent, ça donne une petite gourmandise savoureuse, à offrir et à partager.

Après avoir beaucoup aimé Mary Reilly, j’ai lu avec plaisir le dernier roman en date de Valerie Martin, sorti en mars dernier chez Albin Michel.

En 1872, le navire marchand Mary Celeste est retrouvé dérivant au large des Açores. Le bateau est intact, sans aucune trace de violence mais l’équipage a disparu. Benjamin Briggs, le capitaine, son épouse Sarah et leur petite fille, de même que les marins, n’ont jamais été retrouvés.
Ce mystère est au centre de cette narration complexe et tumultueuse qui repose sur trois trames aux temporalités différentes.
Cette tragédie a hanté le public victorien pendant de nombreuses années. Lors d’un voyage pour l’Afrique, un baroudeur écrivain en herbe, le jeune Arthur Conan Doyle, entend parler de cette histoire et décidera quelques années plus tard de lui consacrer une nouvelle toute romanesque.
L’intérêt du grand public pour ce mystère coïncide également avec l’émergence d’une ferveur troublante et inédite en Amérique : le mouvement spiritualiste, très en vogue dans les salons américains, notamment à Philadelphie et à Boston. L’énigmatique et fascinante Violet Petra occupe une place importante sur cette scène, les riches mondains se disputant ses talents de médium. Phoebe Grant, une journaliste rationnelle et indépendante d’esprit doit la rencontrer pour essayer de percer le mystère qui l’entoure.

Le roman repose donc sur trois intrigues imbriquées. Le récit autour du bateau fantôme et de la famille de navigateurs frappée par la tragédie de génération en génération est le point de départ et donne naissance à deux autres narrations. La première concerne Arthur Conan Doyle, qui s’apprête à devenir l’un des auteurs les plus célèbres et adulés de son temps et la seconde concerne la figure de Violet Petra, une femme insaisissable, et avec elle, la montée en puissance d’une toute nouvelle ferveur religieuse, qui fascinera d’ailleurs grandement le créateur de Sherlock Holmes.

A travers des extraits de journaux, des lettres, une narration éclatée mais structurée et un voyage maritime et temporel, ces trois intrigues convergent pour former un récit ample, portant sur des thèmes aussi variés que l’obsession de la mort et de l’au delà, les légendes, les esprits, le deuil, la vie en mer et le statut de la femme.

Les lecteurs qui s’attendent à un récit spéculatif sur le mystère de la Mary Céleste ou à un thriller seront sans doute déçus. Contrairement à ce que laisse présager son titre, ce roman ne porte pas, à proprement parler en tous cas, sur le mystère du fantôme de la Mary Céleste, et pourtant, celui-ci hante chacune de ses pages. Il se consacre bien davantage aux conséquences de la tragédie et à l’affect de ses personnages. C’est un récit de mer bien sûr mais aussi un roman historique et social, qui explore, de manière assez captivante, le XIXème siècle victorien, entre les Etats-Unis et l’Angleterre.

Quelques années après Mary Reilly, Valerie Martin livre une fois encore un roman où l’amour de la littérature transparaît de manière très forte. Elle cite d’ailleurs, entre bien d’autres auteurs, Mrs Gaskell et Mrs Oliphant, deux des figures féminines les plus éminentes de la littérature victorienne.

Mes Souvenirs de Jane Austen de James Austen-Leigh

Mes Souvenirs de Jane Austen de James Austen-Leigh

Voici un recueil de souvenirs et de témoignages directs de James Edward Austen-Leigh (1798-1874) sur sa tante Jane Austen (1775-1817). On y découvre à l’œuvre la romancière dans son intimité. Observatrice hors-pair de la société anglaise de son temps, elle aurait pu être l’héroïne d’une de ses propres œuvres.

