War & Peace BBC 2016

War & Peace BBC 2016

Bien avant sa diffusion, cette adaptation alimentait déjà la polémique. Il faut dire qu’ Andrew Davies, le scénariste de Pride & Prejudice 95 et Bleak House (entre bien d’autres) aime, lorsqu’il « s’attaque » à un chef d’œuvre de la littérature,  faire  naître un doux parfum de scandale et de controverse, relayé ensuite allègrement par les médias britanniques. On parlait déjà de sexe de scènes ajoutées, d’inceste et j’en passe. Au final, c’est encore une fois beaucoup de bruit pour rien. Son scénario, et la série dans son ensemble, m’ont semblée de très grande qualité. Cette adaptation BBC se classe désormais parmi mes period dramas préférés, de ceux que je reverrai avec plaisir.

Co-produite par la Weinstein Company, la série a été proposée au public comme l’adaptation d’un grand classique pour une nouvelle génération. Même si on peut lui reprocher un petit côté racoleur, il y a quelque chose de vrai dans cette annonce …

La version télévisée de 2007 (la co-production franco-italo-allemande de Robert Dornhelm, avec Clémence Poesy dans le rôle de Natacha) a à mon avis, vieilli avant l’heure. Sentimentale (pour ne pas dire édulcorée) et réalisée de manière empesée et classique, elle proposait une mise en scène purement illustrative du roman et surtout, sans éclat. La version de la BBC est plus moderne, plus sombre, plus vivante et intense et selon moi, plus proche du roman de Tolstoï.

La qualité de la série doit, comme il se doit, beaucoup à son réalisateur. Tom Harper, âgé de seulement 35 ans, a travaillé sur bon nombre de séries télévisées. On lui doit notamment quelques épisodes de la série Peaky Blinders. Lorsque j’ai appris qu’il avait été choisi pour mettre en scène cet ambitieux projet, je partais naturellement avec un excellent à priori et il ne m’a pas déçue.Voilà un jeune réalisateur capable d’insuffler du rythme et du souffle à son récit et de nous offrir des plans soignés et travaillés. Tom Harper filme avec fluidité et une liberté assez exaltantes. Il y a de la symétrie et une parfaite ordonnance dans ses plans et en même temps, quelque chose de vif, d’animé qui emporte le spectateur. J’ai par exemple adoré les plans d’ouverture de ses épisodes, qui ont une dimension picturale (Napoléon, de dos, surplombant le champ de bataille dans le 1er épisode, ou encore la peinture orthodoxe lors du mariage de Pierre et Helen, dans le 2ème …). On sent que chaque plan est pensé, ordonné, rien n’est laissé au hasard mais cela ne diminue en rien la vivacité et le dynamisme qui imprègnent l’ensemble de sa mise en scène. La photographie est aussi un des grands atouts de cette nouvelle adaptation. z5444

Tom Harper a aussi une manière bien particulière de filmer ses héros. La première apparition de Pierre est mise en scène avec une volonté de le montrer comme un homme maladroit, pas tout à fait à sa place dans la bonne société de St Petersboug. La démarche de Paul Dano est empruntée, son pas lourd. Andrei, lui, est filmé tout d’abord, comme un homme qui observe ses contemporains avec une certaine distance, et un air de détachement qui peut passer pour de l’arrogance. Plus tard, lors de la bataille de Borodino, la caméra s’attardera sur lui pour mettre en valeur son courage, son charisme mais aussi le côté terrible et tragique de son personnage.

Lors de cette fête donnée chez Anna Pavlovna (jouée par Gillian Anderson, qui a plus un rôle de figuration ici que de composition) donnée dans le 1er épisode, le décor est parfaitement planté et les premiers enjeux dessinés. Avec un sens de l’économie et en même temps un certain bon goût esthétique, le réalisateur délivre une scène d’une symétrie parfaite.

Tom Harper se fait plaisir à de nombreuses reprises, en usant de plans larges parfaitement coordonnés (la bataille de Borodino est un vrai moment de bravoure) mais il se montrera tout aussi à l’aise dans les scènes plus intimes ou contemplatives.

