Doctor Thorne ITV 2016

Doctor Thorne ITV 2016

Etrangement, même si Anthony Trollope a été un auteur très prolifique et populaire, ses romans ont été assez peu adaptés à l’écran. Quelques productions sont toutefois à retenir : The Bachester Chronicles avec Alan Rickman, The Way we live now et He knew he was right (dont j’ai déjà parlé sur ce blog).

Lorsque j’ai entendu qu’un nouveau projet d’adaptation allait voir le jour, j’étais plus qu’enthousiaste. Et mon enthousiasme n’a fait que grandir après la lecture du roman qui m’a complètement séduite. J’attendais donc avec impatience cette mini-série de 3 épisodes qui sur le papier en tous cas, avait presque tout pour me plaire. Sans compter que les derniers period dramas diffusés à la télé anglaise m’ont, dans la grande majorité, ravie. Au final, ma déception a été cuisante…

La mini-série est assez plaisante à regarder mais elle ne restera pas dans les annales de la télévision. Le couple principal est mignon et l’ensemble des acteurs très bon (en particulier Tom Hollander qui me convainc complètement dans le rôle du Docteur Thorne) mais je crois malheureusement que ça s’arrête là.

Mises à part quelques scènes par ci par là, le scénario de Julian Fellowes a  selon moi travesti le roman et surtout lui a enlevé une bonne partie de ce qui faisait son charme : sa modernité et ses nuances. L’humour est parfois un peu forcé et le script joue trop la carte de la surenchère.
Quelle idée par exemple de mettre en scène l’arrivée d’un personnage gros (Mr Moffat en l’occurrence) au son du basson ? Je ne pensais pas qu’on verrai encore ce genre de choses en 2016 …  Même s’il n’est pas dénué de ridicule, Moffat n’est pas décrit de manière aussi grotesque dans le roman. Trollope nuance les portraits de ses personnages, je ne comprends pas ce qui a pris à Julian Fellowes de le réinventer de cette façon.
La musique m’a semblée aussi un peu trop appuyée par moments, voire envahissante. Je suppose que c’est pour mettre l’emphase sur le ridicule de certains personnages et situations mais je ne trouve pas que ça fonctionne très bien.

L’ensemble manque vraiment de subtilité et de modernité. Même si sans surprise, la série est formidablement  interprétée,  Tom Hollander et les 2 jeunes héros ne sont pas aussi bien mis en valeur qu’ils le devraient.

Je n’ai pas été déçue par les rôles secondaires. J’ai beaucoup apprécié la Miss Dunstable (incarnée par la charmante Alison Brie, une actrice américaine qu’on a pu voir dans Community), qui a autant d’esprit que l’héroïne décrite par Trollope. Ian McShane est parfait dans le rôle de Scatcherd et Lady Scatcherd (formidable Janine Duvitski) me plaît autant que dans le roman.

Le problème ne vient donc pas des interprètes mais principalement de sa mise en scène, qui est en fait digne des séries BBC d’il y a 20 ans. Si l’adaptation avait été diffusée dans les années 90, le résultat aurait été acceptable mais là, le résultat se révèle vieillot et un peu ringard aussi, je dois bien l’admettre. Certains effets de mise en scène sont éculés au possible (je ne savais pas qu’on pouvait encore filmer les scènes de baiser de cette façon) et l’image pas très belle non plus (le jaune de la police de caractères est ignoble).

La réalisation fait très datée. On est très très loin de Life in Squares ou de War & Peace au niveau de la modernité. Il n’y a aucune proposition de mise en scène et le tout est filmé sans relief et sans recherche.
J’espère que Julian Fellowes se tiendra, à l’avenir, bien loin de mes classiques anglais préférés. Je ne suis décidément pas très fan de son travail, c’était déjà le cas avec Downton Abbey et ça se confirme encore une fois ici.

 

 

Le docteur Thorne d’Anthony Trollope

Le docteur Thorne d’Anthony Trollope

Sans dot, de naissance illégitime, la belle et fière Mary ne saurait s’unir à celui qu’elle aime, Frank Gresham, un jeune héritier désargenté. Les Ladies de la famille Gresham manœuvrent en coulisse pour le marier à une femme riche afin de sauver le domaine familial hypothéqué. Seul l’oncle de Mary, le docteur Thorne, connaît le secret de son ascendance et la fortune dont elle pourrait hériter si seulement …

Ce roman du grand auteur victorien Anthony Trollope m’a complètement séduite. En le refermant, je me suis dit que décidément, je ne lisais pas assez cet écrivain et qu’il faudrait que j’y remédie dans le courant de l’année. Il me reste encore quelques uns de ses titres traduits en français à découvrir, je pense que je les ajouterai à ma PAL dès qu’il sera raisonnable de le faire.