J’ai eu la chance de recevoir un exemplaire de cet ouvrage de la part des éditions Bartillat et je les en remercie.
Il s’agit ici de la première traduction de ce texte en France. Ces Souvenirs occupent une place importante dans le monde austenien. Lors de sa parution en 1869, il a permis un accroissement considérable de la notoriété et de la popularité de Jane Austen en Angleterre, ainsi que la réédition de ses romans.
Son auteur, James Edward Austen-Leigh, le neveu de la romancière (et fils de son frère aîné James) est encore considéré comme le premier biographe de Jane Austen, toutes proportions gardées évidemment.
Ce qui marque, et ce dès les premières pages, c’est le fait que cet homme – et cet ouvrage – restent très nettement des produits de leur temps. Il ne s’agit clairement pas d’une biographie factuelle et encore moins objective mais plutôt d’un hommage touchant mais un brin affecté d’un neveu à sa chère tante Jane. L’auteur y véhicule une image si ce n’est déformée du moins très limitée de la romancière, et surtout héritée de la figure traditionnelle de la femme dans la société victorienne. Jane Austen y est donc présentée comme une femme pieuse, une fille, une sœur et une tante affectionnées, une romancière travailleuse mais tranquille qui n’écrivait que quand son temps, occupé par ailleurs par les tâches ménagères, le lui permettait…
Austen-Leigh n’a de cesse de faire l’éloge de la gentillesse et de la modestie de sa tante, comme si ses précieuses qualités faisaient honneur à sa féminité. Il est difficile de lire cet ouvrage sans savoir envie de glousser ou de lever les yeux au ciel.
Sa teneur hagiographique toute victorienne ne permet bien sûr pas de révéler l’esprit ironique, sardonique, et passionné de Jane Austen. Austen-Leigh garde tout de fois un souvenir ému de l’humour et de la personnalité lumineuse de sa tante.
Les souvenirs en tant que tels sont très peu nombreux et substantiels et la narration se perd parfois dans des considérations historiques qui n’ont finalement que peu de rapports directs avec le sujet qui nous intéresse. Malgré tout, j’ai pris un certain plaisir à la lecture de ce texte. J’ai souri à de nombreuses reprises du style ampoulé et du ton snob et un peu affecté employé par l’auteur mais je me suis aussi régalée du témoignage personnel qu’il nous a livré. En lisant cet ouvrage, on a vraiment l’impression de baigner dans une autre époque, que ce soit à travers le style que le contenu. C’est intéressant d’avoir le point de vue d’un homme de l’Angleterre victorienne sur l’époque qui l’a précédée. Certains passages sont assez anecdotiques mais tout de même assez savoureux à lire et offrent une vision intéressante de la vie quotidienne de Jane Austen. De même, l’auteur aborde la postérité victorienne de sa tante et c’est amusant de noter à quel point de grands personnages de l’époque – dont certains sont des illustres inconnus pour nous aujourd’hui – ont pu s’exprimer sur l’œuvre de la romancière.
Le texte est aussi ponctué d’extraits de lettres de Jane Austen et surtout offre, en guise de bouquet final, le fameux chapitre inédit supprimé de Persuasion. On comprend pourquoi la romancière a souhaité le retravailler en y incluant la lettre du Capitaine Wentworth mais c’est tout de même un immense plaisir de découvrir cette scène « alternative » du roman, dans laquelle Anne et le Capitaine se retrouvent inopinément chez les Croft et ont une discussion.
Malgré ses limites et ses défauts évidents, je conseille cette lecture aux admirateurs de Jane Austen, pas en tant que biographie sérieuse mais plutôt comme un hommage et un témoignage subjectif.
Derniers feux sur Sunset de Stewart O’Nan

Derniers feux sur Sunset de Stewart O’Nan

Hollywood, 1937. Francis Scott Fitzgerald devient scénariste pour la Metro Goldwyn Mayer. Il fréquente Dorothy Parker, Humphrey Bogart et Greta Garbo mais se sent perdu loin de sa femme Zelda, internée, et de sa fille Scottie. Il tombe amoureux d’une journaliste mondaine, Sheilah Graham, et tente de lutter contre ses vieux démons : l’alcoolisme, la dépression et le peu d’estime de lui-même.