La palme de l’interprétation revient pour moi à Paul Dano, qui livre une performance incroyablement solide. Il n’a pas le physique du Pierre décrit par Tolstoï mais cela ne l’a pas empêché d’avoir parfaitement su capturer l’âme du personnage. Vulnérable, sensible, peu sûr de lui mais aussi généreux et terriblement attachant, il a su restituer l’humanité de Pierre dans toute sa splendeur et fragilité.

z6556Les scènes que l’acteur partage avec James Norton font partie de mes préférées. La force du roman repose sur l’amitié et la dualité qui existent entre ces deux personnages, si radicalement opposés et en même temps si proches, et l’adaptation met en valeur leur relation d’une merveilleuse façon. Leur duo fonctionne parfaitement à l’écran.

James Norton est l’acteur le plus jeune qui ait joué Andréi jusqu’ici. C’est un acteur dont j’admire le travail depuis déjà quelques temps et qui ne cesse de me surprendre. Il offre ici une incarnation d’Andrei assez singulière et en même temps très fidèle à la description de Tolstoï. Sous ses traits, Andrei n’est pas l’aristocrate monolithique qu’on a pu voir dépeint dans les autres adaptations. C’est un homme fier, froid, qui peine à exprimer ses sentiments et surtout, d’un abord très peu aimable (contrairement à son ami Pierre, par exemple, qui se révèle tout de suite nettement plus sympathique). C’est aussi, au début du récit, un homme triste, dépressif même, qui s’ajuste mal à la société qui l’entoure, et qui semble avoir fait un mariage malheureux. Cynique, désenchanté, il observe le monde qui l’entoure dans la moindre illusion ni le moindre optimisme. La gloire militaire – et la mort – semblent constituer alors sa seule échappatoire. Le changement qui s’opère en lui d’épisode en épisode est saisissant. Même s’il exprime des sentiments et fait preuve d’une certaine émotivité, il garde toute la réserve, la dignité et la dureté qui siéent à son personnage.

z5454445Le choix de Lily James pour le rôle de Natacha a été vivement critiqué. Je dois dire, pour ma part, que l’actrice m’a plutôt convaincue. Dans les premiers épisodes de la série, elle incarne une héroïne encore en devenir, fraîche, lumineuse, innocente et très naïve. Elle gagne en maturité et en ambivalence par la suite et a réussi à m’émouvoir à de nombreuses reprises. Ce n’est sans doute pas son interprétation que je retiendrais le plus mais pour autant, je ne dirais pas qu’elle démérite face aux autres acteurs.

La série  n’est bien sûr pas dénuée d’un certain romantisme. Toute la partie où Andrei et Natacha tombent amoureux était comme une parenthèse enchantée, surtout au regard du reste de la série qui  est plus oppressante. J’ai apprécié qu’Andrew Davies et Tom Harper aient accordé aux deux héros des scènes très romantiques sans jamais tomber dans un sentimentalisme inapproprié. Il n’y a rien d’outrancier dans la façon de les filmer. La séquence du bal, forcément très attendue, est belle et sobre.

z5445Le reste de la distribution est tout aussi remarquable.  Je ne pourrais pas tous les citer alors je vais me contenter de trois noms : Jack Lowden (que je ne connaissais pas mais qui est tout à fait convaincant en Nikola Rostov), la merveilleuse Jessie Buckley (qui charme à chacune de ses apparitions) ou encore Tom Burke (l’un de mes chouchous british – encore un !) qui campe, avec le charisme qu’on lui connaît un Dolokhov délicieusement byronien.

J’ai également apprécié que certains des personnages mineurs puissent briller, chacun à sa façon. C’est le cas, notamment, de trois d’entre eux : Lise Bolkonsky, l’épouse esseulée d’Andrei, Tikhon, le valet du Prince Bolkonsky ou encore le formidable Denisof, un personnage solaire que le scénario d’Andrew Davies met bien en valeur.

La musique a été confiée au talentueux compositeur britannique Martin Phipps (dont je suis et adore le travail depuis Persuasion 2007). La bande son joue beaucoup sur le lyrisme et l’aspect sombre et ténébreux du récit, tout en offrant quelques pièces plus enlevées, lumineuses et joyeuses. Certaines des thèmes musicaux ont quelque chose de véritablement envoûtant et entêtant.zzzz

Même si la série s’est donnée les moyens de ses ambitions, le pari était risqué pour la BBC. On pourra bien lui reprocher sa brièveté, certains choix de mise en scène ou de costumes ou encore, comme je l’ai lu trop souvent, son côté résolument trop british  (critique absurde s’il en est) mais pour moi, le plaisir reste entier.