Je comprends que ce roman soit le préféré de Julian Fellowes. On y retrouve une peinture minutieuse et particulièrement acerbe de la bonne société de l’époque ainsi qu’une réflexion tout à fait pertinente de l’équilibre précaire qui existe entre argent et moralité.

Frank Gresham, le fils d’un grand propriétaire terrien endetté, souhaite plus que tout épouser son amour de jeunesse, Mary Thorne (la nièce du médecin qui donne son nom au roman), et ce en dépit de son manque de fortune et du scandale qui semble planer sur sa naissance. Le jeune homme est passionnément amoureux et fort déterminé à obtenir la main de sa bien aimée mais sa mère, terriblement ambitieuse et pragmatique et sa tante, snob et tyrannique, s’y opposent férocement. Elles ne veulent en aucune façon entendre parler de cette union qu’elles jugent hautement répréhensible et inacceptable, dans la mesure où Frank doit assurer la survie du domaine familial.

Les deux harpies souhaitent plus que tout le voir épouser une fortune et vont même jusqu’à jeter le pauvre jeune homme dans les bras d’une riche héritière, qui doit sa richesse au Baume du Liban, une certaine Miss Dunstable, un peu plus âgée que lui.

Seul le Docteur Thorne, l’oncle de Mary qui l’adore, a connaissance de quelque chose qui pourrait changer la vie de sa nièce et l’aider à épouser l’homme qu’elle aime … Mais il devra s’armer de patience et faire preuve d’un bon sens et d’une délicatesse exemplaires pour ne serait-ce qu’espérer que son vœu de voir sa nièce heureuse se réalise. Heureusement, il ne manque ni de l’un de l’autre. Thorne est un homme absolument charmant, intelligent et généreux, une âme sensible dont on suit les pérégrinations avec le plus grand intérêt et pour qui on ressent naturellement une grande estime.

Les qualités de ce roman sont nombreuses. Tout d’abord, j’ai apprécié sa modernité. Je savais que Trollope était un fin peintre de l’âme humaine. Chez lui, on ne trouve pas d’héroïnes innocentes comme l’enfant qui vient de naître et encore moins de terribles méchants grimaçants à la Dickens.

Ses portraits sont souvent empreints d’une drôlerie toute britannique mais ils sont aussi extrêmement nuancés. En lisant ce roman, on a l’impression de faire la connaissance de personnages bien vivants. On a donc aucun mal à imaginer la fierté et la fragilité désarmantes de Mary, le charme juvénile et le courage de Frank, le dévouement et la gentillesse de Thorne, l’impétuosité et la grandeur d’un personnage comme Sir Roger Scatcherd ou encore la noblesse et l’indépendance d’esprit de Miss Dunstable.

Une fois de plus, Trollope fait preuve d’une grande maîtrise dans le portrait de ses héroïnes. Sous sa plume, elles sont fières, altières, impérieuses … Je trouve que c’est un phénomène suffisamment rare dans la littérature victorienne pour être noté.

Toutes proportions gardées, l’auteur exprime un certain modernisme à travers son roman. Le Docteur Thorne, resté célibataire, a élevé sa nièce seul. Il l’aime tendrement et n’agit jamais en patriarche autoritaire et despote. Alors que la pauvre Mary est condamnée à ne plus fréquenter les Gresham après la cour quelque peu pressante que lui a fait Frank, Thorne agit comme un véritable rempart pour la protéger. Pour lui, Mary n’a absolument rien à se reprocher dans cette affaire. Il lui accorde toute sa confiance et son respect, et ne se permet jamais de la juger. Au contraire même, il est tout en fait en mesure de la comprendre et de comprendre qu’elle aime Frank.

La relation qui unie l’oncle et la nièce est au cœur du récit et sous-tend une réflexion tout à fait intéressante sur l’amour filial et la moralité.

L’une des caractéristiques bien connues de Trollope est sa manière toute particulière d’intervenir personnellement dans son récit, en s’adressant à son lecteur et en faisant des remarques (plus ou moins caustiques) sur l’élaboration de son intrigue, sa crédibilité ou encore sa légitimité en tant que romancier.

Ces interventions m’ont parue légèrement plus nombreuses que dans les romans que j’avais précédemment lus de lui mais elle ne m’ont pas gênée. Le récit est si bien construit, l’intrigue amoureuse si palpitante à suivre, et la peinture sociale et la comédie de mœurs si riche que les pages défilent presque à toute allure. Le roman fait près de 780 pages dans son édition de poche mais il ne faut pas y voir un motif de découragement. C’est une comédie réjouissante que Trollope nous a livré ici et ce serait bien dommage de s’en priver.