Il y a quelque chose de magique dans ce roman. Stewart O’Nan installe une proximité aussi intrigante que troublante avec Francis Scott Fitzgerald. Tout au long de ce captivant récit de près de 400 pages, l’auteur sonde l’intimité et l’esprit d’un des auteurs les plus fascinants et brillants du XXème siècle.
Le tourbillon et l’exubérance des années folles que Fitzgerald a si bien connues sont loin. Le glamour de ses années européennes est aussi derrière lui et l’éclat de son renom est atténué. On est en 1937, Fitzgerald a alors une petite quarantaine d’années et est ruiné. Zelda, qui souffre de dépression depuis des années, est internée dans une clinique spécialisée et Scottie, sa fille unique, alors adolescente, vit à des kilomètres de lui et suit de brillantes études dans le but d’intégrer un jour Vassar. Sa famille est éclatée mais il doit la faire vivre.
Il quitte la Caroline du Nord et s’installe alors à Hollywood pour travailler comme scénariste pour la Metro Goldwyn Mayer. Il y retrouve ses amis Dorothy Parker (à la gouaille et à l’esprit toujours aussi irrésistibles) et Alan Campbell, et deviendra leur collègue de bureau.
Fitzgerald a du mal à s’acclimater au soleil cru de Los Angeles et surtout au travail des Studios. L’écrivain semble ici jouer sa dernière carte. Il n’a pas publié de roman depuis des années et les nouvelles qu’il écrit pour les journaux ne lui rapportent pas grand chose. Difficile de croire qu’un homme de lettres tel que lui puisse se retrouver ainsi au pied du mur. L’écrivain peine à trouver sa place dans cette industrie. Il n’a de cesse de se remettre en question, et davantage encore lorsqu’il recroise le chemin de Hemingway qu’il n’a pas revu depuis années. Son ancien ami et comparse, bien que diminué, écrit toujours, voyage et est même devenu journaliste reporter dans la guerre d’Espagne.
Mais l’Amérique décrite ici avec une richesse de style et une acuité saisissantes semble être une Amérique en perdition. Fitzgerald évoque Los Angeles dans une lettre à Zelda comme « a bright, forsaken place« . La guerre s’apprête à éclater et est même aux portes de Hollywood (le régime nazi compte bien agir comme un censeur impitoyable). Hollywood ne vend pas que du rêve, loin de là. C’est un âpre voyage au cœur du mirage hollywoodien que Stewart O’Nan met en scène ici.
Le changement et l’usure du temps sont également au cœur de ce récit. Dans cet univers, personne n’est ce qu’il semble être réellement. Les stars du cinéma paraissent plus vieilles qu’à l’écran, Scott aussi a vieilli et Zelda, elle, plus instable que jamais, semble différente à chaque fois qu’il la retrouve. Elle n’est plus que le fantôme de la femme qu’elle a été. Scottie, elle, grandit et mûrit loin de lui… Comment Fitzgerald peut-il continuer à vivre et surtout faire entendre sa voix dans un monde qui s’effrite et qu’il semble bien en peine d’appréhender ?
Les scripts de l’écrivain ont une vie bien éphémère. Il travaille diligemment mais ses projets sont constamment écourtés. Il est obligé de se disperser et ne parvient jamais vraiment à finir ce qu’il a commencé. Son inspiration est sans cesse frustrée. Il en est même parfois réduit à réécrire de mauvais scénarios. Les grands pontes du cinéma le saluent du bout des lèvres et il doit souvent mettre sa fierté de côté pour garder sa place, même s’il sait pertinemment qu’il joue souvent un rôle peu glorieux, celui du correcteur. Il écrit, inlassablement, comme pour se prouver à lui-même qu’il est toujours capable d’écrire. Mais son « vieux démon », l’alcool, le talonne, et accompagné par l’incertitude et la mélancolie, peut lui faire beaucoup de mal …
Mais entre temps, du côté de Sunset Boulevard, il festoie avec Humphrey Bogart et Marlene Dietrich (à la beauté fanée) et tombe passionnément amoureux de Sheila Graham, une femme pleine de mystères, journaliste mondaine à succès.
Derniers feux sur Sunset n’est pas un roman de plus sur Fitzgerald, c’est un grand roman qu’on pourrait qualifier de chant du cygne et d’hommage terrible et émouvant à ce grand écrivain. Grâce au soin apporté aux plus petits détails et à la richesse du style, le décor planté par Stewart O’Nan – le Hollywood de l’Age d’Or – est superbe et plein d’ambivalences. Le portrait de Fitzgerald qu’il dresse est, quant à lui, vibrant et de la première à la dernière page. L’auteur y restitue avec une empathie poignante les tourments, les contradictions, la grâce et la fragilité d’un des auteurs les plus attachants qui soient.
Lady Chatterley BBC 2015