Guerre et Paix dresse des portraits de personnages faillibles, corrompus,  mais aussi pleins d’amour et d’espoir. Au cœur du récit, se trouvent trois jeunes héros de leur temps, avec des aspirations, des forces et des faiblesses qui leur sont propres. Et à travers eux sont évoquées des thématiques aussi riches que la famille, la politique, l’amour, la société, l’obsession de la gloire et de la guerre. La série restitue tout cela de manière très inspirée et rend un hommage vibrant  – et moderne – à ce grand roman russe. Une belle réussite de la part de la BBC, une fois encore !

Titine du blog « Plaisirs à cultiver » a aussi beaucoup aimé, vous pouvez lire son avis ici 🙂

 

He Knew he was right BBC 2004

He Knew he was right BBC 2004

L’œuvre  d’Anthony Trollope a très peu été adaptée à la télévision. Cette mini-série de 3 épisodes diffusée sur la BBC en 2004 a été, si je me souviens bien, ma première incursion dans l’univers de l’auteur.

Adaptée du roman du même nom (et qui compte pas moins de 900 pages) par le décidément très prolifique Andrew Davies, cette mini-série réunit Oliver Dimsdale (excellent mais trop peu présent sur les écrans à mon goût), Stephen Campbell Moore (un de mes acteurs british chouchous ), Laura Fraser, Christina Cole, Bill Nighy, Matthew Goode ou encore David Tennant. Et oui, rien que ça !

Moins célèbre que d’autres adaptations diffusées sur la chaîne, elle n’en est pas moins une très belle réussite.  Je la classe sans le moindre doute parmi mes period dramas favoris. J’y ai absolument tout aimé : de la mise en scène aux décors, en passant par la photo, la musique, les personnages ou encore le casting, les dialogues et le scénario. Après l’avoir visionnée, Anthony Trollope nous apparaît définitivement comme l’un des meilleurs peintres de la société victorienne.
He Knew He was right est un récit formidablement construit, où on suit les destinées (plutôt sentimentales) de plusieurs personnages. Au premier plan, il y a le jeune et séduisant Louis Trevelyan et son épouse, Emily. Il l’a rencontré lors d’un voyage et est rapidement tombé amoureux de cette jolie jeune femme, sprituelle et intelligente. Il a demandé sa main à son père, alors ambassadeur de Grande-Bretagne, le couple s’est ensuite installé à Londres. Le début nous montre un couple très heureux et amoureux. Mais bien sûr, comme on peut s’y attendre, le tableau de cette petite famille idyllique tend peu à peu à se fissurer. Les visites du Colonel Osborne, le parrain d’Emily et vieil ami de son père (incarné par un formidable Bill Nighy) se font de plus en plus fréquentes et insupportent Louis qui voit d’un très mauvais oeil que ce séducteur notoire s’approche aussi insidieusement de son épouse … Louis est quelqu’un de terriblement passionné et la jalousie le consumme inexorablement … Oliver Dimsdale est absolument remarquable dans le rôle de ce mari torturé. Il m’a beaucoup émue. Sa progression dans la folie est sidérante. On croit à ses tourments et même si on comprend peu à peu qu’il est paranoïaque et qu’on aimerait qu’il arrête de s’entêter de la sorte, on ne peut qu’être touché par son désarroi… Afficher l'image d'origine
Laura Fraser, qui joue son épouse, a été pour moi une révélation également. Son jeu, tout en nuances, est poignant. On ne peut que trembler à ses côtés et souhaiter qu’elle ait assez de force pour résister à l’adversité. Comme souvent chez Trollope, les personnages féminins sont très forts. Emily est une jeune femme entière, passionnée, qui ne peut en aucune façon accepter de compromis. C’est une épouse et une mère qui se voit accuser des pires tords mais qui garde néanmoins la tête haute. Il fallait une actrice talentueuse pour incarner une telle femme et Laura Fraser, en plus d’être magnifique, y parvient parfaitement ! Emily a une soeur cadette qui lui est dévouée, Nora (Christina Cole) et à son image, comme elle nous le prouve par la suite. Fille d’un ambassadeur, elle ne peut qu’épouser un beau parti. Mais elle est amoureuse de Hugh Stanbury (Stephen Campbell Moore), l’un des meilleurs amis de Mr Trevelyan, son beau-frère.
Hugh est un journaliste. Il vit de manière précaire, surtout après avoir appris que, du fait de sa position et de ses convictions sociales et politiques, il n’héritera rien de sa tante, l’acariâtre Jemima Stanbury (Anna Massey, excellente encore une fois). Mrs Stanburry est une riche veuve, capricieuse et caractérielle mais qui s’avèrera beaucoup plus déconcertante et imprévisible (dans le bon sens du terme) qu’on ne l’aurait pensé. Encore une corde à l’arc de Trollope : sa faculté à créer des personnages ambivalents et finalement très attachants. Mrs Stanburry est un personnage franchement inoubliable. Une lady prisonnière d’un carcan victorien mais tout de même capable de douceur et d’empathie.
Et puis, il y a aussi les soeurs de Hugh, les non moins attachantes Priscilla (impressionnante de cynisme) et Dorothy, qui ira vivre auprès de sa tante, Mrs Stanbury, et dont elle gagnera très vite l’affection. Nous faisons aussi la connaissance du révérend Gibson (David Tennant), ridicule s’il en est dans son rôle de briseur de cœurs. Afficher l'image d'origine