Le Docteur Thorne a été adapté par Julian Fellowes pour la chaîne ITV. J’ai pu voir le 1er épisode diffusé dimanche dernier et je ne suis pas particulièrement séduite pour l’instant. Rien à redire au sujet de l’ensemble des acteurs mais je trouve que le scénario et la mise en scène manquent cruellement de subtilité et surtout de modernité. J’espère être plus convaincue par la suite …

 

Ma note : luke5

He Knew he was right BBC 2004

He Knew he was right BBC 2004

L’œuvre  d’Anthony Trollope a très peu été adaptée à la télévision. Cette mini-série de 3 épisodes diffusée sur la BBC en 2004 a été, si je me souviens bien, ma première incursion dans l’univers de l’auteur.

Adaptée du roman du même nom (et qui compte pas moins de 900 pages) par le décidément très prolifique Andrew Davies, cette mini-série réunit Oliver Dimsdale (excellent mais trop peu présent sur les écrans à mon goût), Stephen Campbell Moore (un de mes acteurs british chouchous ), Laura Fraser, Christina Cole, Bill Nighy, Matthew Goode ou encore David Tennant. Et oui, rien que ça !

Moins célèbre que d’autres adaptations diffusées sur la chaîne, elle n’en est pas moins une très belle réussite.  Je la classe sans le moindre doute parmi mes period dramas favoris. J’y ai absolument tout aimé : de la mise en scène aux décors, en passant par la photo, la musique, les personnages ou encore le casting, les dialogues et le scénario. Après l’avoir visionnée, Anthony Trollope nous apparaît définitivement comme l’un des meilleurs peintres de la société victorienne.
He Knew He was right est un récit formidablement construit, où on suit les destinées (plutôt sentimentales) de plusieurs personnages. Au premier plan, il y a le jeune et séduisant Louis Trevelyan et son épouse, Emily. Il l’a rencontré lors d’un voyage et est rapidement tombé amoureux de cette jolie jeune femme, sprituelle et intelligente. Il a demandé sa main à son père, alors ambassadeur de Grande-Bretagne, le couple s’est ensuite installé à Londres. Le début nous montre un couple très heureux et amoureux. Mais bien sûr, comme on peut s’y attendre, le tableau de cette petite famille idyllique tend peu à peu à se fissurer. Les visites du Colonel Osborne, le parrain d’Emily et vieil ami de son père (incarné par un formidable Bill Nighy) se font de plus en plus fréquentes et insupportent Louis qui voit d’un très mauvais oeil que ce séducteur notoire s’approche aussi insidieusement de son épouse … Louis est quelqu’un de terriblement passionné et la jalousie le consumme inexorablement … Oliver Dimsdale est absolument remarquable dans le rôle de ce mari torturé. Il m’a beaucoup émue. Sa progression dans la folie est sidérante. On croit à ses tourments et même si on comprend peu à peu qu’il est paranoïaque et qu’on aimerait qu’il arrête de s’entêter de la sorte, on ne peut qu’être touché par son désarroi… Afficher l'image d'origine
Laura Fraser, qui joue son épouse, a été pour moi une révélation également. Son jeu, tout en nuances, est poignant. On ne peut que trembler à ses côtés et souhaiter qu’elle ait assez de force pour résister à l’adversité. Comme souvent chez Trollope, les personnages féminins sont très forts. Emily est une jeune femme entière, passionnée, qui ne peut en aucune façon accepter de compromis. C’est une épouse et une mère qui se voit accuser des pires tords mais qui garde néanmoins la tête haute. Il fallait une actrice talentueuse pour incarner une telle femme et Laura Fraser, en plus d’être magnifique, y parvient parfaitement ! Emily a une soeur cadette qui lui est dévouée, Nora (Christina Cole) et à son image, comme elle nous le prouve par la suite. Fille d’un ambassadeur, elle ne peut qu’épouser un beau parti. Mais elle est amoureuse de Hugh Stanbury (Stephen Campbell Moore), l’un des meilleurs amis de Mr Trevelyan, son beau-frère.
Hugh est un journaliste. Il vit de manière précaire, surtout après avoir appris que, du fait de sa position et de ses convictions sociales et politiques, il n’héritera rien de sa tante, l’acariâtre Jemima Stanbury (Anna Massey, excellente encore une fois). Mrs Stanburry est une riche veuve, capricieuse et caractérielle mais qui s’avèrera beaucoup plus déconcertante et imprévisible (dans le bon sens du terme) qu’on ne l’aurait pensé. Encore une corde à l’arc de Trollope : sa faculté à créer des personnages ambivalents et finalement très attachants. Mrs Stanburry est un personnage franchement inoubliable. Une lady prisonnière d’un carcan victorien mais tout de même capable de douceur et d’empathie.
Et puis, il y a aussi les soeurs de Hugh, les non moins attachantes Priscilla (impressionnante de cynisme) et Dorothy, qui ira vivre auprès de sa tante, Mrs Stanbury, et dont elle gagnera très vite l’affection. Nous faisons aussi la connaissance du révérend Gibson (David Tennant), ridicule s’il en est dans son rôle de briseur de cœurs. Afficher l'image d'origine