Lady Chatterley BBC 2015

chCe téléfilm diffusé l’année dernière sur la BBC est une adaptation de L’Amant de Lady Chatterley, la première version de l’œuvre de D.H Lawrence. Le point de vue qu’elle propose, novateur et forcément controversé, ne plaira sans aucun doute pas à tout le monde.
Elle est très différente de la version avec Sean Bean (que je n’avais pas aimée) et du film de Pascale Ferran, mais ce n’est pas pour me déplaire car on peut considérer cette adaptation complémentaire à ce qui a déjà été proposé.
Jed Mercurio , le réalisateur, a fait le choix, forcément discutable, de ne pas se centrer sur l’épanouissement sexuel et l’éveil à la sensualité de son héroïne mais de traiter davantage de choix amoureux et de lutte entre les classes sociales au lendemain de la 1ère guerre mondiale.
La plus grande réserve que j’ai à formuler porte sur le format du téléfilm. 90 min, c’est forcément très court pour adapter un roman de 400 pages, le rythme est un peu trop accéléré et l’évolution des sentiments de Lady Chatterley peut peut-être paraître un peu forcée et artificielle …chhj

Certains éléments de l’intrigue ont aussi été modifiés. La scène d’ouverture avec l’explosion de la mine des Chatterley était un ajout risqué mais qui m’a plutôt convaincue.
Holliday Grainger campe une Constance sensible et ambivalente et Richard Madden livre à mon sens une prestation honnête et solide même si je ne suis pas sûre qu’elle restera dans les annales. Comme l’ont bien souligné Jed Mercurio et les critiques presse, cette version est aussi celle de Clifford Chatterley. James Norton ne joue pas là un rôle secondaire, il est au centre du récit et c’est une bonne chose car il est absolument formidable. A vrai dire, je n’ai pas autant été impressionnée par une de ses prestations depuis Happy Valley. Tour à tour déterminé, torturé, instable et pathétique (dans tous les sens du terme), son comportement révolte et émeut à la fois. Il est juste de bout en bout et ce n’est pas chose facile puisqu’il incarne là le rôle le plus difficile du téléfilm. Certains ont dit « he stole the show » et ce n’est certainement pas moi qui vais les contredire !

J’ai aussi beaucoup apprécié le jeu de l’actrice qui incarne Ivy Bolton, la jeune domestique qui est toujours aux petits soins de Clifford. Sa scène de règlement de comptes avec son maître offre un des meilleurs moments de l’adaptation pour moi.chhhh
Dans l’ensemble, ce sont les scènes qui évoquent les différences sociales et les tabous qu’elles entraînent qui m’ont le plus intéressée. Je pense à la scène où Constance se confie à sa sœur (il est légitime d’avoir un amant mais il faut qu’il appartienne à la même classe sociale) et à toutes celles entre Sir Clifford et Mellors …). On pourra regretter le manque d’intérêt apporté aux scènes de sexe amoureuses (surtout pour une adaptation de ce roman en particulier) mais à mon sens, ce téléfilm a bien d’autres choses à offrir, notamment des personnages riches et ambivalents. Le téléfilm a été très décrié, on lui a reproché son côté trop « sage » et pas assez scandaleux. Pour moi, ses enjeux sont ailleurs. Les précédentes adaptations étaient déjà très centrées sur la sexualité de l’héroïne, il était temps à mon avis de proposer quelque chose d’un peu différent.

Love & Friendship, le livre de Whit Stillman

Love & Friendship, le livre de Whit Stillman

With a pitch-perfect Austenian sensibility and wry social commentary, filmmaker and writer Whit Stillman cleverly re-imagines and completes one of our greatest writers’ unfinished works. Love & Friendship is a sharp comedy of manners, and a fiendishly funny treat for Austen and Stillman fans alike.

Whit Stillman ne propose donc pas ici le scénario du film à proprement parler mais une œuvre dérivée de Lady Susan, et donc une « austenerie », et à vrai dire d’une des meilleures et plus intéressantes que j’ai lues jusqu’ici (et j’en ai lues un certain nombre).