He Knew He was right mérite nettement plus d’échos qu’il n’en a reçus. Ses qualités réside dans toute une quantité d’aspects. Un grand soin est apporté à chaque détail. Les images sont lumineuses, la lumière impeccable, les décors savamment choisis (comme celui de la cathédrale du Somerset), les costumes exquis (tout particulièrement les robes d’Emily et de Nora qui sont du plus bel effet )… La mise en scène est tellement réussie que lorsque les personnages s’adressent au spectateur pour leur livrer quelques bribes de leurs pensées, il n’en est pas surpris. Tout se fait naturellement.

Décidément, les adaptations BBC n’ont pas fini de m’enthousiasmer ! He Knew he was right est une pépite qui a sa place dans toutes dvdthèques de period dramas qui se respectent.

Ma note  : luke5

 

 

Happy Valley, un conte made in Yorkshire (BBC 2014)

Happy Valley, un conte made in Yorkshire (BBC 2014)

Dans une petite bourgade au milieu des vallées du Yorkshire, un enlèvement tourne mal. Le lieutenant Catherine Cawood est en charge de cette affaire qui coïncide avec la sortie de prison et le retour en ville de l’homme qu’elle juge responsable du suicide de sa fille 8 ans plus tôt… Cette enquête la replonge dans un passé très sombre, et devient rapidement une affaire personnelle.

Retour en 2014 … Intriguée par les bonnes critiques qu’elle a reçues, j’ai eu envie de me plonger dans cette série policière scénarisée par la talentueuse Sally Wainwright. J’ai bien fait car elle s’est rapidement imposée à moi comme l’une des meilleures séries anglaises que j’ai vues ces dernières années.

est bien connue des téléspectateurs anglais puisqu’on lui doit 2 récents gros succès, la série policière et le drama familial Last Tango in Halifax. Je l’avais découverte pour ma part quelques années plus tôt avec Sparkhouse, une série qui proposait une relecture moderne des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë (un auteur qui lui est très cher) et surtout avec un autre thriller, le superbe Unforgiven, avec la brillante Suranne Jones, en 2009.
Afficher l'image d'origineJ’ai trouvé Happy Valley palpitante de bout en bout. La narration de la série est puissante.  Lorsqu’on suit le parcours de notre héroïne, on a l’impression qu’on est en train de nous raconter un conte terrible, comme ceux des frères Grimm. L’intrigue commence un peu comme le Fargo des frères Cohen (d’ailleurs, la chevelure blonde peroxydée de Tommy Lee Royce – le némésis de l’héroïne incarné par James Norton – est une référence assez explicite à ce film) mais se révèle finalement bien différent et résolument plus anglais.
La série prend la forme d’un conte cruel et très noir, celui de la monstruosité mais aussi du crime ordinaire. Elle est construite comme un dédale, d’où l’héroïne (pleine de larmes et de fureur mais aussi de force) doit sortir. Chacun des personnages (même minime) a un rôle à jouer dans le récit et participe, chacun à sa manière, au déroulé de l’intrigue.
Le décor fait partie intégrante du récit. Il y a vraiment quelque chose d’unique dans la région du Yorkshire et la série la met très bien en valeur.

Afficher l'image d'origineLa tonalité de la série est très sombre mais on y trouve aussi de la lumière et un vrai élan d’espoir, à travers cette figure de femme lieutenant engagée et déterminée à faire son métier et à protéger sa famille. Catherine Cawood est une femme de tête, une héroïne fière, altière et audacieuse mais qui connaît aussi des instants de vulnérabilité absolument désarmants.