He Knew He was right mérite nettement plus d’échos qu’il n’en a reçus. Ses qualités réside dans toute une quantité d’aspects. Un grand soin est apporté à chaque détail. Les images sont lumineuses, la lumière impeccable, les décors savamment choisis (comme celui de la cathédrale du Somerset), les costumes exquis (tout particulièrement les robes d’Emily et de Nora qui sont du plus bel effet )… La mise en scène est tellement réussie que lorsque les personnages s’adressent au spectateur pour leur livrer quelques bribes de leurs pensées, il n’en est pas surpris. Tout se fait naturellement.

Décidément, les adaptations BBC n’ont pas fini de m’enthousiasmer ! He Knew he was right est une pépite qui a sa place dans toutes dvdthèques de period dramas qui se respectent.

Ma note  : luke5

 

 

L’Héritage Belton d’Anthony Trollope

L’Héritage Belton d’Anthony Trollope

Tout au long de la semaine prochaine (et plus si besoin est), je consacrerai des billets à l’œuvre du romancier victorien Anthony Trollope, plus précisément à ses romans bien sûr mais aussi aux quelques adaptations télévisées que j’ai eu l’occasion de voir.

Dimanche 6 mars sera diffusée sur la chaîne anglaise ITV, la mini-série en 3 épisodes adaptée du roman Doctor Thorne par Julian Fellowes, le créateur de Downton Abbey.
J’ai lu ce roman cette semaine et je l’ai beaucoup aimé. J’attends donc avec impatience de découvrir ce que nous réserve cette transposition à l’écran.

Pour l’heure, j’aimerais vous présenter L’Héritage Belton, un roman quelque peu méconnu du romancier mais dont je garde un très bon souvenir et que je conseillerais bien volontiers au amateurs de Trollope ou à ceux qui aimeraient le découvrir.

Le châtelain de Belton Castle s’est ruiné à cause des extravagances de son fils qui vient de se suicider, de sorte que son domaine revient à son cousin Will Belton, qui offre d’épouser sa fille, Clara. Mais celle-ci préfère donner sa main au capitaine Frederic Aylmer, qui se révèle bientôt être un homme froid qui ne songe qu’à son confort et qui laisse sa fiancée être sous la férule de sa mère.

Dans cet ouvrage paru 1865, on retrouve toutes les principales caractéristiques d’un roman de Trollope : un récit ample, feuilletonnant, où l’auteur aime à décrire de manière généreuse et éloquente la situation et l’évolution sociales de ses personnages, ainsi que les méandres de l’amour dans lesquels certains d’entre eux se sont empêtrés. Le héros de cette histoire est en fait une héroïne : Clara Belton. Depuis le suicide de son frère aîné (alcoolique, libertin et endetté jusqu’au cou), héritier du domaine de Belton, Clara vit seule avec son père, un homme affectueux mais faible, ombrageux et plaintif. Clara n’a que peu de chance de voir sa situation financière s’améliorer. En tant que femme, elle ne peut hériter du manoir familial. Lorsque sa tante, vieille dame pieuse et pleine de principes, qui lui est redevable de bien des attentions, lui avoue qu’elle ne souhaite finalement pas faire d’elle son héritière car elle lui préfère son neveu, Clara voit son sort encore plus menacé …
Dans ce roman, Trollope ne parle pas que d’argent, loin de là. Les relations amoureuses occupent une place importante dans la peinture psychologique de ses personnages et la trame de son récit.
Le domaine Belton revient au cousin Will Belton, qui offre d’épouser Clara mais celle-ci n’a d’yeux que pour le Capitaine Frederic Aylmer. La générosité, la douceur de coeur et la droiture de Will ne semblent pas faire le poids face à l’élégance, l’assurance et l’intelligence du Capitaine, un parlementaire qui semble agir comme un parfait homme du monde. On dit souvent que l’amour rend aveugle et Clara en fera les frais… Malgré son indépendance d’esprit et sa forte personnalité (qui font d’elle une héroïne entêtée mais attachante et séduisante), elle s’amourache du mauvais homme, et elle est même assez lucide pour le voir … Lorsque Frederic Aylmer, trop occupé, laisse sa fiancé sous la férule de sa mère, une aristocrate autoritaire et despote, celle-ci ne tardera pas à se rebeller et à faire entendre ses droits, pour le plus grand plaisir du lecteur !
En mettant à l’honneur une héroïne fine, intelligente et capable d’exprimer son opinion avec courage et honnêteté, Trollope parvient à égratigner avec ironie et subtilité l’hypocrisie du jeu des convenances et des préjugés, dont les femmes sont d’ailleurs les principales victimes.