L’auteur (fictif) de ce texte est un certain Rufus Martin-Colonna de Cesari-Rocca, neveu de Lady Susan herself et dont la flagornerie et la bêtise pourraient rivaliser sans mal avec celles d’un certain Mr Collins. Dans ce récit écrit à la première personne, le gentleman s’évertue, avec une assurance qui forcerait l’admiration si elle n’était pas aussi ridicule, à réhabiliter la réputation de sa tante. Réputation qui, selon ses dires, aurait été injustement et bien malicieusement souillée par les écrits d’une jeune auteur médiocre et vieille fille (selon ses propres dires), Miss Jane Austen.
Rufus a décidé de dédier son ouvrage au Prince Régent lui-même, copiant ainsi outrageusement Jane Austen, mais dans un style pompeux bien différent de celle de notre romancière émérite.
Le parti pris de Whit Stillman est on ne peut plus insolite. Il a décidé par le biais de ce récit évidemment trompeur d’inverser le Bien et le Mal et de faire de Lady Susan une personne de bien et digne de confiance, et non pas la femme vile et manipulatrice que nous connaissons. Tout est ironie de la première à la dernière ligne, l’œuvre fait figure de pendant au film bien sûr mais aussi à l’œuvre de Jane Austen à laquelle l’auteur (le vrai, cette fois) rend hommage avec beaucoup d’esprit et un humour tongue in cheek absolument réjouissant.

L’ajout de Lady Susan, le texte original, en appendice est une excellente idée. On peut ainsi comparer les scènes des deux versions et s’amuser de la faiblesse des arguments de Rufus et de son manque de crédibilité.

J’ai beaucoup ri en lisant cet ouvrage. Whit Stilman sait ce qu’ironie veut dire et en use avec beaucoup de talent et d’inventivité. J’aime à penser que Jane Austen aurait apprécié son impertinence et son irrévérence car il s’en sert pour exprimer toute l’admiration qu’il ressent pour elle.

Love & Friendship de Whit Stillman

Love & Friendship de Whit Stillman

J’ai vu le film en avant-première la semaine dernière, dans le cadre du Festival du Cinéma américain des Champs Elysées, et mon avis est très enthousiaste !