Elle se retrouve souvent en conflit avec sa hiérarchie qui est assez largement dépassée par la situation. Il faut dire que c’est elle qui est au cœur de la vallée, sur le terrain,  confrontée aux  trafics de drogue à petite ou grande échelle et qui est plus à même de voir ce qui se trame.

Elle forme un duo très solide avec sa sœur, Clare, incarnée par la non moins formidable Siobhan Finneran (qui a quitté Downton Abbey pour cette série, et ce n’est certainement pas moi qui vais l’en blâmer !). Les scènes qu’elles partagent offrent certains des meilleurs moments de la série. Afficher l'image d'origine

Sarah Lancashire et James Norton ont bien mérité leurs nominations aux BAFTA pour leurs superbes interprétations. L’actrice principale s’est emparée de son personnage avec une force et une implication qui forcent l’admiration. Je l’ai aimée dans des period dramas (Lark Rise to Candleford, The Paradise …), ici, elle surprend dans un registre on ne peut plus différent.

Dans une interview donnée juste après le début de la diffusion de la série, James Norton déclarait avec humour que depuis son rôle dans cette série, 8 millions d’anglais devaient le détester. Quel terrible personnage l’acteur incarne ici ! Il endosse ce rôle avec une sobriété et une subtilité qui touchent au minimalisme le plus efficace et effroyable. Tour à tour tout puissant, manipulateur, arrogant, vaniteux, pathétique et vulnérable, il se révèle être l’un des méchants les plus terrifiants et fascinants que j’ai pu voir sur le petit écran.

Afficher l'image d'origineAu début, il est surtout vu comme une ombre menaçante, le « big bad » par excellence, le Bogeyman du conte en quelque sorte. Il paraît complètement détraqué et presque hors normes face aux autres « méchants » qu’ils côtoie. Ses « acolytes » sont davantage dépeints comme des personnages médiocres, faibles, qui ont fait les mauvais choix mais qui ne sont certainement pas aussi psychotiques et incontrôlables que lui …
Steve Pemberton  est lui aussi tout à fait excellent, dans un rôle très peu glorieux.

Happy Valley est loin d’être uniquement une série policière. Sally Wainwright a choisi d’inscrire son récit en marge de ce que le genre propose habituellement et de se défaire des codes et des procédés narratifs qui lui sont propres. Elle a réussi à dissocier le suspens inhérent au thriller de toute volonté d’érotisation de la violence à l’encontre des femmes. Le point de vue adopté n’est pas celui du criminel. Ce qu’il fait n’est jamais montré comme quelque chose d’excitant. Le viol n’est pas mis en scène et n’est jamais moteur de l’intrigue, et la violence ne se fait jamais gratuite.

Le suspens et le souffle narratif de la série reposent plutôt sur la psychologie et les relations entre les personnages (dans le cercle familial  ou au travail par exemple), et sur l’évolution et le parcours tortueux de ses héros.

Afficher l'image d'origineLa mise en scène est soignée et efficace et le scénario imbriqué est construit de manière tout à fait magistrale. De par sa forme très maîtrisée et son sujet passionnant (un drame intime et social), Happy Valley s’est révélé pour moi un drama essentiel,  dramatique et troublant mais aussi profondément féministe.

Forte de son succès, la série est revenue cette année pour une 2ème saison. J’ai vu les 2 premiers épisodes (sur les 6) et pour l’instant, je suis conquise une fois encore. Sally Wainwright  a l’air de nous réserver encore bien des surprises …

La bande-annonce de la saison 1 (qui reprend le générique de la série, le Trouble Town de Jake Bugg):

 

Ma note (si j’avais pu ajouter une tasse Luke’s, je l’aurais fait) : luke5

 

 

 
The House of Eliott (BBC)

The House of Eliott (BBC)

Voici le premier d’une série de billets que je compte consacrer à mes period dramas anglais préférés. Il s’agit cette fois de quelque chose d’un peu ancien et surtout de méconnu 🙂

Je pensais, dans ma grande naïveté, avoir fait à peu près le tour des period dramas made in BBC de qualité et pas trop « poussiéreuses » … avant de découvrir une série absolument délicieuse du nom de The House of Eliott ! Créée par Jean Marsh et l’actrice Eileen Atkins (Cranford, Upstairs Downstairs, entre autres), elle a été diffusée de 1991 à 1994 et compte 3 saisons.

La série a rencontré un vif succès lors de sa diffusion et a marqué un tournant dans l’histoire des period dramas de la BBC, et ce, avant même le phénomène Pride & Prejudice 95.

The House of Eliott suit les aventures de 2 soeurs, Beatrice et Evangeline, à la suite du décès soudain de leur père, une figure aussi froide qu’autoritaire. Celui-ci s’étant considérablement endetté, les deux jeunes femmes se retrouvent à devoir chercher un emploi. Mais c’est une tâche bien difficile car elles n’ont jamais fréquenté la société et n’ont pas de qualifications professionnelles à proprement parler. Beatrice envisage, bien malgré elle, de devenir la dame de compagnie d’une vieille aristocrate et Evangeline projette de travailler comme partenaire de danse dans un salon privé mais se voit vite obligée d’y renoncer à cause de l’interdiction formelle d’Arthur, son cousin et tuteur.
Nous sommes dans les années 20. Un vrai courant féminisme souffle alors sur l’Angleterre, nos deux héroïnes tentent tant bien que mal de s’émanciper. Elles sont courageuses et travailleuses et l’ambition ne leur fait pas défaut. Mais leur tante et surtout leur cousin (qui abuse quelque peu de son pouvoir de chef de famille) ne voient pas les choses de cette manière.
Mais grâce à leurs caractères bien trempés et leurs fortes personnalités, Beatrice et Evangeline parviennent peu à peu à faire leur chemin dans le monde, en commençant par trouver un emploi qui leur convient et à se faire un petit cercle d’amis. Ayant vécu comme des recluses pendant des années dans la demeure familiale, elles n’ont qu’un souhait : s’ouvrir au monde.
Evangeline se fait une amie féministe et très engagée dans le social, Penelope. Celle-ci offre aux deux soeurs la possibilité de travailler comme assistante du photographe renommé, Jack Maddox, son frère …
Ce personnage séduisant et charmeur, à l’humour et au talent artistique reconnu, leur ouvre alors les portes de soirées mondaines auxquelles elles n’étaient guère habituées jusqu’ici. Mais avant de penser à l’amour, Beatrice et Evangeline ont un rêve à réaliser : celui de devenir des couturières professionnelles et peut-être même de travailler à leur compte …

La série est très riche, aussi bien en rebondissements que dans son écriture en elle-même. Les personnages sont formidablement bien incarnés, grâce au talent des acteurs bien sûr, mais aussi à celui des scénaristes qui ont fait un travail remarquable. Bea et Evie ont toutes les deux beaucoup de personnalité et c’est un vrai plaisir de les suivre dans leur chemin personnel et professionnel.

Autour des soeurs Eliott, gravite un groupe de personnages secondaires tout aussi intéressants. Je pense notamment à Penelope, leur amie idéaliste et engagée, à Tilly, la jeune couturière sortie des bas-fonds de Londres, à Daphné, la « bright young thing » dans toute sa splendeur et décadence, à Arthur, le cousin autoritaire, à leur tante Lydia, agaçante mais peu à peu touchante, et bien sûr à Jack Maddox, le photographe qui rêve de faire du cinéma et qui soutiendra les soeurs coûte que coûte, au point de tomber amoureux de l’une d’entre elles. Aucun d’entre eux n’est une caricature et tous peuvent nous réserver des surprises.
La série a réussi à trouver un compromis entre romanesque et réalisme. Le récit est plein d’intrigues et de rebondissements mais ne se révèle jamais comme un « soap en costumes ». La série est glamour tout en restant sobre. Elle est aussi très chaleureuse car on se sent proche des personnages et de leurs préoccupations.
Qu’on soit ou non passionné par la mode, on assiste avec un intérêt grandissant aux aventures des soeurs Eliott. On ne peut qu’admirer leur volonté d’émancipation et leur détermination, être peiné par leurs déconvenues et désillusions et bien sûr se réjouir de leurs réussites professionnelles. Afficher l'image d'origine
Pendant 12 épisodes, on entre dans l’intimité de deux personnages féminins aussi fascinants qu’attachants et par la même occasion, on découvre un peu l’univers de la mode et de la couture et la société anglaise des années 20. Rien que pour ça, cette série vaut le détour ! De plus, un vrai soin a été apporté aux décors et aux costumes mais ce n’est pas une surprise. On parle de la BBC après tout.
Et pour finir, je dirais qu’ une mini-série BBC sur fond de musique fox trot, ce n’est pas si courant !

 

Ma note : luke5