Nous n’avons pas eu droit à une adaptation cinématographique d’un roman de Jane Austen depuis une décennie et c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai découvert cette transposition à l’écran de Lady Susan, une œuvre méconnue mais oh combien intéressante.
Dès la première seconde, le spectateur comprend que le film se situera bien davantage dans une veine ironique et satirique que romantique. C’est un choix qui sera assumé et revendiqué par le réalisateur du début à la fin et qui déconcertera peut-être les spectateurs qui avaient jusqu’ici une autre image de l’œuvre de Jane Austen.
Whit Stillman a décidé de livrer une adaptation irrévérencieuse et presque féroce de la nouvelle épistolaire de Jane Austen et c’est tant mieux. Il s’en donne à cœur joie et ça se ressent dans tous les aspects de son film. Je crois que je n’ai jamais autant ri devant une adaptation d’une œuvre de Jane Austen, les rires fusaient dans toute la salle, ce qui était assez enthousiasmant.
Love & Friendship est un film impertinent, plein de verve et d’allant, et à l’image parfaite de son (anti-)héroïne, la séduisante et perfide Lady Susan Vernon.
Lady Susan est incarnée par une Kate Beckinsale au meilleur de sa forme et tellement à l’aise dans ce rôle qu’il semble avoir été écrit sur mesure pour elle. C’est un réel plaisir de retrouver cette actrice dans une production de qualité et surtout dans un rôle qui lui permet d’exprimer son talent. Elle sait exactement comment poser sa voix et fait preuve de beaucoup de distinction et d’élégance dans sa manière de se mouvoir. Il y a quelque chose de moderne dans son interprétation et en même temps elle est très crédible en lady du XIXème siècle. L’actrice Kate Beckinsale semble beaucoup s’être amusée à jouer une partition aussi délicate, son jeu est plein de mordant et de finesse.
Tout le casting est formidable. Chloe Sevigny incarne une Mrs Johnson, amie et complice des vices de Lady Susan, avec beaucoup d’aplomb. Quelle bonne idée d’avoir fait d’elle une américaine ! Les blagues que Lady Susan fait sur l’Amérique sont assez impitoyables.
Xavier Samuel est également très bon en jeune premier, un rôle difficile car même s’il est séduisant il devient pathétique car tourné en ridicule par les constantes manipulations de Lady Susan qui n’a de cesse de flatter son égo.
Stephen Fry est excellent dans les rares scènes où il apparaît mais la palme du rôle comique revient sans le moindre doute à Tom Bennett. L’acteur se révèle être l’incarnation parfaite de la bouffonerie et de la crétinerie si souvent moquée par Jane Austen. A chacune de ses apparitions (fort remarquées), on assiste à un festival de bêtise. Ce n’est pas tant ce qu’il dit qui est drôle que la manière dont il le dit. Cet acteur a un vrai talent de comédien et mérite tous les éloges qu’il a reçus de la presse américaine et britannique. Son personnage aurait, à mon avis, ravi Jane Austen !
Sir James apparaît bien dans la nouvelle (son rôle est même majeur dans le déroulement de l’intrigue) mais son rôle a été largement développé dans le film. Whit Stillman a très bien saisi son potentiel comique et a modelé un personnage absolument réjouissant.
Les acteurs secondaires ne sont pas en reste et parviennent tous à trouver leur place dans un récit qui abonde pourtant de personnages.
Whit Stillman a livré ici un remarquable travail de scénariste. Le film n’est pas une illustration de la nouvelle. L’intrigue a été fidèlement adaptée mais le réalisateur a été bien au delà. On sent son admiration pour Jane Austen transparaître tout au long du récit mais on sent également qu’il a mis beaucoup de lui-même dans son film. Son esprit et sa verve sont bien là et le résultat s’avère résolument moderne. La mise en scène est solide et de bonne tenue, les dialogues ciselés et spirituels, le montage adroit. C’est vraiment du bel ouvrage. J’ai notamment beaucoup apprécié l’ouverture du film avec la présentation des personnages sous forme de vignettes. Ici, l’ironie prend vie aussi bien dans la forme que dans le fond.
Comme tous les récits de Jane Austen, cette comédie de moeurs repose essentiellement sur le jeu des illusions (et des désillusions). Ce jeu se retrouve bien au cœur de la mise en scène du film mais la nouvelle, dans son ensemble, n’a pas du être une mince affaire à adapter. Sa forme épistolaire a heureusement été très bien transposée à l’écran. Le réalisateur a du opérer quelques modifications et ajustements pour donner plus de fluidité et d’épaisseur son adaptation. Il a notamment créé le personnage de Mrs Cross, la gouvernante de Lady Susan, pour lui donner une confidente, et ainsi créer une autre victime et témoin de ses méfaits et de son manque total de moralité. Stillman fait preuve de beaucoup de dextérité dans la construction de son récit.
Certains critiques de cinéma enthousiastes ont exprimé leur reconnaissance à Whit Stillman pour avoir « dépoussiérer Jane Austen ». C’est absurde quand on sait à quel point Jane Austen – qui avait écrit cette nouvelle alors qu’elle n’était qu’une jeune fille de 17 ans- est moderne, et Whit Stillman l’a d’ailleurs bien compris aussi ! Son film est très soigné mais n’est pas sage pour autant. Il a quelque chose de jubilatoire. Inutile de vous dire que je le reverrai avec plaisir si j’en ai l’occasion !

Un Dernier moment de folie de Richard Yates

Un Dernier moment de folie de Richard Yates

Dans ce recueil composé de 9 nouvelles (et publié à titre posthume), Richard Yates flirte avec le genre du mélodrame sans jamais s’y livrer. L’auteur croque avec nuance et une belle sobriété des situations dramatiques et des personnages en proie à des déconvenues … Richard Yates est l’écrivain de l’amertume, de la frustration, du désoeuvrement mais son écriture est teintée de mélancolie et de tendresse. L’auteur ne juge pas ses personnages, mais porte sur eux un regard plein d’empathie.
Rien d’exaltant, ni de proprement romanesque dans leur existence et pourtant, l’auteur dresse des portraits d’une incroyable richesse et livre des récits plein de souffle. L’auteur adopte une position d’entomologiste, le regard qu’il porte sur ses (anti-)héros est précis, objectif mais jamais dénué de sensibilité ni d’humanité.
Ce sont des histoires de jeunes hommes revenus de la guerre, de desperate housewives, d’employés de bureaux qui essaient tant bien que mal de construire leur vie à partir de leurs idéaux mais qui font face à des rebuffades, des contraintes et l’avilissement de la classe moyenne. On rêve, on s’émeut, on s’éprend et on se passionne mais on n’en fait jamais un drame. L’humour et la lucidité face à l’absurde n’est jamais loin. Il y a quelque chose de profondément désarmant dans chacun des ces récits.
A travers ces 9 magnifiques instantanés, c’est l’Amérique des années 50 qui prend vie au fil de ces pages. Sous la resplendissante allure de l’American Dream, se cachent le désarroi marital, les peines de cœur, les frustrations professionnelles, les traumatismes liés à la guerre – autant de thèmes qui imprègnent toute l’œuvre de Richard Yates. Et le style de l’auteur est brillant, fulgurant.
Richard Yates est un orfèvre de la nouvelle, ce recueil en est la preuve éclatante

Love, Lies & Spies de Cindy Anstey

Love, Lies & Spies de Cindy Anstey

Love, Lies and Spies

Love, Lies and Spies est le 2ème roman de la collection Swoon Reads que je découvre et une fois encore, j’ai été séduite. Il s’agit cette fois d’un roman d’aventure qui se passe sous la Régence. J’ai passé un très agréable moment de lecture. Le roman n’a rien de proprement original, il sent l’hommage à plein nez mais il fonctionne très bien et offre une intrigue rondement menée, des héros attachants, une romance attrayante et surtout de l’humour à revendre.

Juliana Telford est notre héroïne. Agée de 18 ans, elle s’apprête à faire son entrée dans le monde. Elle a quitté son cher père et le domaine familial pour s’installer un temps à Londres, chez son oncle et sa tante. Elle s’entend très bien avec leur fille, Carrie mais les relations sont plus difficiles avec sa tante qui la rabroue sans cesse et déplore son manque d’élégance et de manières. Il faut dire que Juliana s’intéresse bien davantage à l’étude des insectes qu’au mariage, aux bals et à la mode. C’est une jeune fille très indépendante d’esprit qui ne compte pas se laisser entraîner dans un mariage de raison. Si elle a accepté ce séjour à Londres, c’est pour publier en secret ses recherches et ainsi faire la joie et la fierté de son père, lui aussi naturaliste à ses heures perdues.

Spencer Northam, notre héros, n’est pas non plus un gentleman ordinaire. Il travaille comme espion pour le War Office et est bien trop occupé par ses missions pour jouer le joli cœur… Mais bien entendu, sa rencontre avec Juliana, ainsi que ses doutes concernant les activités possiblement illicites des proches de la jeune fille, risquent de venir tout bouleverser…

Même si l’hommage à Jane Austen est évident, le roman emprunte surtout beaucoup à Georgette Heyer. L’intrigue amoureuse est pleine de péripéties et repose aussi bien sur des scènes de pure marivaudage que d’espionnage. Même s’il s’agit d’un roman YA, le récit nous réserve quelques surprises et un lot de rebondissements que je n’avais pas vu venir. Le récit est bien écrit, émaillé de dialogues savoureux. Love, Lies & Spies est tout à la fois une romance, un roman d’espionnage, un roman d’aventures et une « comedy of manners ». Le mélange des genres est bien dosé et le récit très rythmé.
Et on retrouve avec grand plaisir des types de personnages propres à ce type de comédies : la jeune fille spirituelle et indépendante, le héros aventurier, le séducteur sans scrupules, la tante autoritaire et snob, le papa affectueux …
Ce sont des codes qu’on connaît bien mais l’auteur les utilise avec un vrai talent de mise en scène.
Cindy Anstey publiera un autre roman Régence dans quelques mois, toujours chez Swoon Reads, je le lirai sans aucun doute !